ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE

16, RUE BONAPARTE – 75272 PARIS CEDEX 06

TÉL : 01 42 34 57 70 – FAX : 01 40 46 87 55

_______

 

 

COMMUNIQUÉ

A propos de 1'euthanasie

Denys PELLERIN

La médiatisation des deux événements récents que furent le procès en appel de Christine Malèvre et la mort du jeune Vincent Humbert a ravivé les discussions sur le thème de1'euthanasie. Diverses instances s'interrogent à nouveau sur 1'opportunite de légiférer sur ce douloureux et difficile problème. L'Académie Nationale de Médecine a déjà fait connaître son avis sur cette question de société qui concerne au premier chef les médecins et les personnels de santé (*). Néanmoins, si devait s'ouvrir un débat parlementaire en vue de mettre en place un dispositif législatif encadrant 1'euthanasie, 1'Academie souhaite ici, rappeler solennellement sa position.

Le refus d'entreprendre une réanimation ou de la prolonger lorsque toute possibilité de retour à une autonomie des fonctions vitales est devenue illusoire, de même que le refus de mettre en oeuvre une thérapeutique d'une gravité disproportionnée avec 1'objectif poursuivi ne sauraient être considérés comme une non assistance à personne en danger.

L'Académie estime en effet que les risques de dérives seraient patents.

Elle est fermement attachée à 1'obligation déontologique du médecin de soigner le malade comme de 1'accompagner quand sa guérison ne peut plus être espérée. Il serait inacceptable que la relation de confiance entre le malade et le médecin, notamment quand elle concerne les personnes âgées en fin de vie, puisse être ébranlée par le pouvoir donné au médecin de mettre un terme à la vie de celui ou celle qu'il avait le devoir d'accompagner jusqu'a son terme.

1'Académie nationale de médecine souhaiterait que si le législateur devait se saisir de la question, en dépit des risques que comporte 1'approche législative d'un sujet si sensible, le terme d'euthanasie (de même que 1'assistance au suicide) soient inscrits dans la loi au même titre que les termes meurtre et assassinat. Dès lors 1'acte d'euthanasie serait bien reconnu pour ce qu'il est, transgression et crime mais cependant d'une autre inspiration qu'un meurtre ou un assassinat.

Elle reconnaît qu'il s'agit là sans ambiguïté d'une transgression qui peut donner lieu à des poursuites judiciaires.

*

*      *

 

L’Académie, saisie dans sa séance du mardi 9 décembre 2003, a adopté le texte de ce communiqué (deux voix contre, sept abstentions).

 

           Pour copie certifiée conforme,

           Le Secrétaire perpétuel,

 

 

 

                                                                      Professeur Jacques-Louis BINET

* SŽance thŽmatique L'accompagnement de fin de vie. Bull. Acad. Natle Med., 1999, 183, n¡ 5, 879-953.

L. HOLLENDER.- L'accompagnement de fin de vie. Rapport, au nom d'un groupe de travail. Bull. Acad. Natle

Med., 2000. 184, n¡ 8,1765-1774.