L’IVG
en
France
PROPOSITIONS
POUR
DIMINUER
LES DIFFICULTES
QUE
RENCONTRENT LES FEMMES
RAPPORT REALISÉ A LA DEMANDE DE
MADAME
MARTINE AUBRY
MINISTRE DE L’EMPLOI ET DE LA SOLIDARITE
ET DE
MONSIEUR
BERNARD KOUCHNER
SECRETAIRE D'ETAT A LA SANTÉ ET A L'ACTION SOCIALE
I.
NISAND
Février 1999
Le contrôle des naissances
est un droit fondamental des femmes. L’accès à l’interruption volontaire de grossesse
reconnu par la loi n°75.17 du 17 janvier 1975 reste cependant parfois difficile
pour les femmes qui rencontrent encore, en 1998, des difficultés dans
l’exercice de cette liberté[1].
Chaque femme connaît en moyenne une grossesse non désirée dans son existence et
l’interrompt une fois sur deux.
Bien que les
caractéristiques socio-démographiques des femmes qui ont recours à l’IVG soient
très proches de celles observées en 1976, on peut cependant observer une légère baisse du nombre des IVG dans
notre pays qui traduit probablement une meilleure utilisation et un
meilleur accès à la contraception[2].
Les complications médicales
sont des plus réduites et les complications psychologiques encore mal évaluées
en particulier chez les adolescentes. La
légalisation de l’avortement n’a pas entraîné sa banalisation, pas plus qu’elle
n’a conduit au relâchement de la contraception. L’avortement en France joue
essentiellement un rôle palliatif lors de l’échec de la contraception.
La loi de 1975 est
globalement bien appliquée. Des difficultés subsistent cependant du fait d'une
certaine inhomogénéité dans son application et pour d’autres causes qu'il est
possible de prévoir, voire d'anticiper.
Le recrutement des
professionnels pose un problème complexe dans le contexte médical et
hospitalier actuel. La réponse insuffisante du service public tant en quantité
qu’en qualité, tout particulièrement dans les grandes villes, et certaines
limitations imposées par la loi aux mineures et aux étrangères devraient être
reconsidérées. Le délai légal de 10 semaines de gestation pèse tout
particulièrement sur les femmes en situation de précarité et aggrave les
inégalités sociales[3] dans
ce domaine où le recours aux soins est souvent tardif voire impossible chez des
femmes isolées à tout point de vue.
Le paradoxe de l’IVG réside
bien dans l’accès à la maternité heureuse qui est permis lorsque la grossesse
est pleinement désirée par la mère. En donnant aux femmes la possibilité de
maternités librement choisies, on améliore la manière dont les grossesses se
déroulent. La qualité de la relation parents-enfant est également très
dépendante du désir de maternité de la mère.
Outre les problèmes d’équité
représentés par l’égalité d’accès aux soins et le droit à la confidentialité de
la vie intime, l’IVG a une réelle incidence sur la santé publique compte tenu
du nombre de femmes concernées chaque année.
Même s’il existait une
politique encore plus volontariste de prévention des grossesses non désirées,
il persisterait toujours des demandes d'IVG parce que les méthodes
contraceptives ne sont ni parfaites ni parfaitement utilisées et qu’il y a une réelle différence entre désir de
grossesse et désir d’enfant.
"Il ne faut ni opposer
contraception et avortement, en pensant que l'un est le substitut automatique
de l'autre, ni croire qu'ils vont automatiquement de pair. La décision de
recourir à l'IVG n'est pas de même nature que celle d'utiliser la pilule ou le
stérilet... en matière de régulation des
naissances, c'est la motivation qui
prime sur la technique. De ce fait, elle l'emporte aussi le plus souvent
sur la loi, quand celle-ci se borne à faciliter ou restreindre "l'accès
aux différentes techniques"[4].
On a ainsi pu calculer que
si on augmentait la prévalence de la contraception de 50% on ne diminuerait que
de 32% le nombre d’IVG[5].
L’avortement reste bien l’expression d’une contradiction entre le désir des
femmes et les réalités sociales, économiques et familiales.
Ces considérations
justifient pleinement la vigilance des pouvoirs publics sur l’accès correct à
l’IVG dans le secteur public. Or la
situation de l’IVG dans le secteur public est fragile et peut se dégrader dans
les années à venir si l'IVG n'est pas intégrée normalement à l'activité
quotidienne de tous les services publics de gynécologie obstétrique.
L’objet de ce rapport est
- de réexaminer la
situation française actuelle,
- d’apprécier
l’efficacité des structures
- d'évaluer les
difficultés rencontrées par les services qui répondent à la demande d’IVG dans
les secteurs publics[6]
et privés,
- et de faire des
propositions concrètes susceptibles d’améliorer le sort des patientes qui, pour
une raison ou pour une autre, recourent à l’IVG.
EPIDEMIOLOGIE
DE l’IVG EN FRANCE
L'IVG est, en France, le
seul acte médical ou médico-chirurgical, dont la réalisation nécessite une
déclaration pour ne pas être illégal. Les bulletins statistiques individuels,
anonymes, sont adressés sous plis confidentiels par les établissements
hospitaliers aux médecins inspecteurs régionaux des DRASS qui les remettent
ensuite à la Direction Générale de la Santé et à l'INSEE.
L’article 16 de la loi de 75
charge l’INED, en liaison avec l’INSERM, d’analyser et de publier les
statistiques de l’IVG en France à partir du document de déclaration obligatoire
anonyme théoriquement rempli lors de chaque IVG
La France dispose ainsi
d’informations statistiques qui permettent de décrire l’évolution du recours à
l’IVG depuis 76, certes avec quelques imperfections[7]
mais avec cependant une bonne pertinence[8].
Ces statistiques sont publiées annuellement[9]
et les dernières données disponibles portant sur l’année 93[10]
ont été publiées en 1994.
Bien que l’obligation de
déclarer les IVG ne soit pas toujours respectée[11],
il est possible d’estimer la sous-déclaration par divers recoupements de
discontinuités territoriales et temporelles et d’obtenir ainsi un nombre
approximatif des IVG réalisées chaque année sur le territoire français. La
sous-déclaration quantifiée à partir des statistiques d'activité hospitalière
est de 12% pour l'ensemble de la métropole; elle se répartit en 5% dans le
secteur public et 25% dans le secteur privé avec d'importantes variations selon
les régions[12].
Le rapprochement des
bulletins d'IVG et des statistiques d'activité hospitalière permet d'évaluer à
25 000 par an les IVG non déclarées.
Ces données, à l’évidence
représentatives de ce qui se passe dans la réalité, permettent de dire que le recours à l’IVG est moins fréquent dans
les dernières années, que lors de sa
légalisation en 75.
- L’augmentation des
IVG observée entre 76 et 83 est attribuable à une amélioration progressive de
l’enregistrement.
- Entre 84 et 91, on
observe une certaine stabilité à laquelle succède une légère baisse au cours
des dernières années.
Toutes les catégories socioprofessionnelles
ont recours à l’IVG[13].
La France se situe à une
place moyenne dans l’Europe[14].
On avorte plus qu’en
Angleterre ou aux Pays Bas (0,3 avortement par femme), mais moins qu’en Italie
et qu’en Europe de l’Est.
Evolution des IVG pratiquées
et déclarées d’après Chantal Blayo (INED)
|
|
IVG pratiquées |
IVG déclarées |
Taux par femme |
Taux pour 100 N-nés |
|
1976 |
250 000 |
134 000 |
0,67 |
34,8 |
|
1994 |
220 000 |
163 000 |
0,52 |
31,6 |
Les méthodes efficaces de contraception
ont permis une diminution des naissances non désirées et des naissances mal
planifiées[15]. A
la fin des années 80 en France, on peut estimer le nombre de grossesses
non désirées ou non planifiées à environ 350 000 par an ayant entraîné 200 000 IVG,
auxquelles il faut ajouter 75 000 naissances non désirées et 75 000 naissances
mal planifiées[16].
L'accès à l'IVG suppose un
certain niveau d'information : il existe en effet des inégalités sociales dans
la possibilité d'avoir recours à l'avortement et ceci a été démontré en
Angleterre[17] chez
les adolescentes où le pourcentage d'avortements chez les moins de 20 ans
est d'autant plus élevé que l'on se trouve dans une région plus favorisée sur
le plan économique.
Aux Etats-Unis[18],
le pourcentage de grossesses non planifiées est plus élevé dans les groupes
sociaux défavorisés mais, en cas de grossesse non planifiée, le taux
d'avortement est plus élevé dans les groupes intermédiaires que dans les
groupes défavorisés.
L’analyse des femmes
concernées montre que ce sont essentiellement les femmes qui vivent seules qui
ont recours à l’IVG. On observe par ailleurs entre 80 et 89 une augmentation de
la pratique contraceptive à tous les âges (diminution du nombre des conceptions
pour 100 femmes) et une augmentation relative[19]
de la proportion d’IVG chez les femmes de moins de 24 ans (dont une proportion
grandissante se trouve non mariée).
A âge et état matrimonial identiques, il y a partout diminution de la
proportion des conceptions terminées par un avortement. Les taux d’avortement aux
jeunes âges, comparés à ceux d’autres pays d’Europe Occidentale, restent
relativement peu élevés en France.
Avortements pour 100
conceptions selon l'année de conception[20] :
|
Age atteint l'année de la conception |
Femmes mariées |
Femmes non mariées |
Ensemble |
|||
|
|
1980 |
1989 |
1980 |
1989 |
1980 |
1989 |
|
14-15 |
9,7 |
7,3 |
66,8 |
64,7 |
59,9 |
61,9 |
|
16-17 |
3,9 |
3,9 |
62,2 |
56,1 |
44,9 |
50,4 |
|
18-19 |
4,5 |
4,5 |
59,8 |
44,6 |
32,7 |
35,9 |
|
20-24 |
7,0 |
7,0 |
56,0 |
35,3 |
18,7 |
19,4 |
|
25-29 |
11,5 |
11,5 |
47,5 |
29,0 |
16,5 |
13,7 |
|
30-34 |
21,6 |
21,6 |
45,6 |
28,6 |
24,7 |
18,3 |
|
35-39 |
40,3 |
40,3 |
50,7 |
35,2 |
41,8 |
29,6 |
|
40-44 |
64,4 |
64,4 |
62,7 |
46,2 |
64,2 |
47,7 |
|
15-44 |
14,8 |
12,1 |
53,9 |
34,1 |
22,8 |
20,0 |
Des grossesses trop
rapprochées, un état de santé déficient, un logement trop exigu pour accueillir
un enfant de plus, une instabilité du couple ou une instabilité financière (mari
ou concubin ou femme elle-même en voie de licenciement, au chômage ou RMI comme
seul revenu) sont les principales causes de la demande d'IVG. Toutes ces
difficultés sont généralement accrues pour les femmes étrangères qui, par
tradition, culture ou religion, sont sans doute plus réticentes à l'utilisation
de la contraception.
Les difficultés sont
également accrues pour les mineures qui ne savent pas toujours où s'adresser et
cachent leur grossesse dans la plus grande solitude jusqu'à risquer de dépasser
le délai légal.
Les IVG enregistrées en 1990
(170 428 bulletins) correspondent à des taux de 22/100 naissances (30/100 après
correction de la sous-déclaration) et de 13/1000 femmes de 15 à 44 ans[21].
En 1990:
- 51% des femmes ayant eu une IVG étaient
célibataires
- 10% avaient moins de 20 ans
- 7% avaient 40 ans et plus
- 42% n’avaient pas d’enfant
- 16% avaient 3 enfants ou plus
- 22% avaient déjà eu une IVG auparavant.
Le nombre des avortements de premier rang n’a cessé de diminuer, ce qui
témoigne d’une meilleure maîtrise de la reproduction.
On observe, en revanche, une
augmentation des avortements répétés et ce pour 2 raisons:
- une meilleure déclaration de ceux-ci par les femmes qui
ont recours à l’IVG actuellement
- une évolution de la structure par âge de la population
favorable aux IVG de rang 2 qui surviennent à des âges plus tardifs.
Evolution
du rang des IVG d’après Chantal Blayo (INED)
|
|
1er rang |
> 1er rang |
|
1976 |
0,60 |
0,07 |
|
1994 |
0,39 |
0,13 |
L'enquête de l'INED de 88
montrait[22] que
74% des femmes de 20 à 44 ans utilisaient une contraception, tandis que
24% de ces femmes n'avaient pas besoin de contraception (grossesse ou désir de
grossesse, absence de rapport ou stérilité). Seules 2% des femmes étaient
exposées à un risque de grossesse, ne voulaient pas d'enfant, et malgré tout,
n'utilisaient pas de contraception.
A la fin des années 80, 67%
des femmes utilisaient une méthode de contraception lors du premier rapport[23]
et 13% des femmes commençaient à utiliser une contraception juste après le
premier rapport. En, 1993, 84% des femmes utilisaient une contraception lors du
premier rapport sexuel. L'augmentation était due principalement à l'usage plus
fréquent du préservatif chez les jeunes (dont on sait qu'il est insuffisant
dans cette population pour assurer une bonne efficacité). Les méthodes
contraceptives fiables (pilule et DIU) ont en outre remplacé les méthodes
traditionnelles et « naturelles » (retrait).
Si les différentes méthodes
ont des efficacités diverses, c’est plus la motivation des utilisatrices qui
conditionne l’efficacité réelle. Malgré une augmentation de l’accessibilité à
certaines contraceptions encore peu utilisées (pilule du lendemain,
contraception locale), il restera toujours un nombre incompressible de
grossesses non désirées.
Chaque femme connaît en moyenne dans sa vie une grossesse accidentelle
et une fois sur deux, elle décide de l’interrompre[24], plus souvent lorsqu’elle
vit seule ou n’a pas d’emploi.
Les femmes qui ont recours à
l’avortement au même titre qu’à un autre moyen de contraception sont plus
jeunes au premier avortement et courent un risque plus grand d’avortement
répété. La probabilité de subir un avortement supplémentaire augmente avec le nombre
d'avortements antérieurs. Chez les femmes qui ont avorté en 1976, cette
probabilité passe de 15% si elles en étaient à leur premier avortement, à 22%
et 28% si elles avortaient pour la 2e ou la 3e fois, et ces 2 dernières
fréquences sont stables.
Probabilité d'un avortement supplémentaire[25]
|
Nb d'IVG antérieures |
1976 |
1985 |
|
1 |
0,15 |
0,18 |
|
2 |
0,22 |
0,22 |
|
3 |
0,28 |
0,28 |
Ces chiffres montrent le
rôle de l'avortement dans notre pays où il est plus palliatif d'échec de contraception
que substitué à celle-ci.
Dans les pays où la
contraception est peu diffusée, la probabilité d'avoir un deuxième avortement
est proche de 60% (Hongrie), et la part des avortements de rang "2 et
plus" est toujours supérieure à 50%. Même aux Pays Bas qui ont le plus
faible taux d'avortement par femme (0,15), la répétition de l'avortement chez
les femmes qui en ont subi un est de niveau comparable à celui observé en
France. L'ambivalence vis-à-vis de la grossesse ou de la naissance d'un enfant
est souvent associée au choix de méthodes moins efficaces ou à une moins bonne
observance des règles d'utilisation du contraceptif (par ailleurs efficace)
utilisé.
A un âge donné, et quel que
soit cet âge, la probabilité d'avoir un avortement supplémentaire augmente avec
le nombre d'avortements déjà subis mais aussi avec l'âge lors du premier
avortement: avoir eu un premier avortement à 15-17 ans, ou 2 avortements à
20 ans, c'est appartenir à un groupe de femmes plus enclines que d'autres à
recourir à ce mode de prévention des naissances. Chez les femmes ayant avorté
en 1979, alors qu'elles étaient âgées de 20 à 25 ans, la probabilité de
subir un nouvel avortement dans les 12 années qui suivent a été de l'ordre de
20% si l'avortement de 79 était le premier, de 26% si c'était le deuxième et de
plus de 40% si c'était le troisième.
Quoi qu’il en soit, le
nombre de femmes qui subiront au moins une fois dans leur vie un avortement est
en baisse, sauf pour les femmes jeunes qui sont moins souvent enceintes, mais
qui, lorsqu’elles le sont, ont recours plus souvent à l’IVG.
Pour la très grande majorité des femmes (5/6), le recours à
l’avortement est accidentel et unique. L’IVG en
France n’est donc pas un moyen de contraception, même pour les femmes qui y
ont recours plusieurs fois dans leur vie.
On peut cependant isoler une
catégorie de risque épidémiologique particulier, les mineures. En effet, le
risque d'une utilisation répétitive de l'avortement est plus grand lorsque le
premier avortement a été subi avant 20 ans.
Le coût de l'IVG pour la collectivité est assez difficile à
établir[26].
La tarification sous forme de forfait ne prend pas en compte des examens exigés
par certains praticiens préalablement à l'intervention (échographies et examens
biologiques) ou certaines prescriptions faites à l'issue de
l'intervention :
ces actes sont remboursés par les organismes de sécurité sociale dans les
conditions habituelles. Il arrive donc que les examens biologiques soient
remboursés deux fois, la première au titre des examens préalables demandés par
le praticien, la deuxième au titre du forfait qui comporte déjà des actes de
biologie dont la valeur est cotée B 50. Seule la charge financière
correspondant aux forfaits et incombant à l'Etat est connue avec précision[27].
Il serait donc logique de
sortir le forfait pour examens biologiques de l'arrêté tarifaire[28],
ces examens étant remboursés, comme tous les autres actes connexes à l'IVG à
leur cotation réelle et, d'autre part, d'utiliser pour les dépenses restant au
forfait la procédure de remboursement de droit commun en maintenant, pour des
raisons statistiques, une cotation spécifique pour l'IVG.
Si la libéralisation de
l'avortement n'a pas produit d'augmentation des IVG, la diffusion large, en
revanche, d'une contraception médicalisée et efficace n'a pas fait diminuer
aussi rapidement qu'on aurait pu l'espérer le nombre d'avortements.
"Il n'y a pas de
contradiction entre une pratique contraceptive rigoureuse et répandue et une
résistance à une baisse rapide du nombre des avortements. Une grossesse refusée
n'est pas nécessairement le fruit d'une conception involontaire ; elle
peut résulter d'une pression de l'entourage à laquelle la femme a finalement
cédé"[29].
Contraception et avortement ne s'opposent donc pas toujours nécessairement.
LES STRUCTURES
D’ACCUEIL
Trois types de structures
publiques coexistent à l'heure actuelle :
1- Des centres autonomes ou CIVG sous la responsabilité médicale des
médecins qui y travaillent souvent comme vacataires et sous la responsabilité directe
du directeur de l'établissement. Ces centres ont été créés à une période où
certains chefs de service, faisant valoir à titre personnel la clause de
conscience, refusaient à leurs collaborateurs l'autorisation de faire des IVG
dans les services dont ils avaient la charge.
Ces centres ne sont pas
représentés dans les instances consultatives et délibératives de
l'établissement où ils se trouvent. Leurs besoins sont donc mal pris en compte.
Le budget global et les restrictions de lits, ajoutés à la disparition du
militantisme des premières années et à la mauvaise représentation de cet acte
chez les médecins, risquent d'affaiblir ces structures si rien n'est fait,
d'autant qu'elles sont parfois cantonnées, par la force des choses, à une
pratique exclusive de l'IVG[30]
au lieu de pouvoir s'ouvrir à l'ensemble de l'orthogénie.
2- Des unités fonctionnant dans le cadre d'un service hospitalier avec
affectation de locaux et de personnels.
3- Des activités d'IVG pratiquées par un service de l'établissement
sans affectation spécifique de personnels et de locaux.
Dans ces 2 derniers cas, les
problèmes sont fonction de l'intérêt porté par le chef de service à cette
activité. L'organisation des structures fait souvent porter la réalisation des
IVG sur les jeunes médecins (internes ou stagiaires étrangers) sans
participation réelle des cadres du service qui n'interviennent en fait qu'en
cas de complication.
La faible considération de
la pratique des IVG aux yeux des médecins oblige certains hôpitaux à rémunérer
3 vacations pour une seule effectivement réalisée pour que cette activité
puisse se poursuivre.
On voit donc que les
structures d'accueil ont presque toutes des positions marginales dans les
établissements publics dont la diversité empêche de penser à une solution
uniforme sur l'ensemble du territoire. La seule solution généralisable à tout
le pays est représentée par l'existence d'une unité fonctionnelle d'orthogénie
opérationnelle dans tous les services publics de gynécologie obstétrique.
Ainsi, les difficultés
rencontrées par les femmes dans le secteur public les obligent parfois à
accepter les conditions du secteur privé.
Les établissements privés sont donc les relais naturels d'un secteur public
insuffisant. Les difficultés qu'ils rencontrent à répondre dans l'urgence aux
demandes non prises en compte par les hôpitaux publics tendent à mettre les
femmes dans une situation de non-choix. Les structures privées sont de fait
très inégales dans l'accueil de ces femmes et les anomalies suivantes ont pu
être relevées dans le secteur privé :
- absence de remise du
dossier guide
- absence d'information
sur le recours possible à l'aide médicale
- non-respect de la semaine
obligatoire de réflexion
- grande difficulté
d'obtenir en urgence l'attestation obligatoire d'entretien social
- examens
complémentaires superflus (échographies et examens biologiques répétés)
- recours très fréquent
à l'anesthésie générale
- durée
d'hospitalisation plus longue que dans le public
- absence complète de
choix quant à la méthode
- pratique de l'IVG
déclarée K30 qui dispense de la procédure légale, entraîne la sous-déclaration
de l'IVG et modifie le remboursement de l'acte par la sécurité sociale, en même
temps qu'il permet l'addition d'honoraires supplémentaires (anesthésie, consultations,
etc.)[31].
Il faudrait donc pouvoir
soutenir les établissements privés qui agissent en toute légalité au détriment
de ceux qui ne respectent pas la loi. L'insuffisance de la réponse à la demande
entraîne des pratiques clandestines qui, elles-mêmes, empêchent d'évaluer cette
insuffisance.
En 98, 857 établissements
assuraient les IVG, 449 dans le secteur public, 408 pour le privé (40 pour le
privé à but non lucratif). Ces chiffres n'ont pratiquement pas changé depuis
1989[32].
Après correction du sous enregistrement, pour l’année 92, 52,3% des IVG ont été
réalisées en public pour 47,7% en privé. Si 87% des hôpitaux publics pratiquent
des IVG[33],
on peut noter qu’un certain nombre d’entre eux ont une activité restreinte. La
majorité des actes se fait donc dans une minorité d’établissements. Les
20 établissements les plus actifs (18 publics) assurent 20% des IVG et les
175 établissements les moins actifs ne font que 2,5% des actes[34].
55% des IVG sont effectuées
dans des établissements réalisant plus de 400 IVG par an[35]
et 106 hôpitaux publics effectuent en moyenne 1 à 2 IVG par semaine (ceci est
probablement lié à une implantation isolée). Dans le secteur public, les CIVG
sont au nombre de 66 sur 455 établissements publics réalisant des IVG, mais ils
réalisent le tiers des IVG (dont près du quart à raison de plus de 600 IVG par
an). Il faut noter cependant un relatif sous-équipement des CIVG (2/3 des
centres n’ont pas d’anesthésiste disponible)[36].
La spécialité de gynéco-obstétrique est deux fois moins présente dans les CIVG
que dans les services publics mais la gynécologie médicale est trois fois plus
fréquente et la médecine générale quatre fois plus fréquente dans les CIVG.
La volonté de ne pas créer des centres trop grands qui seraient inhumains pour les patientes mais aussi pour les personnels qui y travaillent[37] interfère avec le problème du seuil critique pour l’activité anesthésique. On ne peut résoudre ce problème qu’au travers de structures intégrées au sein de services qui nécessitent par ailleurs un plateau anesthésique dont l’emploi pour les IVG devient complémentaire d’une autre activité (accouchements et/ou chirurgie gynécologique par exemple)
En Ile de France, 2/3 des
IVG sont réalisées dans le secteur privé. La situation semble également
critique en Midi-Pyrénées et à un moindre degré en PACA, Champagne-Ardenne et
Poitou-Charentes. Cette situation n'est pas mécaniquement corrélée à la
fréquence des IVG puisque, par exemple, le taux de couverture par le secteur
public atteint 83% en Rhône-Alpes où les IVG sont particulièrement nombreuses
par rapport aux naissances.
Il semblerait qu’à Paris 62%
des IVG du public soient effectuées dans des CIVG alors que sur la France
entière, 1/3 des IVG sont réalisées dans des CIVG. L’Ile de France a donc un
fonctionnement spécifique à 2 titres :
- recours plus large
aux structures privées
- organisation des IVG
dans le public centrée plutôt sur des CIVG alors qu’en province les services de
gynécologie obstétrique assument plus souvent cette activité.
La décision d’Edouard COUTY[38],
Directeur des Hôpitaux, d’attirer l’attention des Directeurs d’Agences
Régionales et des directeurs d’hôpitaux par une instruction diffusée le
21/07/98 montre que la carence dans le domaine public est source de préoccupation.
Le rappel d’un service minimum dans le public est réitéré et accompagné d’une
demande d’analyse des difficultés par région avec établissement de liste des
praticiens et infirmières disponibles pour la période estivale.
Un dispositif départemental
de coordination entre le public et le privé est à nouveau suggéré afin de mieux
répondre à la demande. Cette circulaire n'est pas sans rappeler la circulaire
DGS/2A/DH/9C/91 du 25/6/91 relative à la pratique des IVG dans les
établissements d'hospitalisation publics où V. Neiertz et B. Durieu font état
des difficultés rencontrées par les patientes qui sollicitent une IVG surtout
pendant les mois d'été.
L’idée d’une structure de
coordination régionale ou départementale (déjà suggérée en 91 puis en 93 par B.
Kouchner) semble particulièrement adaptée. Les directeurs d’hôpitaux ne sont
pas toujours informés rapidement des difficultés que rencontrent les patientes
dans leur établissement. La création d’une structure de coordination pourrait
améliorer la situation en donnant aux associations, voire aux patientes, une
solution pratique immédiate à leurs problèmes, mais aussi en signalant
immédiatement la survenue d’un dysfonctionnement aux autorités sanitaires
locales.
Ces commissions régionales
pourraient être composées de la manière suivante:
- praticiens et
personnels paramédicaux réalisant des IVG
- chefs de services de
CIVG et/ou de services avec UF d'orthogénie
- médecins inspecteurs
de santé publique
- directeurs
d'établissements publics de santé
- directeurs
d'établissements privés assurant des IVG
- associations
impliquées dans l'aide aux patientes
- personnalités
impliquées dans ce domaine (experts, etc.)
- président du conseil
général ou son représentant
- un délégué régional
du service des droits des femmes
Un bilan annuel de l'action
des commissions régionales pourrait être effectué au niveau national et serait
l'occasion d'une analyse exhaustive des difficultés rencontrées par les femmes
ici ou là.
L'élaboration des projets de service par les candidats aux fonctions de
chef de service hospitalier de gynécologie obstétrique devrait comporter un
volet traitant de l'orthogénie décrivant de manière claire, le dispositif mis en
place pour cette activité par le candidat s'il était nommé. La direction d'un
service public ne peut être confiée qu'à un médecin décidé à appliquer
correctement les lois du pays[39].
L'absence totale d'IVG dans
certains services de gynécologie obstétrique des hôpitaux publics, déjà
signalée par le rapport de l'ANCIC en 92, existe toujours en 1999.
De même, existent toujours
- le contingentement
systématique du nombre d'actes, par manque de moyens ou même a priori
- la réduction du délai
légal à 7-8 semaines de grossesse combinée à des délais de rendez-vous
excessifs,
- le faible emploi de
la procédure d'urgence prévue par la loi pour les grossesses de 12 semaines
d'aménorrhée
- l'ignorance de la
première consultation lorsque celle-ci a eu lieu en dehors de l'hôpital
aboutissant à un acte plus tardif
- le refus par certaines
structures d'accueillir les femmes qui ont déjà eu une IVG antérieurement
tous dysfonctionnements déjà
notés par l'ANCIC dans son enquête.
L'accréditation des hôpitaux donne une opportunité de revoir
individuellement tous les dispositifs des services publics de gynécologie
obstétrique quant à la réalisation des IVG.
L'insuffisance de la réponse
du secteur public trouve son origine dans le non respect par certains hôpitaux
publics de l'obligation de pratiquer des avortements, dans le contingentement
des actes effectués et dans l'interruption provisoire de l'activité à certaines
périodes de l'année.
L’enquête de 1992 menée par
l’ANCIC à la demande du secrétariat d’état au Droit des Femmes[40]
avait révélé des dysfonctionnements structurels qui persistent, voire
s’accentuent, en 1998.
1.- La difficulté de recrutement des personnels
médicaux et paramédicaux augmente plus rapidement encore que ne le voudrait la
démographie déficiente des spécialistes en gynécologie obstétrique. L’activité
d’IVG est en effet peu valorisée aux yeux des médecins (quelle que soit leur
position philosophique sur la question). Ils rencontrent de surcroît des
problèmes de statut dans les hôpitaux où les activités « nobles »
sont faites par les hospitaliers plein temps souvent peu nombreux pour les
tâches qu’ils assument.
La consultation d'IVG est
souvent mal vécue par les médecins qui n'ont pas les moyens d'éclairer le choix des
patientes de considérations éthiques. Deux attitudes opposées s'offrent aux
médecins qui réalisent ces consultations:
- Exprimer leur opinion au risque d'agresser la femme dont
ils ne connaissent que fort peu l'histoire et les déterminants. La maladresse
verbale est souvent au rendez-vous dans ce genre d'exercice, et le principe du
respect de la liberté de la patiente s'inscrit clairement contre l'expression
d'une opinion personnelle par le médecin, qui d'ailleurs aurait une extrême
variabilité ici ou là.
- Se taire et s'interdire, dans le cadre d'une écoute
strictement administrative, un quelconque commentaire sur les motivations et
justifications de l'IVG au risque d'introduire un autre préjudice pour la femme
qui est celui de participer, par son silence, à la décision d'avorter, parfois
vécu par la patiente comme une caution médicale à sa décision: "il n'a rien
dit parce qu'il était d'accord avec ma décision ou, pire encore, parce que mon
sort lui était indifférent".
Cette ambiguïté rend les
consultations d'IVG difficiles et introduit souvent un malaise de chaque côté
du bureau médical, malaise qui, dans les mauvais cas, peut se transformer en
mépris ou en indifférence de la part du médecin et en souffrance accrue pour la
femme.
Enfin, certains médecins
gardent le sentiment que c'est à eux d'octroyer le droit à l'avortement, voire
de "choisir" les femmes qu'ils acceptent d'avorter (refus médical
pour des patientes ayant déjà un ou plusieurs avortements dans leurs
antécédents).
Une solution médiane
conciliant l'obligation de réserve du médecin et son devoir de conseil (tout en
respectant le choix personnel de la femme) serait d'insérer dans le dossier
guide de l'IVG (remis à chaque patiente lors des consultations pré-IVG) un
chapitre supplémentaire évoquant les considérations éthiques qui entourent une
telle décision. Le Comité Consultatif National d'Ethique semble l'institution
la mieux placée pour élaborer un tel texte. La liberté de lire ces documents,
d'en tenir compte ou de les ignorer présenterait 2 avantages très clairs :
- amener la patiente vers une réflexion éthique sans la
blesser, en respectant sa culture d'origine
- soulager le médecin de l'ambiguïté qui règne toujours dans
cette consultation et lui permettre de rester fidèle à sa déontologie en
attirant l'attention de la patiente sur le document qui lui est remis.
Les IVG sont souvent
reléguées à des vacataires[41] dont c’est la seule
fonction hospitalière. L’activité d’IVG est donc marginalisée.
Cette organisation rend
compte en partie des problèmes rencontrés par les hôpitaux en été où les
vacataires prennent leurs vacances et ne sont pas remplacés. La discontinuité
du service public dans ce type d’organisation qui dissocie l’IVG du reste de
l’activité gynécologique et obstétricale est inévitable. Des postes de PH (à
temps partiel ou à temps plein selon la taille des établissements) responsables
d’unité fonctionnelle d’orthogénie pourraient améliorer sensiblement la
situation dans les hôpitaux.
La pratique exclusive des
IVG est cependant insuffisamment attractive pour les jeunes médecins même s'ils
souhaitent rester à l'hôpital.
La responsabilité de l'unité
d'orthogénie ne doit donc pas signifier un confinement à cette pratique qui
pourrait marginaliser ces praticiens. Le médecin hospitalier nommé pour assumer
cette responsabilité doit, en revanche, assurer la continuité du service public
en orthogénie et pouvoir en rendre compte. Il ne lui serait pas interdit de
participer aux autres activités de la discipline (chirurgie, obstétrique,
diagnostic prénatal, etc.).
Pour les personnels
para-médicaux,
le militantisme qui a entraîné certaines vocations de conseillères conjugales
dans les années 75 n’est plus susceptible d’attirer des professionnels vers des
métiers difficiles et peu rémunérateurs. Les psychologues qui pourraient
valablement prendre le relais, ne doivent pas se trouver confrontés à une
consultation "obligatoire", qui, faite dans l’urgence de l’obtention
d’un véritable « laissez-passer », peut perdre sa dimension
d’ouverture et donc son bénéfice. Une solution consiste à rendre cette consultation
facultative[42] à
l’initiative du médecin ou de la patiente.
Elle pourrait être systématiquement proposée, mais jamais
imposée. Les femmes dans cette situation "aiguë" feraient tout
pour obtenir leur IVG Il ne faut pas conditionner la réalisation de l’IVG à
cette consultation obligatoire. Le seul fait d'ailleurs de rendre cette
consultation obligatoire lui fait perdre sa dimension d'aide potentielle. De
plus, les difficultés de trouver les personnes capables de réaliser ces
consultations "obligatoires" pendant les mois d'été détériorent
encore plus la situation estivale. C'est un obstacle supplémentaire sur un
chemin déjà difficile qui peut constituer un des éléments surajoutés de
maltraitance des patientes.
Il faut souligner, en outre,
que la qualité des entretiens avec les conseillères conjugales est très
variable[43].
Bien qu'aucune conseillère ne reconnaisse une pratique de la dissuasion,
certains témoignages tendent à prouver le contraire. L'écoute est de niveau
variable, parfois excellente, parfois défaillante, fonction, entre autre, de la
formation de la conseillère. Certaines attitudes "psychologisantes"
sont ressenties comme intrusives[44].
L'information sur la contraception confine parfois à "l'intégrisme
contraceptif".
Enfin, certaines assistantes
sociales pourtant formées se sentent mal à l'aise et hésitent profondément sur
la façon dont l'entretien doit être conduit et de fait s'impliquent le moins
possible dans la relation avec les patientes.
"L'entretien
obligatoire est un moment privilégié pour la prise en compte de la patiente
dans son entier. Or, il semble que les interlocuteurs, empêtrés dans des
problématiques personnelles ou idéologiques, s'avèrent incapables de fournir
une écoute neutre. Les impasses affectives, les difficultés financières, la
complexité des situations échappent à ces intervenants plus préoccupés de se
dédouaner que d'aider la personne à faire un cheminement"[45].
Une solution simple consiste à confier la consultation sociale aux
médecins qui reçoivent les patientes demandeuses d’une IVG. Au cours de cette
consultation serait évoquée avec la patiente la possibilité de rencontrer soit
une assistante sociale, soit une psychologue, soit une conseillère ou tout
autre professionnel de santé qui pourrait l’aider, en fonction de la problématique
alors exprimée, et ceci en pré ou en post-IVG[46].
Compte tenu de l'importance
de ce contact avec quelqu'un d'autre que le médecin[47],
cette consultation serait fortement conseillée par les médecins pour qu'elle
ait lieu le plus souvent possible, mais sans obligation. Cette consultation
supplémentaire serait alors vécue comme une aide et non comme une obligation de
plus. Cette manière de faire, qui respecte la loi de 75, améliorerait
substantiellement la situation des patientes.
2.- L’accueil inadapté des patientes revêt de nombreuses formes
parfois insidieuses.
La plus fréquente est le
contingentement des IVG acceptées par un service en fonction d’un nombre de
lits dédié arbitrairement à cette activité ou encore en fonction d’un bloc
opératoire saturé. Ce contingentement se traduit par un accroissement des
délais de rendez-vous et par la réalisation plus tardive des IVG[48],
ce qui en accroît la morbidité physique et psychique. L’accroissement des
délais de prise en charge entraîne aussi un report sur les établissements
privés où la prise en charge est souvent plus rapide.
"Le quotidien de
nos entretiens IVG[49]
est encore trop souvent fait des problèmes de femmes mal accueillies ou ayant
reçu un accueil culpabilisant et moralisant, des informations erronées, des
rendez-vous tardifs qui parfois font dépasser les délais; certains
dysfonctionnements sont à souligner comme par exemple un trop grand nombre
d’échographies pratiquées pour une seule IVG."
Le manque d’empressement est
parfois masqué par des attitudes moralisatrices dont la plus fréquente est le
refus de prise en charge des patientes qui ont eu une IVG dans leurs
antécédents.
Autre type de
contingentement arbitraire : le fait d’imposer l’anesthésie générale ou au
contraire de la refuser systématiquement. Ceci permet aussi d’obtenir de
certaines patientes qu’elles s’adressent à d’autres structures. Il semble
normal que les centres qui réalisent les IVG aient recours à l’ensemble des
techniques chirurgicales et médicales, et à l’ensemble des techniques
anesthésiques, et que leurs indications respectives soient pesées avec les
patientes dans le cadre du consentement éclairé, comme c’est le cas pour tous
les autres actes médicaux.
Une pratique exclusive de l’anesthésie générale ou de la méthode chirurgicale
dans un centre signe son mauvais fonctionnement.
La faible disponibilité de
l’IVG médicamenteuse en France est à ce titre paradoxale et dommageable pour
les patientes.
Les dispositions
particulières régissant la prise en charge financière de l'IVG, qui avaient
pour objet de garantir aux femmes le secret sur la nature de l'intervention
subie, aboutissent souvent au résultat inverse[50]:
Les modalités de versement du ticket modérateur, les paiements directs exigés
par certains établissements avec remboursement ultérieur par les organismes
d'assurance maladie, la cotation spécifique du forfait IVG sur les factures et
feuilles de soins et les réticences de certains receveurs hospitaliers à
accepter des titres anonymes sont autant d'éléments qui font échec à la
discrétion voulue par le législateur.
L’accueil des patientes, qui
devrait être spécifique et compréhensif à l’égard de femmes souvent en grande
souffrance, est parfois négligé voire dilettante. Des recommandations de
pratique clinique, tant en ce qui concerne l’accueil téléphonique que pour
l’accueil médical, auraient le mérite de donner dans ce domaine une norme
minimale de qualité.
Il serait utile d’inciter à la création de formations permanentes sur
le thème de l’accueil des femmes demandant une IVG avec l’aide des
associations qui connaissent les problèmes rencontrés par les patientes.
3.-
Certaines contraintes légales pèsent
lourdement sur les patientes les plus démunies. Les 3 principaux problèmes
sont celui du délai légal, celui des femmes étrangères et celui des mineures.
Le délai légal de 12
semaines d’aménorrhée (10 semaines de grossesse) est respecté de façon très stricte en
France et, bien que la loi l’interdise théoriquement, une information est
volontiers donnée aux patientes hors délais sur les possibilités d’IVG tardives
à l’étranger. Plus souvent hélas, c’est un « allez au Planning, elles vous
trouveront une solution » qui solde l’attitude médicale face aux délais
dépassés.
Bien que les estimations de
ce phénomène soient difficiles à établir, le nombre de patientes qui se rendent
à l’étranger chaque année pour une IVG hors délais est de l’ordre de 5 000[51]
(il était de 8000 par an dans les années 75-85). Il faut noter que le
déplacement à l’étranger aggrave la détresse des femmes sans compter le coût
souvent prohibitif et, parfois, la mauvaise qualité de la prestation médicale
fournie. Une augmentation de 2 semaines du délai légal ferait diminuer le
nombre des françaises qui se rendent à l’étranger pour une IVG de près de 80%
et alignerait la France sur le délai légal le plus courant chez nos voisins
européens[52]. De
plus, la prise en charge de ces demandes n'accroît pas le phénomène de l’IVG
tardive. L’exemple des Pays Bas de ce point de vue est démonstratif.
La réflexion sur le délai
légal oblige à évoquer :
- la position du corps
médical
- les moyens de
détermination de l’âge gestationnel
- le type de patientes
concernées.
1) Le corps médical qui réalise les IVG est hostile dans sa majorité à
une modification du délai pour des raisons principalement éthiques mais aussi
techniques.
Si la notion de détresse et
de maîtrise de la fécondité par les femmes a progressivement été admise par une
grande majorité de médecins, la limite de 12 semaines est vécue comme le
passage de la période embryonnaire à la période fœtale, comme la fin de
l’embryogénèse et donc comme la limite au delà de laquelle seule une
malformation fœtale ou un risque vital pour la mère peut justifier un tel
geste.
Beaucoup de médecins
considèrent que ce délai laisse un temps suffisant à la découverte de la
grossesse.
La demande d’IVG au delà de
12 semaines correspond d'ailleurs souvent à une situation de désir de
grossesse secondairement altérée par un événement intercurrent.
De plus, au delà de la
douzième semaine, des considérations techniques font modifier les méthodes
chirurgicales qui passent de l’aspiration à l’expulsion provoquée plus souvent
mise en œuvre dans le domaine des malformations graves.
Même si la nuance peut paraître
dérisoire aux profanes, les médecins qui se trouvent contraints de réaliser ces
gestes ne souhaitent pas dépasser ce délai de 12 semaines d’aménorrhée. Près
d’un tiers des demandes d’IVG hors délai sont prises en charge en France au
bénéfice du doute sur l’âge gestationnel. La notion du risque médical augmenté
avec l’âge gestationnel, mais aussi la complexité du geste, sans compter les
situations détestables où « cela se passe mal » font que la plupart
des médecins sont même franchement hostiles à une modification du délai légal[53].
Un alignement sur les
législations européennes (dont la plupart ont fixé le délai à 14 semaines)
devra cependant un jour être envisagé et discuté en France.
2) Les moyens de détermination de l’âge gestationnel ont une précision
moyenne de 7 jours ce qui laisse la possibilité du bénéfice du doute pour une
patiente qui aurait dépassé de quelques jours le délai légal. Une première
modification valable des comportements consisterait à fixer une limite de
taille plutôt qu’une limite d’âge gestationel. Cette considération est bien sûr
totalement dépendante de la tolérance et de la compassion des obstétriciens qui
réalisent les examens échographiques. Un
rappel sur la procédure d’urgence qui permet de réduire le délai de réflexion à
2 jours pour les âges gestationnels proches du délai légal pourrait à cet
égard avoir un intérêt[54].
3) La grande majorité de ces
demandes tardives concernent des femmes entre 12 et 14 semaines et l’analyse
des contextes socio-économiques de ces patientes montrent que ce sont
précisément les plus démunies, les plus isolées et les plus fragiles qui
tardent à consulter, souvent parce qu’elles ne sont même pas capables de savoir
qu’elles sont enceintes. On retrouve également dans ce groupe de patientes des
grossesses débutées dans des conditions troubles dont la révélation publique ne
peut se faire car il faut impérativement se taire (inceste ou viol)[55].
La très grande précarité de
ces femmes pourrait faire prendre en compte ces dossiers au cas par cas en
utilisant plutôt la voie de l’interruption médicale de grossesse où une
expertise médicale vérifie la nature dramatique du contexte.
Il pourrait donc être utile
de trouver dans chaque région une structure hospitalière qui soit
spécifiquement habilitée à recevoir les patientes qui dépassent le délai légal.
Une expertise pourrait alors être réalisée dans chaque cas. Les situations les
plus dramatiques (viol, inceste, problèmes psychiatriques sévères, etc.)
pourraient ainsi être prises en charge en France sous forme d’IMG, évitant à
ces patientes un acte médical à l'étranger.
Au total, la difficile
question du délai légal ne peut actuellement se traiter que par des petits
moyens. Une plus grande souplesse dans
l’établissement de l’âge gestationnel recommandée aux praticiens et un recours
éventuel, pour les situations les plus dramatiques traitées au cas par cas, à
l’interruption médicale de grossesse dans des structures régionales
acceptant de recevoir ces cas désespérés seraient immédiatement efficaces.
Le problème des femmes
étrangères non résidentes depuis 3 mois est également difficile. L’objectif initial de la
loi qui était d’éviter que les femmes des pays voisins ne viennent profiter de
la libéralisation française est rendu caduque par l’homogénéité européenne sur
ce sujet. Seule l’Irlande continue d’interdire l’IVG et oblige ses
ressortissants à un voyage en Grande Bretagne pour ce faire. En revanche, les
femmes qui vivent sur notre territoire en situation irrégulière se voient
parfois refuser l’accès à l’IVG alors que précisément leur dénuement est total.
Or, le risque que la France ne devienne un "pays-recours" pour des
femmes étrangères ne pouvant obtenir une IVG dans leur propre pays, est devenu
quasiment nul.
La réforme de l'aide
médicale[56]
procède à une réécriture importante de l'article 186 du Code de la Famille et
de l'aide sociale: parmi les prestations accessibles aux étrangères en
résidence stable (même si elles ne peuvent justifier d'un titre de séjour
régulier en France) figurent les frais afférents à l'IVG[57].
Une politique plus stricte en matière d'immigration devrait donc permettre de
prendre en compte une forme de "rattrapage" par l'aide sociale des
situations de détresse concernant les étrangères en situation irrégulière mais
résidant de façon stable en France[58].
Néanmoins certains hôpitaux,
s'appuyant sur la loi de 1975, refusent d'admettre ces femmes.
Le nombre moyen d'avortement
par femme parmi les étrangères[59]
était en 1990 entre 0,76 et 0,82 (selon que l'on considère que les femmes, dont
la nationalité n'a pas été déclarée, sont toutes françaises ou toutes
étrangères). Ce taux est plus élevé que celui des femmes de nationalité
française. De plus le recours à l'avortement pour les étrangères a légèrement
augmenté depuis 1976[60].
11% des IVG sont faites par des étrangères vivant en France. Parmi elles, les
Yougoslaves sont les plus nombreuses et ont 5 fois plus d'avortements que les
autres.
La généralisation de l’aide médicale gratuite pour ces femmes et ce au
travers d’une procédure d’urgence et la suppression légale de l’obligation de
résidence sont nécessaires car les situations sociales des femmes, voire de leurs enfants,
confinent parfois à l’inhumain.
Enfin, la situation actuelle
est à l’origine d'une grande variabilité d’un hôpital à l’autre, au hasard des
bonnes volontés et du sentiment humanitaire des uns ou des autres.
S’il est vrai que très
souvent les médecins et les personnels administratifs ferment les yeux sur la
durée de résidence en France, il peut se produire que certaines réactions
individuelles moins favorables s’abritent derrière le texte de loi en créant
des situations d’une extrême difficulté, en particulier pour les étudiantes
étrangères au moment des rentrées universitaires.
Le problème des mineures est
sans conteste le plus délicat. Dépossédée par la législation sur l’IVG de son
autonomie pour un choix qui engage son avenir, la jeune fille disposerait de
l’autorité parentale quelques mois plus tard si elle conservait sa grossesse.
Elle a la possibilité d’accoucher sous X sans demander l’avis des parents. Mère
de famille ayant l’autorité parentale, elle doit demander l’autorisation
d’avorter à ses parents si elle se trouve à nouveau enceinte avant sa
majorité...
La loi reconnaît à la
mineure une sexualité : la contraception est accessible gratuitement et
anonymement sans aucune condition d'âge. Elle peut poursuivre une grossesse et
accoucher sans autorisation parentale, mais n'a aucune possibilité de recours
judiciaire pour surmonter un refus parental. On peut aussi ajouter qu'en cas
d'échec de contraception la jeune mineure se trouve plus pénalisée qu'une femme
majeure.
Les parents sont en fait les
mieux placés pour constituer le soutien psychologique de leur enfant au travers
d'une telle épreuve. Rétablir et aider à un dialogue avec les parents, même
dans des circonstances aussi particulières, constitue la première réaction des
équipes médicales.
"Il faut tenter de
donner sens à la trajectoire d'une adolescente qui inverse les étapes de sa
propre maturité"[61].
Dans de nombreuses
situations d'ailleurs, le premier réflexe de panique passé, les choses
s'arrangent souvent sans grand problème à l'intérieur de la famille. Au
contraire, il n'est pas rare que la grossesse crée un bouleversement au sein du
système familial et modifie les relations parents-adolescente existantes[62].
Il s'agit donc, lorsqu'une adolescente est enceinte, d'articuler
progressivement les projets, apparemment opposés, d'une IVG avec le besoin de
sécurité et de continuité d'une jeune fille en devenir d'adulte.
"Elle a encore besoin
de protection, et elle a déjà besoin d'indépendance. Elle vit encore sous le
regard de ses parents, et elle vient de laisser se constituer un lien qui doit
échapper à leur regard. Sa jeunesse a besoin d'eux, et sa pudeur a besoin
d'ombre. Ainsi naît l'intime, ce noyau autour duquel l'identité personnelle se
déploie et se développe"[63].
Mais parfois, des situations
dramatiques peuvent aller jusqu'à l'idée du suicide et obligent à reconsidérer
la manière de procéder.
Enfin, certaines mineures
donnent l'impression de risquer une réelle maltraitance physique ou psychique à
l'annonce de la grossesse. L'autorité parentale, loin s'en faut, ne constitue
pas toujours une protection des enfants par les parents.
Devant des parents
maltraitants, non seulement il n'y a pas protection, mais bien danger pour la
mineure[64].
Ces cas mettent les équipes médicales dans des situations impossibles d'où naît
le sentiment que la seule issue raisonnable est bien l'abrogation de l'article
L.162-7.
Les attitudes des
professionnels sont variables[65]
mais, dans l’ensemble, la signature écrite des parents, voire la présence d'un
parent muni d'une carte d'identité ou la présentation du livret de famille (ce
qui n’est pas dans la loi) est exigée.
La responsabilité de cette
demande est souvent rejetée sur le personnel administratif non médical de
l’admission hospitalière qui applique les mêmes règles que pour les actes
opératoires (même s’il s’agit d’une IVG médicamenteuse).
Ainsi, la confidentialité
par rapport aux parents est impossible d’autant que l’affiliation à la sécurité
sociale se fait également par leur intermédiaire. Ces difficultés incitent les jeunes à tricher[66]
pour préserver leurs droits sur leur propre corps. Qu'une mineure décide de
révéler à ses parents qu'elle a une vie sexuelle est une démarche d'autonomie
et de liberté. Pousser ou obliger à cet aveu une jeune fille qui ne le souhaite
pas pour l'instant constitue ce qu'on pourrait appeler une violence
psychologique.
Si l’implication des parents ne pose que peu de problèmes familiaux
dans la majorité des cas, la révélation de la grossesse aux parents est
rigoureusement impossible dans certaines familles où la culture et la
religion prohibent avec vigueur toute relation sexuelle en dehors du mariage.
La crainte d’une déchéance sociale, voire d’un bannissement par la famille, est
un spectre si redoutable que des conduites dangereuses peuvent alors voir le
jour, qui vont de la tentative d’auto-avortement au déni de grossesse parfois
prolongé jusqu’à terme. Une autre conduite dangereuse pour les mineures
consiste à produire une signature (dont les médecins ne vérifient pas
l’origine) et à payer en argent liquide les frais médicaux de l’IVG pour en éviter
l’imputation sur les documents de sécurité sociale des parents. Il est anormal
de pousser des mineures à trouver en urgence la somme nécessaire (dont on ne
sait exactement comment elles se la procurent) pour pouvoir payer l'IVG de
manière discrète.
Un projet de loi de 1983
prévoyait le recours au juge des enfants et a été délibérément écarté, car,
quelle que soit l’intervention judiciaire, celle-ci se situerait toujours dans
le respect de l’autorité parentale et conduirait à une information parentale.
En effet, le juge pour
enfants a avant tout un rôle de protection de l'enfant. Il s'appuie sur le
critère de "danger" et non "d'intérêt" du mineur, et ce de
façon très subjective. Les décisions de certains tribunaux considèrent qu'il n'y
a jamais danger pour une mineure à poursuivre une grossesse, et d'autres que la
"détresse morale" est constitutive de la notion de danger.
La solution réside donc plutôt dans l’affirmation d’un droit propre de
la jeune fille à décider de l’IVG[67]
en lui garantissant la confidentialité de sa décision. Il serait souhaitable de
confier à des magistrats[68]
une étude juridique des modalités d’évolution des textes avec l'aide du
ministère de la Justice. "Si une adolescente est enceinte et si elle
souhaite une IVG, il vaut mieux prendre acte de cette réalité d'adulte ... que
de la renvoyer à une minorité qui, en l'occurrence, est devenue subitement plus
formelle que réelle...
Ne surchargeons pas la
barque et suggérons à la loi de s'adapter à ces situations particulières...
Quant au rôle des parents en pareille circonstance - maternité précoce ou
recours à l'IVG - il est tout sauf secondaire, mais il consiste alors surtout,
plutôt que de se crisper dans une réaction de type autoritaire, à donner ce que
leur fille demande implicitement, c'est à dire leur amour - sans
condition"[69].
4.- La complémentarité entre les secteurs public et privé a été perturbée dans le
domaine de l’IVG par la méfiance du législateur à l’égard du secteur privé lors
de la discussion de la loi. On a donc confié au secteur public le soin de
répondre à la demande d’IVG en tentant de restreindre les IVG réalisées dans le
secteur privé. Or, le secteur public n’assume pas complètement cette tâche. Les
raisons de cette carence du public ne sont pas financières. On aurait pu penser
que la faible rémunération de l’IVG puisse jouer un rôle mais l’analyse des
dysfonctionnements ne fait jamais apparaître cette cause.
L’explication la plus réelle
est organisationnelle: les IVG dans le secteur public sont réalisées souvent
par des vacataires mal rémunérés sans continuité réelle avec l’activité des
services de gynécologie obstétrique qui ne font qu’héberger cette activité un
peu « accessoire ». Les difficultés saisonnières de fonctionnement
des services hospitaliers (fermeture de lits en été, vacances des personnels
hospitaliers non remplacés ou des médecins) se répercutent alors volontiers sur
l’activité d’IVG. L’argument alors avancé repose sur l’impossibilité de stopper
les autres activités du service (qui elles, ont bien un statut d’activité
d’urgence) alors que les IVG (qui n’ont pas ce statut d’urgence) peuvent être
faites ailleurs.
La sous-déclaration est une
des conséquences de cet état de fait. Elle a pour premier effet d’empêcher
d’évaluer correctement les besoins et donc de pérenniser le déficit d’accueil.
On peut dire que le nombre
d’avortements déclarés dans une région est lié à la capacité d’accueil du
secteur public dans la région considérée.
L’absence de déclaration
résulte de la négligence, mais aussi de la nécessité de respecter un quota et
enfin de la volonté d’utiliser une autre cotation que celle qui est imposée.
1. La négligence
a pu être évaluée par plusieurs enquêtes (en particulier celle du SESI en 86)
et rend compte de 10 à 15% de la sous déclaration. Il est en revanche plus
difficile de connaître le nombre d’actes relevant de l’IVG mais classés par les
établissements dans une autre catégorie d’actes chirurgicaux.
2. La nécessité de
respecter le quota apparaît dans certaines structures privées et PSPH où la
direction impose aux médecins qui y travaillent un rapport de 1 à 4 entre les
IVG qu’ils pratiquent et les accouchements et gestes chirurgicaux qu’ils
effectuent. Ceci se traduit souvent par une consigne de n’accepter pour IVG que
les patientes qui fréquentent habituellement la structure ou le médecin
concerné (le fait qu’il n’y ait pas de CIVG dans la structure est d’ailleurs
souvent retenu comme argument pour justifier cette discrimination). Les
médecins de ces structures sont donc amenés tout naturellement à la
sous-déclaration (sous la forme d’une hospitalisation pour curetage), ne serait
ce que pour éviter un conflit avec leur administration et de surcroît
simplifier toute la procédure d'IVG.
La logique des quotas avait
été instituée dans la loi de 75 pour éviter que certaines structures privées ne
deviennent des cliniques d’avortement. Ce risque n’existe pas et devrait être
mis en parallèle avec l’existence bien réelle des CIVG dans le public.
Un rapide calcul permettrait
de démontrer qu’une structure qui ne ferait que des IVG ne serait viable sur
aucun plan (économique, médical, etc.). Il est donc logique de proposer
l’abrogation des quotas qui discriminent de ce point de vue le privé du public,
alors que le privé assume près de la moitié des IVG du pays.
3. La volonté
d’utiliser une autre cotation que celle de l’IVG s'explique par
l’interdiction du secteur à honoraires libres dans le domaine de l’IVG alors
que les honoraires peuvent être libres pour un autre acte chirurgical. Cette cause
s’ajoute donc souvent avec la précédente. Les effets sociaux sont ici non
négligeables puisque certaines patientes peuvent être confrontées à un coût
plus élevé alors que l’alternative du public n’est pas possible.
La circulaire
DGS/2A/DSS/AM3/92 n°27 du 14/5/92 soulignant la mauvaise application de la
réglementation en matière de tarification des IVG faisait état du non respect
des tarifs en vigueur, de l'exigence de paiements en avance et en espèces, de
la non application du tiers payant et des problèmes d'anonymat de la
facturation. Le rappel des règles de droit aux établissements de santé publics
et privés avait alors été demandé aux préfets et aux directions départementales
des affaires sanitaires et sociales.
Il est difficile de savoir
si, dans ce domaine, la situation s'est améliorée, faute d'évaluation précise.
L'expérience de terrain des associations laisserait plutôt entendre que ces
pratiques relatives à la prise en charge financière des IVG n'ont guère changé.
L’IVG n’est pas remboursée
par la sécurité sociale mais par l'Etat sur un budget spécifique qui transite
par la sécurité sociale.
Pour 1992, il y a eu 198 617
IVG remboursées par les différentes caisses, ce qui correspond bien à la somme
des IVG déclarées et de l’omission par négligence.
Ce chiffre ne tient pas
compte des IVG faussement déclarées dans une autre rubrique chirurgicale. Si on
compare ce chiffre à l’estimation pour 1992 des IVG réalisée par l’INED qui est
de 227 000 (167 458 IVG déclarées), cela donne 28 000 IVG déclarées sous
un autre code chirurgical, soit environ 12% des IVG de 1992.
L’évaluation la plus précise
de la sous-déclaration est faite par Chantal Blayo qui l’évalue à 5% pour le secteur public et à 50% pour le
secteur privé[70].
La baisse progressive de la
demande et une amélioration de l’accueil du service public pourrait entraîner
une baisse de la sous-déclaration. Il ne faut pas s’attendre, en revanche, à
une amélioration de la déclaration dans des établissements qui pallient la
carence du secteur public, tout en veillant à ne pas dépasser le quota qui leur
est imposé par la loi.
La disparition du quota de 25% pour le secteur privé (puisque celui-ci ne sert
probablement pas de barrière) semble de nature à améliorer la situation de
l’IVG dans certaines régions sans pour autant générer un risque de voir des
établissements se « spécialiser » dans la pratique de l’IVG.
La disparition du quota
pourrait être accompagnée d’une incitation plus forte auprès des directeurs de
clinique à se conformer à la règle de la déclaration obligatoire anonyme.
LA PREVENTION
DE L’IVG
Un des obstacles[71]
à l'utilisation d'une contraception efficace est constitué par son coût. En
France, un certain nombre de pilules contraceptives sont remboursées à 65%
ainsi que les examens complémentaires générés par la surveillance médicale de
cette thérapeutique. Certaines pilules récentes, les pilules dosées à 20
microgrammes par exemple, ne sont pas remboursées du tout, alors qu'elles
constituent souvent des solutions médicales particulièrement adaptées à
certaines situations cliniques. Le dispositif intra-utérin est également
remboursé à 65%, mais sur la base d'un tarif forfaitaire bien inférieur au
tarif réel. Les consultations médicales de prescription, ou de pose pour le
stérilet, sont remboursées dans les mêmes conditions. Si les mineures et les
femmes sans couverture sociale peuvent obtenir gratuitement leurs moyens
contraceptifs dans les centres de planification familiale, les préservatifs, en
revanche, ne sont pas pris en charge par la Sécurité Sociale.
La prescription médicale
obligatoire pour l'obtention d'une contraception orale a été contestée en
Grande Bretagne et aux Etats Unis[72].
Cette obligation peut constituer un obstacle à l'accès à la contraception, en
particulier chez les jeunes qui craignent l'examen gynécologique et n'ont
souvent pas l'argent nécessaire pour payer les honoraires du médecin. Le manque
d'ordonnance pour un renouvellement de pilule figure parmi les causes d'IVG. Un
bilan avantages/inconvénients sur cette nécessité d'une prescription médicale
est donc proposé à juste titre par Buekens et Kaminski[73],
car les risques liés à la contraception sont faibles et les contre-indications
formelles rares.
La disponibilité de la
contraception d'urgence[74]
sans ordonnance pourrait constituer un progrès sensible. Une large information,
tout particulièrement auprès des jeunes, doit accompagner la mise sur le marché
de la contraception d'urgence. Les examens de laboratoire qui conditionnent
l'accès à la contraception et qui, en l'absence de facteur de risque, n'ont pas
fait la preuve de leur utilité, constituent également un frein à l'utilisation
de la contraception orale. Cependant, dans l'état actuel des connaissances, ce
serait une erreur de dispenser les femmes du contact médical pour l'accès à la
contraception orale : l'évaluation des risques anamnestiques et le choix
du type de contraception orale adaptée à la patiente constituent bel et bien
une démarche d'ordre médical.
Le problème particulier de la prévention chez les jeunes:
Les échecs de la
contraception sont fréquents chez les adolescents. La première raison tient à
leur fécondité élevée. Une étude comparative des échecs de contraception chez
les adultes et les adolescentes[75]montre
2 particularités :
- une proportion d'échec
du préservatif significativement plus élevée chez les adolescentes (17,8%
contre 11,5% chez les adultes)
- l'absence totale de
contraception est elle aussi plus fréquente chez les adolescentes (9,4% contre
3,6% chez les adultes).
Ces échecs du préservatif ne
représentent pas la performance contraceptive du préservatif (puisqu'il s'agit
de femmes demandant une IVG) mais montrent que le préservatif utilisé isolément dans un but contraceptif constitue une
méthode insuffisamment efficace chez les jeunes. Alors que certains auteurs
s'attendaient à une diminution des IVG chez les jeunes grâce aux campagnes pour
la prévention des MST, c'est au contraire une augmentation qui a pu être
mesurée par exemple en Suisse où en 89, 30% des adolescentes qui avaient recours
à l'interruption volontaire de grossesse avaient utilisé un préservatif comme
seule contraception. Des proportions similaires ont été observées en Grande
Bretagne[76] où l'échec du préservatif est donné comme
responsable de 43% des IVG. Les IVG dues à l'échec du préservatif comme
contraception sont passées aux Etats-Unis[77]
de 15% à 32% en quelques années. Il est bien sûr difficile de distinguer dans
ces études le réel échec de la méthode car l'utilisation du préservatif est
souvent alléguée par les jeunes confrontés à une grossesse non désirée.
En Allemagne, la proportion
des jeunes qui n'utilisent aucun moyen de contraception lors du premier rapport
a baissé en 15 ans notamment chez les filles (de 29% en 80 à 11% en 98[78]).
Pour 68% des filles et 55% des garçons, le préservatif est cité comme le moyen
contraceptif de prédilection, alors que 16% des jeunes ne prennent que la
pilule et que 16% prennent les deux. Néanmoins, la préférence pour le
préservatif cède du terrain en faveur de la pilule : questionnés sur leurs
derniers rapports, 40% des filles et 52% des garçons ont indiqué avoir utilisé
un préservatif, contre des taux respectifs de 73% et 65% pour ce qui est de la
pilule. De même, la contraception devient habituelle lorsque la fréquence des
rapports augmente (1% des filles et 3% des garçons n'ont pas utilisé de
contraceptifs lors des derniers rapports).
Les deux facteurs
sociologiques qui influencent le comportement contraceptif des jeunes sont[79] :
- l'aspect occasionnel
des rapports où 38% des filles ne prennent aucune contraception (vs 6% en cas
de partenaire stable)
- l'information par les
parents divise par deux l'absence de contraception lors du premier rapport (11%
vs 19% quand l'information provient d'une source autre). L'âge du premier
rapport a baissé en 10 ans et concerne 38% des filles et 29% des garçons entre
14 et 17 ans. la proportion des jeunes n'ayant pas eu de rapports à 17 ans est
restée identique (33% des filles et 46% des garçons).
En France, l'âge médian du
premier rapport sexuel est situé à 17 ans pour les filles comme pour les
garçons - une donnée qui n'a pas varié depuis plusieurs décennies[80].
Parmi les jeunes sexuellement actifs, 87% déclarent avoir utilisé un
préservatif la première fois. En revanche, le préservatif a été nettement moins
utilisé lors de la dernière relation sexuelle (80% pour les garçons et 53% pour
les filles). Les jeunes vivant avec leurs parents de naissance (ou d'adoption)
utilisent plus le préservatif (89%) que les jeunes issus de familles
monoparentales (83%) ou recomposées (82%), et déclarent avoir eu moins de
rapports sexuels que ces derniers. On peut donc dire que l'éducation pour la
santé se fait principalement dans le milieu familial où peut se produire un
échange sur les règles de vie. "Le rôle de la famille n'a pas été
suffisamment pris en compte jusqu'à présent dans les stratégies de prévention
mises en place en direction des adolescents"[81].
Evolution des IVG des mineures
par rapport à la population générale[82],[83]
|
|
85 |
87 |
89 |
90 |
91 |
92 |
93 |
94 |
95 |
|
IVG - de 18 ans |
6416 |
5692 |
5729 |
6077 |
6093 |
5731 |
5785 |
5 884 |
6 441 |
|
|
Total IVG déclarées |
173 335 |
162 352 |
163 090 |
170 428 |
172 152 |
167 777 |
167 921 |
163 000 |
|
|
|
IVG/100 concept < à 18 ans |
59,7 |
59,3 |
61,9 |
64,0 |
65,7 |
66,0 |
67,6 |
|
|
|
|
IVG/100 concept ensemble |
18,3 |
17,4 |
17,5 |
18,2 |
18,4 |
18,4 |
19,0 |
|
|
|
|
Accouchements de mineures |
4 335 |
|
|
|
|
2 949 |
2 755 |
2 529 |
2 526 |
|
La classe d'âge située entre
18 et 20 ans représente 10 000 IVG par an en France, alors que les moins de 18
ans représentent 6 000 IVG par an. De plus, le nombre d'enfants nés de mères de
18 ans et moins était en France en 87 de 6043 et de 646 pour les mères de moins
de 16 ans. Le nombre de conceptions chez
les adolescentes a baissé, mais, quand elles surviennent inopinément, ces
grossesses aboutissent moins souvent à une naissance.
Si 85% des jeunes utilisent
une contraception (ne serait-ce que le préservatif isolé) lors du premier
rapport, on sait en revanche peu de choses sur le maintien dans le temps de la
pratique contraceptive. Les peurs des jeunes au début de leur vie amoureuse
concernent plus la permanence de la relation avec leur partenaire que les
écueils constitués par la grossesse non désirée ou les MST. Les méthodes les
plus efficaces ne sont pas bien adaptées à une activité sexuelle irrégulière et
il est donc difficile de promouvoir chez les jeunes une contraception qui fasse
partie de la vie de tous les jours.
Lorsque l'IVG est pratiquée
chez les jeunes, elle est plus souvent tardive que pour l'ensemble des femmes
qui avortent. Or on sait que l'IVG tardive comporte plus de risque. De plus, un
jeune âge à la première grossesse est un facteur de risque de recours répété à
l'IVG[84].
Le nombre de femmes ayant
leur premier rapport sans contraception pourrait être diminué en facilitant la
délivrance de la première contraception orale et en limitant les circonstances
où une ordonnance médicale est indispensable, tout particulièrement pour la
contraception post-coïtale, dont les jeunes sont peu informés.
Les jeunes filles
surestiment largement certains risques, en particulier les risques de stérilité
ultérieure ou de cancer et sont peu nombreuses à connaître les effets positifs
sur la santé de la contraception orale. Il y a donc un rejet de la pilule sur
la base de connaissances erronées et imprécises qui accroît le risque de
grossesse non désirée, en particulier par l'utilisation de moyens peu efficaces
de contraception.
Créer des
structures de prévention des IVG
INFO - ADO[85]
Bien que cela n'ait pas été
totalement démontré[86],
il tombe cependant sous le sens que les IVG les plus susceptibles de laisser
des séquelles psychologiques sont celles des jeunes de moins de 18 ans. Elles
renvoient la société française, et les adultes en général, à un certain constat
de carence dans le domaine de la formation et de la prévention primaire :
“On apprend aux jeunes à
traverser les rues sans se faire renverser, mais on ne leur apprend pas à
débuter leur vie sexuelle sans rencontrer les écueils que celle-ci peut
receler”.
Si l’IVG de la femme adulte
cache souvent une ambiguïté face à la reproduction et un désir inconscient de
grossesse, voire un accident de contraception, en revanche, l’IVG de la femme
jeune recouvre habituellement un manque de connaissances qui est confirmé par
de nombreuses enquêtes.
En classe de troisième, 2/3
des jeunes filles pensent que les premiers rapports ne sont pas fécondants, et
3/4 sont persuadées qu’il est impossible d’être fécondée lorsqu’on a un rapport
pendant les règles.
De plus, cette situation est
largement corrélée au milieu social et culturel d'origine. Quand le milieu
familial ouvert peut suppléer à la carence informative, les jeunes filles sont
moins exposées à la grossesse non désirée. L'inégalité est accrue dans les
familles où, en cas de grossesse, il n’est pas possible pour une mineure
d’obtenir l’autorisation nécessaire pour accéder à l’IVG, et même impossible
d’en parler.
Il y a schématiquement 4
acteurs qui peuvent jouer un rôle dans l'information des jeunes sur ces
sujets :
- les parents
- les enseignants
- le corps médical
- et les structures sociales de prévention
Il est aisé de démontrer
que, pour des raisons psychologiques évidentes, ni les parents, ni les
enseignants désignés par les parents pour éduquer leurs enfants (“pro-parents”)
ne sont bien placés pour aborder aisément et au bon moment (c’est à dire avant
les premières expériences sexuelles) les conseils élémentaires et les
précautions qui permettent d’éviter les grossesses non désirées.
C'est donc le corps médical
au sens large qui doit remplir ce rôle. Or, le médecin de famille (connu par
l'enfant) est rarement consulté dans ce contexte et ce pour
3 raisons :
- les jeunes ignorent l’existence du secret professionnel et
redoutent que le médecin de famille parle aux parents de leur sexualité
naissante
- les jeunes ne peuvent disposer de l’argent nécessaire pour
payer une consultation médicale, si modique soit elle
- les jeunes redoutent par dessus tout l’examen
gynécologique malheureusement souvent imposé par des médecins insuffisamment
préparés à la contraception de cette classe d'âge.
Il faut pallier ces 3 causes
d’échec de l’approche médicale traditionnelle.
Des structures telles que
celles mises en place par le Mouvement Français pour le Planning Familial,
s'ajoutant aux centres de planification[87]
déjà existants, doivent être suggérées dans les toutes les UF d'orthogénie du
pays. Ces structures[88]
doivent comporter 2 volets complémentaires :
- une campagne annuelle d’information dans les
établissements scolaires alentour. Ceux-ci devraient être incités par le
ministère de l'Education Nationale à intégrer cette démarche dans leur projet
pédagogique au niveau des classes de 3ème
- un accueil quotidien aux heures ouvrables, sans
rendez-vous et sans qu’il soit nécessaire de donner son nom, par un médecin
préparé à recevoir des adolescents qui viennent seuls ou à plusieurs (les
Internes de Médecine Générale doivent être formés à cet accueil qu’ils auront à
réaliser plus tard lorsqu’ils seront installés comme omnipraticiens). Ce
médecin ne fait pas d’examen gynécologique, sauf s’il y a une demande ou une
nécessité dans ce sens. Il conseille, oriente, répond aux questions et aux
angoisses que provoquent les premières expériences. Il dispose de préservatifs
gratuits acquis par l’hôpital à cet effet[89]
ainsi que de contraceptifs œstro-progestatifs qui eux aussi sont délivrés
gratuitement par la pharmacie hospitalière.
Il n’y a pas de trace
administrative de la consultation qui ne donne pas lieu à un remboursement de
sécurité sociale.
Bien que la pression des
maladies sexuellement transmissibles ait ouvert une voie dans l’amélioration de
l’information des jeunes du fait de la gravité des enjeux[90],
il reste toujours une forte réticence des parents et des enseignants qui se
traduit par la crainte d’initier des comportements sexuels plus prématurément
qu’ils n’auraient eu lieu spontanément. C’est pourquoi certains établissements
scolaires ne sollicitent pas les interventions d’Info-Ado, ou les déguisent en
prévention SIDA. L’incitation des chefs
d’établissements scolaires par le ministère de l’éducation nationale à accepter
de telles formations (qui surclassent, et de loin, l'efficacité du
distributeur de préservatifs) est donc
indispensable.
Le type de message transmis
par les médecins, les sages-femmes, les infirmières, les psychologues, etc. qui
participent au programme Info-ado a donc été soigneusement élaboré pour éviter
3 écueils :
- celui de venir enseigner une technique
- celui de prétendre réaliser une “éducation sexuelle”
- celui de ne présenter la sexualité que sous la forme des
risques auxquels elle expose.
Le discours doit donc être
véritablement humaniste :
- replacer la relation
sexuelle dans le contexte amoureux qui est le sien surtout chez les jeunes
- évoquer les
différences de modalités de séduction entre garçons et filles et valoriser le
consentement mutuel
- faire apparaître la
prise de responsabilité en matière sexuelle comme étant un signe de maturité
- aborder de manière
informative (voire médicale) les sujets qui intéressent les jeunes tels que
l’homosexualité, la masturbation, la jouissance sexuelle, la virginité et
l’inceste.
Au total, ces interventions
sont donc complexes (et ne se réduisent pas à une simple approche technique de
contraception ou de prévention des MST). Elles nécessitent une réelle formation
pour ceux ou celles qui ont le goût d’informer et ne se sentent pas gênés de
parler de sexualité devant des classes d’adolescents et de répondre à des
questions parfois délicates.
Il est bien sûr très
difficile de chiffrer l’impact réel de telles actions (car cela supposerait des
sondages ou une enquête qui risquerait de faire perdre la notion de totale
gratuité et de désintéressement), mais la simple observation de l’origine
scolaire des jeunes filles qui sollicitent une IVG, confirme un réel impact de
ce type de programme.
De plus, la logique d'une
telle action de prévention primaire est de considérer que chaque IVG évitée à
cet âge justifie l'ampleur de l’effort.
Tous les centres chargés en
France des IVG pourraient avoir à leur actif des actions de prévention et être
évalués aussi sur ce point. Cette seule mesure incitative aurait un effet
considérable sur l’ensemble du corps médical.
Préparer les jeunes gens à leur future vie sexuelle plutôt que de les consoler au passage dans nos salles d’opération, un objectif facile à partager avec l'ensemble du corps médical.
LES PROBLEMES
TECHNIQUES
Les risques médicaux de l'avortement :
La médicalisation de l’avortement a entraîné une chute spectaculaire
des complications et des décès. La mortalité de l’IVG sur 10 ans est passée de 5 à
3 pour 1 million d’IVG entre les années 75-85 et les années 85-95. La France
fait partie des pays les mieux placés à cet égard. L’INED en 1963 estimait à
332 le nombre annuel de décès par avortement[91].
Le nombre annuel absolu de
décès par IVG oscille dans les dernières années entre 0 et 2[92].
Le progrès sanitaire de l’environnement des IVG est donc évident et valide les
arguments de santé publique qui avaient été avancés lors de la discussion de la
loi de 75.
On peut rappeler que l'OMS
estimait en 1994 à 70 000 le nombre annuel de décès sur la planète par
complication de l'avortement volontaire (350 décès pour 100 000 avortements) et
à 500 le nombre de décès après avortement médicalisé[93].
Les risques de l'avortement dépendent
beaucoup plus de son statut juridique que du niveau de développement
économique. Les femmes dans le monde sont donc loin d'être égales sur le
plan des risques qu'elles encourent lors d'un avortement.
La mortalité est d’autant
plus faible que le terme est précoce. Le risque passe de 0,2/100 000 IVG
si l’avortement est fait à moins de 8 semaines de gestation à
12,1/100 000 quand celui-ci est pratiqué à plus de 21 semaines[94].
Les complications immédiates
ont eu la même évolution décroissante que ce soient les perforations utérines,
les hémorragies ou les rétentions partielles avec ou sans infection
loco-régionale. On sait de plus que l’incidence ultérieure de l’accouchement
prématuré n’est pas augmentée par l’IVG, ni d’ailleurs le retard de croissance
intra-utérin ou les avortements précoces. L’IVG ne modifie pas la fécondité
ultérieure des femmes. Les indicateurs de morbidité devraient encore
s’améliorer avec la diffusion des méthodes médicamenteuses et l’usage plus
large de l’anesthésie locale rendue possible par la dilatation pharmacologique
que permettent les prostaglandines modernes.
"Si les progrès de la contraception n'ont toujours pas réduit de façon
significative la fréquence du recours à l'avortement volontaire, si
l'amélioration de sa prise en charge médicale n'a pas totalement fait
disparaître quelques complications parfois préoccupantes et graves, il n'en
apparaît pas moins aujourd'hui comme un incontestable progrès sanitaire[95]".
L’avortement fait dans de bonnes conditions sanitaires, ce qui est le
cas dans notre pays, peut être considéré comme à risque minimum.
Quant aux complications
psychologiques, leur évaluation est difficile et leur variabilité est extrême.
On peut dire toutefois que l’incidence des complications psychologiques
majeures est faible sauf chez les adolescentes où une IVG en début de vie
sexuelle peut constituer une véritable agression dont le retentissement réel
demeure mal connu[96]
et dépend étroitement du contexte familial et de la dépendance affective des
jeunes. L’angoisse des femmes est en général plus grande avant l’IVG qu’après
celle-ci. Le risque est plus grand chez les femmes qui désirent leur grossesse
et qui ne peuvent la conserver pour des raisons qui leur sont extérieures
(célibat, mauvaises conditions socio-économiques, etc.). L’isolement familial et
affectif est donc un facteur aggravant sur le plan psychologique. La maltraitance à l’occasion de l’IVG
renforce le sentiment de culpabilité et peut blesser psychologiquement des
femmes fragilisées par la période difficile qu’elles sont en train de vivre.
Ceci justifie qu’un soin
particulier soit apporté à la formation des équipes médicales et paramédicales
qui reçoivent les patientes, depuis l’accueil téléphonique jusqu’à la prise en
charge proprement dite.
Enfin, la balance avec le
risque éventuel d’un enfant non désiré est rigoureusement impossible et peut
laisser la place à toutes les conjectures.
Considérations techniques sur l'intervention :
Près de 75% des avortements
en France sont pratiqués avant la huitième semaine, et on observe, à l'intérieur
de cette catégorie, une précocité de plus en plus grande de l'intervention. Les
IVG à 5 semaines sont passées de 9% en 76 à 19% en 91, grâce, en partie, à
l'avortement médicamenteux. Les âges gestationnels sont plus bas dans le privé
que dans le public, en raison des délais d'attente moins longs pour l'obtention
des rendez-vous. En 91, 48% des IVG du secteur privé concernaient des
grossesses de moins de 6 semaines alors qu'à la même période, la proportion
correspondante dans le secteur public était de 34%.
On constate de plus que les
avortements des femmes les plus jeunes, du fait de l'ignorance et de la
difficulté des démarches, se font à un âge gestationnel relativement tardif.
La technique la plus
couramment utilisée est l'aspiration suivie d'un contrôle de la vacuité utérine
à la curette[97].
47% des IVG sont réalisées
par aspiration seule et 37% par aspiration suivie de curetage[98].
Sur ces IVG dites chirurgicales, les 3/4 sont faites sous anesthésie générale.
Le risque de décès par
avortement varie en fait avec le type d'anesthésie[99]
de 0,37/100 000 pour l'anesthésie générale à 0,15/100 000 pour l'anesthésie
locale. Compte tenu de l'amélioration des techniques et des conditions
sanitaires, le mode anesthésique, qui n'avait pas autrefois une grande incidence
sur la morbidité, constitue désormais un des principaux facteurs du risque
résiduel.
L'avortement médicamenteux[100]
utilisant la Mifépristone associée au misoprostol a représenté 13,8% des IVG en
90. Les ventes de Mifépristone permettent de penser que ce chiffre a augmenté
dans les années suivantes puisque le laboratoire a fait état d'une vente
annuelle de 40 000 boîtes en 94. Les analyses statistiques laissent penser que
beaucoup d'établissements ne laissent pas le choix aux patientes de la méthode
utilisée pour l'IVG même lorsque le contexte médical permettrait ce choix.
On peut remarquer en
particulier que les méthodes non chirurgicales sont moins proposées dans le
privé que dans le public (la fréquence varie du simple[101]
au double) alors même que l'âge gestationnel est en moyenne plus bas dans le
privé que dans le public. Certains médecins pourtant favorables à la méthode ne
la proposent pas à toutes les femmes, parce qu'ils ont une idée a priori des
femmes à qui la méthode convient. Les médecins hostiles à la méthode préfèrent
l'acte chirurgical qu'ils jugent plus confortable pour eux-mêmes et pour la
patiente. On retrouve le même genre d'arguments en faveur de l'anesthésie
générale qui reste largement majoritaire (78% dans le privé et 45% dans le
public).
Ainsi, sur les 11 815 IVG de
l’AP-HP en 1997:
- 2 572 ont été
réalisées par RU (22%)
- 3 065 sous anesthésie
locale (26%)
- 6 178 sous anesthésie
générale (52%).
Le taux d’IVG par RU varie d’un centre à l’autre de 0% à 60% et le taux
d’anesthésie générale varie de 5% à 100%, en raison décroissante de l’activité. Outre
les conséquences sur les coûts qu’entraînent de telles pratiques, la morbidité
de l’anesthésie générale est incontestable et justifie que son indication soit
posée de manière médicale et pas de manière systématique.
Il existe également une
forte disparité régionale dans les pratiques, aussi bien pour les techniques
d'intervention que pour les types d'anesthésie. Ainsi, le recours à la
Mifépristone varie de 3% dans le Limousin à 21% dans le Nord-Pas-de-Calais et
23% en Lorraine[102].
Grande Variabilité dans
l'utilisation de la Mifépristone selon les régions[103]:
|
utilisation de la mifépristone < 10% |
utilisation de la mifépristone > 15 % |
|
Haute Normandie Aquitaine Bourgogne Pays de Loire |
Corse Midi-Pyrénées Nord-Pas-de-Calais * Picardie * Lorraine Champagne-Ardenne Centre |
* Malgré un pourcentage plus faible d'IVG précoces.
Les différences régionales dans
le recours à l'anesthésie générale sont également importantes (de 21% dans le
Nord-Pas-de-Calais et dans les Pays de Loire à 90% en Normandie,
Poitou-Charentes, Aquitaine, Limousin et Corse) et ne peuvent s'expliquer par
des différences régionales de durée de gestation ou de technique d'IVG qui ont
une amplitude moins importante.
En revanche, chez les femmes
ayant eu une IVG précoce, il y a très peu de différences dans la technique
utilisée selon les caractéristiques socio-démographiques des femmes.
Il semble donc que le choix
de la technique utilisée soit déterminé par la pratique des centres d'IVG, avec
peu de possibilités de choix pour les femmes.
Pourtant, le choix des
femmes varie en fonction des caractéristiques socio-démographiques[104],
psychologiques et en fonction de leur jugement sur les risques liés à la
méthode :
- les femmes les plus
jeunes choisissent la Mifépristone ou une aspiration sous anesthésie générale
plutôt que l'anesthésie locale
- les femmes de niveau
d'études plus élevé privilégient la Mifépristone ou une aspiration sous
anesthésie locale.
Un taux d'échec plus faible
est un critère de choix des femmes en faveur de l'aspiration, un risque plus
faible pour les grossesses ultérieures est un critère de choix pour la
Mifépristone.
L’évolution actuelle est
plutôt favorable puisque le recours à l’anesthésie générale est passé de 70% en
76 à 52% en 97, et que l’anesthésie locale est elle passée de 4% en 76 à 26% en
97.
Quant à l’avortement
médicamenteux, il était à 14% en 91 et à 22% en 97. Ce chiffre peut être
considéré comme faible puisque 87% des IVG se font avant 10 semaines
d’aménorrhée et 40% avant 7 semaines.
L’IVG médicamenteuse qui ne
nécessite pas de lit d’hôpital ni de bloc opératoire devrait pouvoir éviter des
IVG chirurgicales dans les années à venir, si les médecins de certaines
institutions qui n’y ont pas recours actuellement y sont incités.
Les expériences étrangères
(Hollande, Grande Bretagne, USA) démontrent que l’IVG sous anesthésie locale
peut se faire dans d’excellentes conditions avec une morbidité moindre,
d’autant que les nouvelles prostaglandines permettent d’éviter en tout ou
partie le geste douloureux de la dilatation cervicale.
Caractéristiques
de l'intervention selon le statut de l'établissement[105](1993):
|
|
Public |
Privé |
|
Nb de bulletins |
115 411 |
52 510 |
|
Age gestationnel ≤ 8 sem |
58% |
69% |
|
Aspiration ± curetage |
81% |
89% |
|
IVG médicamenteuse |
15% |
8% |
|
Aspiration pour IVG précoce |
42% |
74% |
|
IVG médicale pour IVG précoce |
53% |
21% |
|
Anesthésie générale |
52% |
85% |
|
A.G. pour les IVG chirurgicales |
62% |
95% |
|
Hospitalisation ≤ 7 heures |
37% |
20% |
Il faut noter de surcroît
que ces données sous-estiment probablement les pourcentages d'IVG chirurgicales
et d'anesthésies générales du fait de la forte sous-déclaration dans le secteur
privé. L'anesthésie locale nécessite en fait plus de temps et de disponibilité
de la part du médecin, une attitude chaleureuse de l'entourage infirmier et une
prise en compte du contexte psychologique. Autant dire que l'anesthésie locale
nécessite pour sa bonne réalisation des équipes très motivées, tant dans les
explications en amont du geste, que dans l'exécution du geste chirurgical
proprement dit.
La régulation menstruelle[106]
qui est une IVG très précoce entraîne, dans les régions où elle est utilisée,
une importante sous-déclaration. Sauf à renoncer à la déclaration de l’IVG, il
convient de replacer la régulation menstruelle dans le cadre légal de l'IVG par
un rappel de la règle aux médecins qui pratiquent cette technique.
Il faut donner aux femmes un accès au choix sur la méthode utilisée
après une explication sur les risques respectifs des différentes méthodes tout
en donnant une préférence à l’anesthésie locale qui est moins dangereuse et
moins chère.
Au total, l'évolution des
techniques disponibles a été plus rapide que l'évolutivité des techniques
employées. L'anesthésie locale n'est pas parvenue à faire reculer
significativement l'anesthésie générale et la diffusion des techniques
médicales est encore trop modeste pour détrôner l'aspiration.
PROPOSITIONS
PRATIQUES
1. L’accréditation d'un hôpital
où se trouve un service public de gynéco-obstétrique doit comporter l'analyse
d'un volet « unité fonctionnelle d’orthogénie » avec description
détaillée du fonctionnement et de l'organigramme. Le nom du PH responsable de
l’UF et des personnels chargés entre autre de cette tâche ainsi que l'analyse
de qualité de l’activité doivent figurer dans les documents d'accréditation.
2. La fiche de structure des
postes de chef de service mis au concours dans le public doit inclure un volet
"orthogénie". Il s'agit par là de contrer la carence de l'offre
publique qui doit être mieux répartie sur toutes les structures hospitalières
pour respecter l'obligation légale de continuité du service public.
3. Création d’un référentiel
d’évaluation de l’IVG (par l’ANAES par exemple) avec l’aide des sociétés savantes de
gynécologie obstétrique et des associations impliquées dans le domaine. Ceci devrait permettre d'améliorer la
qualité des actes et de l'accueil des patientes.
4. Création de structures de
formation permanente pour former les personnels hospitaliers à l’accueil des IVG. La
participation d’associations telles que le MFPF, l’ANCIC et la CADAC, qui ont
une expérience de terrain considérable, serait ici fort utile. Un véritable
enseignement médical, technique et psychologique est nécessaire pour permettre
aux femmes le choix de la méthode médicale qui doit être disponible dans toutes
les structures qui pratiquent les IVG.
5. Remplacement de l’obligation
d’une consultation sociale (systématiquement proposée, jamais imposée) par une proposition de
cette consultation lors du contact avec le médecin qui doit instaurer un
dialogue sur l’intérêt d’un contact supplémentaire (psychologique ou social)
pré ou post IVG. Suppression du caractère obligatoire de l’entretien préalable
qui pourrait être confié, lorsque la
patiente l’accepte, à une psychologue, à une assistante sociale, à une
sage-femme ou à une conseillère conjugale, quand apparaît la nécessité d’une
aide dans l’un ou l’autre domaine. Souligner auprès des équipes médicales
l'intérêt des consultations post-IVG (surtout pour les adolescentes)
permettant, entre autre, d'aborder les difficultés personnelles qui ont pu
accompagné cet événement ou qui se sont révélées à cette occasion.
6. Insertion des CIVG dans les
services de Gynécologie-obstétrique dès que les deux types de structures se trouvent
sur un même site (sous forme d’une unité fonctionnelle - ce qui réglerait du
même coup les problèmes de statut dans les CIVG et la représentation dans les
CME). Ceci permettrait en outre de ne pas doubler les plateaux techniques et
les astreintes de spécialistes (anesthésistes). Qui dit pratique exclusive de l’IVG
dit essoufflement pour les médecins et pour les personnels. On enregistre une
lassitude considérable des praticiens tout particulièrement dans les structures
publiques où parfois les internes évitent les services à forte prévalence de
l'IVG La formation complémentaire indispensable à l’accueil, nécessaire pour
les personnels, n’est pas contradictoire avec le fait de varier leurs fonctions
dans la journée pour ne pas être cantonné à l’activité d’IVG. Ces structures
devraient en outre être chargées des actions de prévention en coordination avec
les autres acteurs de ce domaine. En ce qui concerne l'évaluation des moyens
nécessaires, il serait utile de calculer une fourchette indicative de moyens
nécessaires en personnels, locaux et matériels, selon le nombre d'IVG
pratiquées pour un service de qualité (guide pour les directeurs d'hôpitaux).
7. Maintenir les CIVG dans les
sites sans structure de Gynécologie-obstétrique pour conserver des
structures de référence en matière d’IVG. Certaines régions comme l'Ile de
France verraient leur situation se détériorer gravement si les CIVG
n'existaient plus. La possibilité de recherches cliniques dans les domaines de
la contraception et de la régulation des naissances doit être spécifiquement
dévolue aux structures spécialisées. Ces travaux doivent porter principalement
sur l’amélioration de la qualité des soins. L’attribution de contrats (décret
n°93.701 du 27/3/93 et arrêté du 17/1/95) doit être élargie à toutes les
situations où la possibilité de créer un poste de PH n’existe pas. Le décret du
9/5/95 autorise le recrutement de praticiens contractuels pour une période de 3
ans renouvelable. Enfin, l'arrêté du 5/3/96 fait figurer les IVG parmi les
missions pour lesquelles le service hebdomadaire des praticiens hospitaliers à
temps partiel peut être réduit à 4 demi-journées. Il serait utile de vérifier
l'impact de ces textes pour les centres hospitaliers où la pratique des IVG
connaît des difficultés.
8. Il faut prévoir l’évolution
de carrière de ces contrats du 1er au 4ème échelon + 10% avec reprise d’ancienneté et possibilité
de titularisation. Le but est de réduire au minimum le nombre de médecins
rémunérés par des vacations hospitalières et de donner les moyens d’avoir des
actions de prévention dans le domaine de la contraception comme le prévoit le
statut des CIVG. Le maintien d'un CIVG implique de lui donner les moyens d'un
fonctionnement correct, tout particulièrement dans la possibilité d'avoir
recours à un anesthésiste. Des normes de fonctionnement des CIVG sont nécessaires
(Point 3 des propositions pratiques).
9. Création au cas par cas de
postes de PH
pour que les grandes équipes hospitalières sous-dotées en praticiens compte
tenu de leur activité puissent recruter un praticien qui soit officiellement
responsable de l’activité de contraception et de régulation des naissances,
sans que celui-ci ne soit confiné à cette activité.
10.Modification de la réglementation concernant les mineures : Il faudrait en arriver à
l’affirmation d’un droit propre de la
jeune fille à décider de l’IVG en lui garantissant la confidentialité de sa
décision par rapport à ses parents. Un travail juridique doit être initié
allant dans le sens d’un droit à disposer de son corps, plus que vers une
intervention ponctuelle et spécifique du juge pour enfants. Un travail en
collaboration avec la Justice devrait permettre de proposer une évolution du
droit dans ce domaine.
11.Modification de la réglementation pour les étrangères et disparition des
conditions de résidence, puisque le risque d’un afflux massif de patientes
étrangères en quête d’IVG n’est plus d’actualité du fait de la libéralisation
de l’IVG chez tous nos voisins européens. Il faudrait réaffirmer par circulaire
les droits des étrangères résidant de façon stable en France.
12.Généralisation de l’aide médicale gratuite pour l’IVG des femmes sans couverture
sociale. L’aide médicale gratuite pour les IVG attribuée par l'hôpital qui
instruit le dossier pour les patientes démunies permettrait d’éviter les
démarches difficiles auprès des DASS à un moment déjà pénible pour ces
patientes. L'hôpital ayant réalisé l'IVG de manière gratuite en fonction des
circonstances se ferait ultérieurement remboursé par les services de l'aide
médicale gratuite.
13.La dépénalisation de l’avortement avec transfert de la loi sur l’IVG vers le
code de la Santé Publique aurait le mérite de replacer l’IVG dans son contexte
sanitaire et non plus dans le domaine de l’ordre public. Cette démarche
symbolique n’empêcherait pas l’encadrement de la pratique par les règles du
fonctionnement médical et par l’accréditation des structures hospitalières.
14.Concernant la production de Mifépristone, l'état doit se donner les
moyens de vérifier la disponibilité du produit. Sa production qui a pu être
fragilisée par l'efficacité de groupes de pression américains doit être
encouragée voire aidée par l'Etat. Les indications médicales de cette molécule
française dépassent, en outre, le domaine de l'IVG. Un mélange de
protectionisme et d'ordre moral outre-atlantique pourrait rendre ce produit
indisponible en France, ce qui, même transitoirement, serait dommageable pour
les femmes qui ont recours à l'avortement médicamenteux.
15.Actions de prévention de l’IVG centrées sur les mineures incitées de manière large
au niveau de l’éducation nationale L’incitation des chefs d’établissements
scolaires par le ministère de l’éducation nationale à accepter de telles
formations (qui surclassent, et de loin, l'efficacité du distributeur de
préservatifs) est indispensable. Il faut regrouper autour des services de gynéco-obstétrique
et de leurs unités fonctionnelles d’orthogénie toutes les volontés et les
capacités de formation des jeunes (formation de formateurs en particulier parmi
les omnipraticiens). Ces actions peuvent se faire avec les associations déjà
engagées dans la prévention scolaire. En rétribuant ces interventions en
vacations de prévention, l'Etat démontrerait sa détermination à protéger sa
jeunesse. Ces interventions doivent être faites préférentiellement dans les
collèges en classe de 3ème (voire 4ème dans certains établissements où les
élèves sont plus âgés). Campagnes régulières d’information sur la contraception
et incitation forte par l'Etat et la Région pour les services hospitaliers
publics à mettre en place des programmes de prévention primaire (comportant des
actions extérieures à l’établissement coordonnant toutes les bonnes volontés
dans ce domaine pour toucher en particulier les jeunes exclus du système
scolaire). Incitation à la visite par les jeunes des centres susceptibles de
les aider (éventuellement programmée dans leur année scolaire).
16.L’articulation entre des
acteurs éparpillés et rémunérés différemment soit par l'Etat (pour la partie curative),
soit par les collectivités locales (pour la partie prévention) devrait revenir
entièrement sous la coupe de l'Etat. Il serait plus facile d'organiser une
bonne prise en charge globale de l'orthogénie dans les services publics qui
comportent les praticiens et des paramédicaux habilités et formés. S’il est
important de veiller à la permanence des structures associatives et à leur
indépendance, le financement de la prévention dans ce domaine peut se voir
réduit à la portion congrue (si l'Etat ne s’en charge pas) dans certaines
régions du fait des choix politiques locaux. Que l'Etat reprenne ses responsabilités
sur la contraception en laissant aux collectivités territoriales la possibilité
de s’y adjoindre. L’IVG et la
contraception pourraient faire l’objet d’un état des lieux et d’une
programmation dans le cadre des SROS.
17.Remboursement des moyens de contraception
et des spermicides prescrits et encadrement de la baisse des prix des
préservatifs. Mise en place de dotations en préservatifs et en contraceptifs
dans les hôpitaux comportant une unité fonctionnelle d’orthogénie. Il s’agit de
permettre un accès gratuit à la contraception et la protection contre les MST
pour les jeunes et les personnes démunies. Les moyens de contraception
d'urgence doivent être plus largement connus des femmes et leur disponibilité
dans l'urgence doit être assurée.
18.Disparition du quota pour
les établissements privés et lutte contre la sous-déclaration et l'utilisation d'une
nomenclature d’actes chirurgicaux pour les IVG. Là où le privé est très
sollicité, c’est souvent la conséquence d’une grave carence du secteur public.
Le délai de prise en charge y est plus rapide, mais paradoxalement, les
techniques y sont plus chirurgicales et sous anesthésie générale. Action
préventive (non répressive) pour lutter contre la sous-déclaration sans risquer
de diminuer l’offre ou d’augmenter la clandestinité.
19.Ajout d’un enseignement
théorique en DCEM 2 d’une dizaine d’heures incluant des cours de bioéthique sur les thèmes
de l’orthogénie (contraception et IVG). Le but serait de permettre aux
étudiants en médecine d’organiser leur réflexion personnelle sur ces thèmes à
partir des données épidémiologiques, sanitaires, morales voire philosophiques.
Un cours sur la clause de conscience, par exemple, est indispensable pour que
les futurs médecins puissent prendre le temps d’une réflexion et d’un
positionnement personnel sur un sujet difficile actuellement souvent éludé. A
une époque où le militantisme s'essouffle, la participation des omnipraticiens
à l’activité d’orthogénie des hôpitaux deviendra une nécessité et passera par
une formation théorique préalable. De même, à l'heure où les gynécologues
médicaux sont de moins en moins nombreux, le relais du conseil en contraception
doit être pris par les omnipraticiens. Les facultés de médecine et les
instances de formation permanente doivent intégrer cette évolution dans leurs
programmes.
20.Création de commissions
régionales de coordination des IVG (par exemple dans le cadre des comités régionaux de
la naissance). Leur mission serait de signaler aux directeurs d’hôpitaux les
dysfonctionnements qui existent dans leur établissement. Ces commissions
constitueraient l’interface entre les associations, les patientes et les
hôpitaux et permettraient de sensibiliser les hiérarchies hospitalières aux
anomalies de fonctionnement, qu'elles sous-estiment le plus souvent. Des
collectes de données sous la tutelle de ces commissions, traitées au niveau de
la région, pourraient valablement remplacer le bulletin statistique anonyme. Un
rapport annuel, à l'occasion d'une réunion nationale de ces commissions
régionales, permettrait de suivre l’amélioration de l’accès à l’IVG en listant
les sites où des problèmes subsistent. Un véritable état des lieux annuel et
national pourrait ainsi être mis à jour régulièrement.
21.Offrir un choix quant à la
méthode employée aux patientes qui consultent précocement avec possibilité d'opter
librement entre anesthésie locale et anesthésie générale quand une technique
chirurgicale est indiquée.
22.Modification du dossier
guide d'IVG en y incluant un chapitre éthique dont la rédaction serait proposée au Comité
Consultatif National d'Ethique. Prévoir une ligne budgétaire pour l'édition
annuelle de 250 000 dossiers guides pour que les DDASS puissent disposer d'une
réserve prévisionnelle et mise en œuvre d'une information correcte à l'égard
des médecins (généralistes et spécialistes) sur l'importance qu'il y a à
remettre ce dossier dès la première consultation aux patientes qui demandent
une IVG. Il est en outre logique d'ajouter au dossier guide actuel les
documents de consultation nécessaires à la procédure légale de l'IVG. Le
dossier guide devrait être accessible chez tous les médecins généralistes.
23.Pour les patientes qui
dépassent le délai légal : désignation dans chaque région d'une structure
hospitalière spécifiquement habilitée à recevoir les patientes qui dépassent le
délai légal. Une expertise pourrait alors être réalisée au cas par cas. Les
situations les plus dramatiques (viol, inceste, problèmes psychiatriques
sévères, etc.) pourraient ainsi être prises en charge sur le territoire national
sous la forme légale de l'interruption médicale de la grossesse.
24.Sortir le forfait pour
examens biologiques de l'arrêté tarifaire de l'IVG : ces examens sont
remboursés, comme tous les autres actes connexes à l'IVG à leur cotation
réelle. Utiliser pour les dépenses restant au forfait la procédure de
remboursement de droit commun en maintenant une cotation spécifique pour l'IVG.
25.La création d’un numéro vert
pour l’IVG et la contraception (en particulier la contraception d’urgence) devrait
être étudiée. L'affichage d'un tel numéro d'urgence pourrait être proposé dans
toutes les pharmacies. La réponse en urgence aux femmes en détresse diminue les
effets néfastes de la solitude. Le numéro de Fil Santé Jeune est en effet mal
connu des adultes.
ANNEXES
Eléments
descriptifs de la situation à Paris (AP-HP) :
L'activité globale des centres de Planning Familial
de l'AP-HP est relativement stable: + 292 IVG sur 4 ans. Le terme auquel se
pratiquent les IVG a tendance à baisser de même que les durées
d'hospitalisation. Cette baisse témoigne de l'utilisation de plus en plus
fréquente des techniques médicales.
Répartition des IVG de l'AP-HP pratiquées sous AG:
|
|
terme < 10 sem. |
terme > 10 sem. |
|
1995 |
4 727 |
1 872 |
|
1996 |
5 255 |
1 422 |
|
1997 |
5 098 |
1 080 |
|
95/97 |
+ 371 |
- 792 |
Répartition des IVG médicales
de l'AP-HP :
|
|
Anesthésie générale |
anesthésie locale |
RU 486 |
|
1995 |
6 498 |
2 910 |
2 204 |
|
1996 |
6 523 |
2 905 |
2 425 |
|
1997 |
6 178 |
3 095 |
2 572 |
|
95/97 |
- 320 |
+ 185 |
+ 368 |
Durée d'hospitalisation des
IVG à l'AP-HP :
|
|
- de 4 h |
4 à 12 h |
12 à 24 h |
+ de 24 h |
|
1995 |
3 935 |
5 673 |
1 818 |
921 |
|
1996 |
3 605 |
6 865 |
1 464 |
495 |
|
1997 |
3 812 |
6 543 |
795 |
665 |
|
95/97 |
- 123 |
+ 870 |
- 1 023 |
- 256 |
L'activité des différents centres est très
hétérogène (de 47 IVG par an à A. Paré à 1796 à Broussais). Les techniques
employées sont parfois limitées dans certains centres :
- 11 centres sur les 24
ne pratiquent pas l'anesthésie locale
- 5 centres ne
pratiquent pas d'IVG médicamenteuse
- 1 centre ne pratique
pas d'anesthésie générale
- 10 centres ne
pratiquent pas d'IVG au delà de 8 semaines de gestation.
Chaque année le MFPF de
Paris enregistre au mois d’août un accroissement de fréquentation de 40 à 50%
de patientes supplémentaires confrontées à l’absence de structures d’accueil.
Ces femmes en grande précarité sont souvent adressées au MFPF par les services
hospitaliers avec les motifs suivants :
v
arrêt total de la pratique des IVG en août
v
absence de médecins formés et difficultés de trouver des
remplaçants
v
pas d’anesthésiste disponible
v
personnel réduit et rendez-vous à un mois dépassant le délai
légal
v
absence d'information sur les fermetures estivales des autres
centres
Au cours de l’été 98, les
informations bien sûr fragmentaires recueillies par les associations sur les
hôpitaux de Paris, dans le but de conseiller et d'orienter les patientes ont
été les suivantes :
v
Beaujon : fermé
v
Bichat : ralenti
sans fermeture
v
Broussais : fermé
au milieu d’août
v
Lariboisière : fermé
3 semaines en août
v
La Pitié : ferme
le 15/8
v
Rothschild : 2/3
d’IVG par semaine faute de médecins
v
Tenon : fermé
une semaine le 15/8
v
Boucicaut : dépend
de la présence du médecin qui fait les IVG
v
Saint Antoine : ouvert
mais manque de médecins et de conseillères
v
Cochin : pas
d’IVG. Ne prend que les ITG
Eléments descriptifs de la situation en Alsace: [107]
Une étude statistique de
l'ensemble des bulletins d'IVG récoltés en Alsace en 1997 est désormais
disponible[108]
grâce au travail de Thierry Lavigne et d'Odile Montalvo (DRASS d'Alsace).
L'originalité de ce travail est de comporter une vérification de la validité
des informations portées sur les bulletins par une analyse directe du dossier
médical des patientes. Dix dossiers ont été tirés au sort et analysés pour
chaque établissement déclarant des IVG.
|
|
Alsace |
|
IVG déclarées en 1996 |
4 483 |
|
IVG déclarées en 1997 |
4 624 |
|
Population féminine de 15 à 49 ans (1/1/96) |
434 867 |
|
Nombre de conceptions en 1996 |
26 895 |
|
Taux d'IVG[109]
en 96 pour les femmes de 15 à 49 ans |
10,30 |
|
Taux d'IVG en 97 pour les femmes de 15 à 49 ans |
10,63 |
|
Propension[110] à
avorter en 96 en % |
16,67 |
Les IVG sont réalisées en
Alsace dans 9 établissements sanitaires. La répartition entre les secteurs
d'activité est spécifique à l'Alsace qui comporte un puissant secteur
public :
|
|
nombre de bulletins |
% |
|
public |
4 185 |
91 |
|
PSPH |
288 |
6 |
|
Privé à but lucratif |
151 |
3 |
|
total |
4 624 |
100 |
La moyenne d'âge est de 28,2
± 7,2 années et la médiane est de 27 ans. 66% des IVG sont des femmes
célibataires, séparées, divorcées ou veuves. 17% des femmes sont nées à l'étranger
et 12% sont de nationalité étrangère. 63% des femmes ont déjà eu une grossesse
antérieure et 30% des femmes qui ont déjà eu une grossesse ont eu au moins une
IVG dans leurs antécédents. Ce chiffre est de 41% si on considère les femmes
qui vivent seules. 57% des femmes ont eu leur IVG avant la fin de la huitième
semaine et 16% des IVG ont été réalisées par méthode médicamenteuse avec une
grande variabilité entre les établissements. Ce taux est de 1,7% dans un
établissement PSPH et de 24% dans un des services du CHU. On peut noter à ce
sujet que deux services hospitalo-universitaires travaillant sur le même site[111]
et sur des populations identiques ont 24% d'IVG médicamenteuses pour l'un et 5%
pour l'autre. 74% des IVG se sont faites sous anesthésie générale. Ce chiffre
varie également de 39,5% à 93% selon les structures.
Le partie du bulletin qui
concerne la femme est remplie dans 50% des cas par une secrétaire et dans 43%
par la femme elle-même. En ce qui concerne la partie médicale du bulletin, c'est
le médecin qui la remplit dans 50% des cas et une secrétaire dans 43%. Cette
partie est d'ailleurs complétée par avance dans 14% des cas, au bloc opératoire
dans 7,2% des cas, à la sortie de la patiente dans 35% des cas et sur dossier
dans 43% des cas. Dans la moitié des cas, c'est une personne qui n'a pas
réalisé le geste (et n'y a pas assisté) qui complète le document. On constate
donc que ce n'est que dans un tiers des centres (35,7%) que le bulletin est
remplit par la femme et par le médecin opérateur; alors que dans 28,6% des cas
ce n'est ni l'un ni l'autre.
Le retour d'information vers
les services médicaux à partir des bulletins sont quasi nuls et ceci a des
conséquences néfastes sur leur qualité. Les médecins interrogés le vivent comme
une contrainte inutile et n'en voient plus l'intérêt plus de 20 ans après la
loi. Avec 1/3 de bulletins non signés et 1/3 de bulletins signés de manière
illisible, on peut se demander légitimement quelle peut être la qualité des
informations qui s'y trouvent. Une conclusion s'impose donc quant à ce
document :
- soit on le maintien
ce qui veut dire qu'on se donne les moyens de le faire remplir correctement et
d'en modifier le contenu en le complétant en particulier sur le versant
contraception
- Soit on laisse les
choses en l'état et il devient alors licite de se poser la question du maintien
de cette déclaration dont l'analyse est si peu fiable.
Le rapporteur opterait
plutôt pour la deuxième solution en remplaçant le bulletin statistique
obligatoire et sa difficile analyse par des enquêtes "ad hoc"
confiées aux organismes de surveillance sanitaire du pays.
Eléments descriptifs de la situation en
Lorraine : [112]
Une enquête[113]
réalisée en août 1998 montre que 29 établissements de Lorraine (16 publics, 4
PSPH et 9 privés) réalisent des IVG. L'entretien social n'est possible que dans
17 d'entre eux. Pour deux établissements, il n'y a que des attachés pour
pratiquer les IVG et dans l'un d'entre eux les vacataires sont généralistes. 7
établissements présentent des difficultés en été, liées aux congés des
médecins. Sur les 9 établissements privés un seul oppose des refus liés au fait
que les IVG ne doivent pas représenter plus de 1/4 de l'activité. En cas de
refus de pratiquer l'IVG, 54% des établissements n'orientent pas vers un autre
établissement. 60% des établissements ne disposent pas d'un centre de
planification et d'éducation familiale et adressent donc les patientes vers une
assistante sociale relevant du Conseil Général ou vers un centre de
planification familiale pour l'entretien obligatoire. A ce sujet d'ailleurs, la
concertation entre les personnes qui assurent l'entretien social et les
médecins n'existe de manière systématique que dans 11% des cas. Le dossier
guide n'est remis que dans 55% des cas et la rupture de stock ainsi que le peu
d'intérêt du dossier sont alléguées pour expliquer le fait. Le délai moyen pour
obtenir un rendez-vous est de 6,5 jours (de 1 à 28 jours). Dans 86% des cas la
femme est prise en charge par le même médecin pendant toute la procédure et dans
86% des cas elle a une échographie pour dater la grossesse. Celle-ci est
systématique dans 66% des cas et donne lieu à un rendez-vous spécifique une
fois sur quatre. Lorsqu'il s'agit une IVG itérative, dans 41% des cas la femme
se voit opposer un refus (surtout après la troisième).
En ce qui concerne les
techniques utilisées :
- 1 seul établissement
pratique le curetage seul
- 1 établissement
pratique la dilatation suivi d'aspiration
- 1 établissement pose
des prostaglandines la veille
- 2 établissements ne
pratiquent pas l'IVG médicamenteuse.
La méthode médicamenteuse
est proposée à 90% des femmes qui peuvent en bénéficier et les refus sont
justifiés par des problèmes d'organisation ou par les échecs de la technique.
La durée moyenne
d'hospitalisation est de 14 heures et 46% des établissements ont une durée
moyenne de séjour inférieure à 12 heures. Un rendez-vous de contrôle auprès du
médecin qui a réalisé l'IVG est proposé dans 96% des cas pour envisager la
contraception ultérieure. Lorsque la patiente ne se présente pas à ce
rendez-vous, dans 81% des cas on ne cherche pas à la recontacter.
Eléments descriptifs de la situation en Seine et
Marne : [114]
Les IVG sont réalisées dans
les 8 centres hospitaliers et dans 13 des 15 cliniques privées à but lucratif.
Dans chacun des départements franciliens environ 7 femmes sur 10 réalisent une
IVG dans le département du domicile et 3 sur 10 dans un autre département. La
Seine et Marne de même a 73% des IVG de femmes domiciliées dans le département
et 90% des femmes ayant eu recours à une IVG dans le département y sont
domiciliées.
La répartition entre le
public et le privé a légèrement varié dans les dernières années :
|
|
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
|
Public |
1 555 |
1 807 |
1 794 |
1 721 |
1 726 |
|
Privé |
1 896 |
1 652 |
1 364 |
1 307 |
1 661 |
|
Total |
3 451 |
3 459 |
3 158 |
3 028 |
3 387 |
|
Aide médicale |
38 |
76 |
106 |
155 |
151 |
L'offre de soins est
hétérogène :
- 10 établissements
réalisent moins de 100 IVG par an (2 publics et 8 privés)
- 3 établissements
réalisent plus de 300 IVG par an (les 3 centres hospitaliers les plus
importants)
- les établissements
privés réalisant le plus d'IVG sont ceux qui comportent une maternité
La sous-déclaration dans le
public est de 71/1721 = 4,1%
La sous-déclaration dans le
privé est de 364/1307 = 27,9%
La sous-déclaration pour le
77 est de 435/3028 = 14,4% (93)
Deux établissements privés
ont une sous-déclaration de 67,5% et 88,3% respectivement.
Le taux d'IVG pour 1000
femmes fécondes est de 10,8 contre 14,9 pour l'Ile de France, 20,6 pour Paris
et 8,6 pour les Yvelines.
La propension à avorter a
été de 0,17[115]
pour la Seine et Marne contre 0,21 en Ile de France, 0,29 à Paris et 0,14 dans
les Yvelines.
La répartition par âge montre
que 5,9% des IVG concerne des jeunes de 18 ans et moins et une femme sur dix a
moins de 20 ans.
|
|
population 15-17 ans |
IVG 15-17 ans |
IVG / 1000 femmes |
|
Seine et Marne |
24 748 |
121 |
4 |
|
Ile de France |
199 251 |
1 018 |
5 |
|
France |
1 100 259 |
5 774 |
5 |
Comme pour le reste du pays,
on note une majorité d'IVG chez des femmes non mariées (60%) et ce phénomène
est amplifié chez les jeunes. La part de l'aide médicale s'est amplifiée au cours
des dernières années et concerne 8,5% des IVG du public.
De même, 58% des IVG du
public et 65% des IVG du privé ont lieu avant la fin de la huitième semaine.
L'IVG médicamenteuse représente 15% des IVG du public et 3% des IVG du privé
alors que l'âge gestationnel moyen y est plus faible. L'anesthésie générale
représente 83% des IVG du public et 89% des IVG du privé.
REMERCIEMENTS
ABRAMOVICI Danièle CADAC -CRC. Fédération SUD
AUBENY Elisabeth Gynécologue (Paris)
AZE Marie Gabrielle Bureau confédéral du MFPF
BARBIER Christine Médecin Inspecteur de Santé Publique (Melun)
BIGOT Josiane Vice-Présidente du tribunal pour enfants (Colmar)
BIRMAN Chantal ANCIC (Paris)
BLAYO Chantal INED (Paris)
BUREAU Annie ANCIC (Paris)
CESBRON Paul ANCIC
COUTY Edouard Directeur des Hôpitaux
DELLENBACH Pierre Professeur de Gynécologie Obstétrique (Strasbourg)
DIEBOLT Jean Directeur du Dépt Projets Médicaux à l’AP-HP
DUX Anne Secrétariat d'Etat à la Santé et à l'Action Sociale
EGRET Marie Agnès MFPF (Strasbourg)
FLORI Jean Pédiatre (Strasbourg)
GABISON Célia MFPF (Confédération)
GAUDRY Danièle MFPF (Région Parisienne)
GREIB Nicole MFPF (Strasbourg)
GROS Catherine MFPF (Nice)
JANSE-MAREC Joëlle Gynécologue Obstétricien (Paris)
LABARTHE Jean-Christophe Pédiatre - Néonatologiste (Le Mans)
LAVIGNE Thierry Santé Publique (Strasbourg)
LESTERPT Catherine Service droits des femmes
LEVY Gérard Professeur de gynécologie Obstétrique (Caen)
MARCHAL Jeanine MFPF (Strasbourg)
MAUGIS Eve Laure Gynécologue (Paris)
MAYER Francine MFPF (Strasbourg)
MINTZ Michel Gynécologue (Paris)
MONTALVO Odile DRASS, Alsace
NISAND Hélène Professeur de Philosophie (Strasbourg)
PIQUET Eliane Médecin Inspecteur Régional Adjoint de Lorraine
QUATREMARRE France Cabinet du Ministère de l'Emploi et de la Solidarité
SERFATY David Président de l’ACRN - AP (Paris)
STIRNEMANN Geneviève MFPF (Confédération)
SURDUTS Maya CADAC
TENENBAUM Nora CADAC
VERON Monique Service Droits des Femmes (Paris)

Pr Israël NISAND
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Université Louis Pasteur de Strasbourg
Centre Médico-Chirurgical et Obstétrical
de la Communauté Urbaine de Strasbourg
19, rue Louis Pasteur
67300 - SCHILTIGHEIM
Tél:
03 88 62 83 49
Fax:
03 88 62 84 10
Mél: israel.nisand@evc.net
[1] "La possibilité de l'avortement rend la grossesse tout entièrement volontaire ou, en tout cas, volontairement acceptée. C'est un acte de liberté , et non plus, comme ce le fut pendant des millénaires, une fatalité. Mais qui dit liberté dit responsabilité : nous n'avons jamais été aussi libres; nos responsabilités n'ont donc jamais été aussi lourdes..." COMTE-SPONVILLE A. A propos de l'avortement (sur des questions de Chantal Birman) In : L'interruption de grossesse depuis la loi Veil. Bilan et perspectives. Paul Cesbron. Médecine-Sciences, Flammarion, Paris, 1997.
[2] Les problèmes d'exhaustivité perturbent l'appréciation exacte de l'évolution en niveau, mais l'analyse du phénomène et de sa transformation au cours des 2 dernières décennies est possible. L'imprécision relative des statistiques nationales empêche donc de chiffrer avec exactitude cette baisse.
[3] Les inégalités sont souvent aggravées par les déficits d'application de la loi.
[4] TOULEMON L., LERIDON H. Maîtrise de la fécondité et appartenance sociale: contraception, grossesses accidentelles et avortements. Population, 1992, 1, 1-46
[5] WESTOFF C.F. - Contraceptive paths toward the reduction of unintented pregnancy and abortion. Family Planning Perspectives, 1988, 20
[6] Services publics de gynécologie obstétrique et CIVG
[7] KAMINSKI M., CROST M. Les interruptions volontaires de grossesse : des caractéristiques stables. Solidarité Santé, 1997, 2, 85-95.
[8] Le point sur l’avortement en France. BLAYO C., Population et Société, Bulletin mensuel de l’INED, 325, 1997.
[9] Editions de l’INED: Statistiques de l’avortement. L’exploitation statistique est assurée par le Sesi du ministère de la Santé.
[10] On peut remarquer que le délai de publication de ces résultats peut fausser certaines appréciations. Une réflexion serait d’ailleurs opportune sur la légitimité, 24 ans après la loi, de poursuivre cette mesure de déclaration obligatoire. Ne pourrait-on pas la remplacer par des enquêtes ad hoc ciblées et limitées dans le temps, cessant la mesure d'exception qui touche spécifiquement et uniquement l'IVG ? Une telle démarche serait sûrement moins coûteuse et tout aussi efficace sur le plan épidémiologique. Il semble en tous cas légitime, si on maintient cette déclaration obligatoire, de modifier le circuit du bulletin statistique de déclaration entre DDASS, DRASS et établissements hospitaliers comme le propose Olivier Obrecht (Les circuits d'information de l'IVG, Solidarité Santé, Etudes Statistiques, n°6, 1986).
[11] Un rappel sur la manière de remplir le bulletin obligatoire devrait être diffusé vers les médecins qui pratiquent des IVG; en effet, nombre de ces bulletins sont remplis entièrement avant la procédure et sont donc incomplets voire totalement inexacts. En remplaçant la déclaration obligatoire par des enquêtes ciblées et dédiées on sortirait symboliquement l'IVG de cette situation de procédure d'exception pour les médecins qui la pratiquent.
[12] Rapport sur le bulletin statistique IVG. SESI, Groupe de travail sur les IVG, Janvier 1997. Les propositions techniques figurant dans ce rapport sont de nature à améliorer le recueil de données sur l'IVG, en particulier la meilleure diffusion des données nationales et un traitement des données à l'échelon régional.
[13] BUEKENS P., KAMINSKI M. - Méthodes contraceptives et avortement. In Saurel Cubizolles M.J., Blondel B. « La santé des femmes », Médecine-Sciences Flammarion, 1996.
[14] GUIGNON N. - Les interruptions de grossesse en France de 1980 à 1989. Solidarité santé - Etudes statistiques, 1992, 4.
[15] LERIDON H., TOULEMON L., La fin des naissances non désirées. In: Données sociales. Paris, INSEE, 1990:293-296
[16] par absence de contraception, par choix d'une méthode peu efficace ou encore par une mauvaise utilisation d'une méthode efficace
[17] SMITH T. Influence of socioeconomic factors on attaining targets for reducing teenage pregnancies. Br. Med. J., 1993, 306 : 1232-5.
[18] DARROCH FORREST J. Epidemiology of unintended pregnancy and contraceptive use. Am. J. Obstet. Gynecol., 1994, 170 : 1485-9.
[19] Les grossesses non désirées sont moins fréquentes, mais lorsqu'elles surviennent, elles donnent plus souvent lieu à un avortement.
[20] BLAYO C. Le point sur l'avortement en France. In : 12 es Journées Nationales d'Etudes sur l'Avortement et la Contraception, ANCIC, Marseille, 6-7/6/1997.
[21] KAMINSKI M., CROST M., Les interruptions volontaires de la grossesse. J. Gynecol. Obstet. Biol. Reprod., 1991, 20: 767-773.
[22] TOULEMON L., LERIDON H., Vingt années de contraception en France: 1968-1988. Population, 1992, 47: 1-46.
[23] BUEKENS P., KAMINSKI M., Méthodes contraceptives et avortement. Des progrès importants mais des questions encore non résolues. In : La santé des femmes. SAUREL-CUBIZOLLES M.J., BLONDEL B., Flammarion, Paris, 1996.
[24] TOULEMON L., LERIDON H.: Maîtrise de la fécondité et appartenance sociale: Contraception, grossesses accidentelles et avortements. Population, 1992, 1, 1-46.
[25] BLAYO C. La conjoncture démographique en France. L'évolution du recours à l'avortement en France depuis 1976. Population, 1995, 3, 779-810.
[26] PIQUET A. Rapport sur l'application de la législation et de la réglementation relatives à l'interruption volontaire de grossesse. Revue Française des Affaires Sociales, 1987, 2 79-83
[27] En 1985, 185,4 millions de francs (dont 176,8 millions remboursés aux régimes de sécurité sociale et 8,6 millions payés au titre de l'aide médicale).
[28] Une telle démarche ne devrait cependant pas se traduire par une diminution du remboursement de l'IVG
[29] BLAYO C. Le point sur l'avortement en France. Population et Sociétés, 1997, 325 : 1-4.
[30] malgré la circulaire de 1982 qui prévoit pour ces centres une activité supplémentaire de prévention et d'éducation à la contraception
[31] BLAYO C., BOURMEAU A., BUREAU-ROGER A., CESBRON P., DELBES C., GAYMU J., GUIGNON N. HASSOUN D., MAGNIER J.C. - Rapport sur la pratique de l'IVG en France. Enquête effectuée à la demande du Secrétariat d'Etat aux Droits des Femmes et à la Consommation, Juin 1992.
[32] GUIGNON N. - Les interruptions de grossesse en France de 1980 à 1989. Solidarité santé - Etudes statistiques, 1992, 4.
[33] d’après le rapport de la délégation parlementaire pour les problèmes démographiques
[34] GUIGNON N. - Les interruptions de grossesse en France de 1980 à 1989. Solidarité santé - Etudes statistiques, 1992, 4.
[35] Enquête auprès des établissements publics de santé sur l'activité d'IVG et de planification familiale. Ministère des affaires sociales, de la santé et de la ville. Sous-Direction des statistiques et des études de santé, 1994.
[36] note de service des Droits de la Femme du 13/5/94.
[37] Au delà de 1000 IVG /an, les dysfonctionnements s'accumulent tant en ce qui concernent l'accueil que la qualité du service.
[38] Instruction DH/EO3/98 datée du 21/7/1998
[39] Le futur chef de serv