Anomalies chromosomiques, qui juge du "droit de naître" ?


Une récente étude[1] a montré le rôle primordial des centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal (CPDPN) dans l’accompagnement des grossesses liées au diagnostic des syndromes 47, XXX ou 47, XYY (cf. DPN : Diminution des interruptions de grossesse pour deux syndromes).

 

Les CPDPN, développés à partir de 1998, ont été mis en place pour toute la population, dans l’objectif d’aider à « la prise de décision et au suivi de la grossesse lorsqu’une malformation ou anomalie fœtale est détectée ou suspectée et lorsqu’une transmission héréditaire de maladie  dans une famille amène à envisager un diagnostic prénatal ou préimplantatoire »[2].

 

Dans le cas de ces deux syndromes, les chiffres sont éloquents : le nombre d’avortement diminue considérablement après 1997, c’est-à-dire à partir du moment où les CPDPN ont pu jouer un rôle auprès des futurs parents. Pour les filles atteintes du syndrome 47, XXX, le taux d’IVG passe de 41,1% en 1976 à 11,8% en 2012, tandis que pour les garçons atteints du syndrome 47, XYY, il passe sur la même période, de 25,8% à 6,7%.

 

Ce que montrent ces chiffres, c’est que les parents, bien soutenus dans l’accueil d’un enfant différent, informés des conséquences réels d’un handicap, d’une anomalie chromosomique, ne recourent pas à l’avortement.

 

Il serait intéressant de savoir si de telles études ont été pratiquées a propos d’autres maladies, ou handicaps. Une chose est certaine : les enfants diagnostiqués porteurs de l’anomalie chromosomique qu’est la trisomie 21 sont à l’écart de cet extraordinaire travail d’information et d’accompagnement à la vie. Pourquoi certains handicaps sont-ils ainsi protégés quand d’autres sont systématiquement dépistés en vue d’être éliminés ? Quelle volonté arbitre pour établir qui passera ou non entre les mailles du filet de l’avortement ?

 

Dans une indifférence quasi-généralisée, la mise au point du DPNI accentue encore la traque contre les enfants porteurs de trisomie 21 qui se resserre puisque les études annoncent que 100% de ces bébés à naître vont être détectés (cf. A l’hôpital américain de Paris « 100% des trisomiques sont dépistés »). Une traque qui culpabilise les parents qui choisissent de garder leur bébé atteint de trisomie (cf. Se battre contre l’avortement : Le témoignage de parents d’enfants atteints de trisomie 21), refuse les moyens à ceux qui les élèvent courageusement, et ostracise les enfants eux-mêmes avant leur naissance puisqu’elle les condamne, mais encore après. Un eugénisme qui ne se cache même plus (cf. Transhumanisme et eugénisme : l’humanité en question et La SFMPP assume un eugénisme libéral). Deux poids, deux mesures. Qui juge ?

 

[1] Grychy N et coll. : Pregnancy outcomes in prenatally diagnosed 47, XXX and 47, XYY syndromes : a 30-year French, retrospective, multicentre study. Prenatal Diagnosis, juin 2016, vol 36, pages 523-529.

[2] Art. R. 2131-10 du code de la santé publique (CSP).