Après une greffe, les traitements immunosuppresseurs augmentent les risques de cancer



Après une greffe d’organes ou de cellules souches allogéniques, le risque de cancer, en particulier de lymphomes, est plus important. En cause, les traitements immunosuppresseurs obligatoires à vie qui s’imposent sous peine de rejet de greffe. « Ces lymphomes représentent 21 % des cancers chez les greffés versus 5 % chez les sujets immunocompétents. »

 

Le risque de développer des Lymphomes post-transplantation (LPT) est de de 10 % après une greffe de poumon, 8 % après une greffe de cœur, 5,5 % après une greffe de foie, 5 % après une greffe de pancréas et 2,5 % après une greffe de rein. Dans le cas d’un greffe de cellules souches, le risque est plus important avec un donneur non apparenté (10 %) qu’avec un donneur apparenté (3 %). Le risque est aussi augmenté si le receveur a plus de 50 ans ou s’il n’a jamais eu la mononucléose (séronégativité de l’EBV[1]).

 

Chez les receveurs EBV positifs, les LPT apparaissent généralement dès la première année suivant la greffe d’organe. Chez les receveurs EBV négatifs, ils apparaissent 5 à 15 ans plus tard. « Qu’il s’agisse d’un LPT précoce ou tardif, les facteurs de risque et de réponse au traitement sont les mêmes. »

 

Chez les receveurs EBV positifs, le mécanisme est bien connu : le virus Epstein Barr provoque la prolifération des lymphocytes B, qui sont normalement détruits par les lymphocytes T. Chez les greffés, le traitement immunosuppresseur empêche cette réponse et les lymphocytes B se développent et se transforment en lymphome. La réduction temporaire du traitement immunosuppresseur permet une régression du lymphome dans 20 à 80 % des cas. « La surveillance d’un rejet de greffe est essentielle pendant cette période (37 % de rejets aigus) ». Chez les receveurs EBV négatifs, le mécanisme est moins clair et reste hypothétique, mais la réduction du traitement immunosuppresseur donne aussi de bons résultats.

 

Quand les résultats sont insuffisants ou nuls, le traitement habituel est le Rituximab, un anticorps monoclonal qui cible spécifiquement les cellules de lymphome (20 à 55 % de réussite). Ce n'est que lorsque la thérapie échoue que la chimiothérapie est tentée (88 % de réussite). La chimiothérapie est différée autant que possible, car chez les individus immunodéprimés, elle augmente le risque d'infection.

 

Pour aller plus loin : La greffe de cœur augmente le risque de cancer

 

[1] Absence d’infection par le virus Epstein Barr.


Sources: 

Journal International de Médecine, Pr Gérard Sébahoun (06/03/2018)