L’Etat ou l’eugénisme programmé

Aujourd’hui, l’État peut être amené à promouvoir des programmes d’actions eugéniques. L’intervention de l’État s’est développée dans le domaine de la prévention et du dépistage des enfants à risque.
Ce dépistage commence dès le mariage avec le certificat prénuptial, pendant la grossesse (examens obligatoires) et après la naissance de l’enfant (entre 1 et 24 mois soumis à des examens obligatoires).
Ces contrôles obligatoires sont acceptables pour les maladies infectieuses et pour les anomalies qui peuvent être corrigées. Mais dans la mesure où la plupart des maladies génétiques ne peuvent faire l’objet d’un traitement, le dépistage peut être motivé par des motifs sélectifs et non plus préventifs.
Cependant, « avant de qualifier cette attitude d’eugénique, il faut considérer qu’un autre couple, placé dans une situation semblable, pourrait choisir d’écarter la solution abortive. Ce qui est fondamental, c’est que la liberté de choix soit laissée aux parents. Le basculement vers l’eugénisme résulterait de la substitution du dirigisme étatique à la décision parentale. » (A.Giudicelli)
Le dépistage de la trisomie 21, encouragé et pris en charge par la collectivité, peut-il apparaître comme un instrument d’une politique d’éradication de cette anomalie chromosomique ?  Par son développement de masse, n’est-il pas en voie de devenir une forme à peine voilée d’eugénisme collectif ?  Quel regard une société jette-t-elle sur le cas des enfants trisomiques lorsqu’elle organise, même sans l’imposer, un dépistage de grande échelle en vue d’éviter leur naissance ?
Henri Caillavet, lors de l’avis du Comité consultatif national d’éthique sur "
handicaps congénitaux et préjudice", 29 mai 2001, déclarait, en tant qu’opinion dissidente : « permettre à un enfant handicapé de venir au monde est une faute parentale et peut-être même le témoignage d’un égoïsme démesuré… ». On comprend ici tout l’enjeu d’un dépistage de masse qui, pour certains, relèverait de l’altruisme : l’eugénisme est donc bien présent. Comment rester insensible devant une telle responsabilisation des parents ? Ceux-ci pourraient se sentir coupables de donner naissance à un enfant handicapé si l’on suivait les propos de Henri Caillavet ! Ils risquent d’être critiqués, considérés comme « irresponsables » et pourraient faire l’objet de discrimination…
C’est l’échographie régulièrement pratiquée en cours de grossesse avec la meilleure connaissance des signes évocateurs de trisomie 21 qui constitue le premier élément d’une conduite sélective parce qu’elle conduit à une indication d’amniocentèse, reconnue et remboursée au même titre que les autres.
Il apparaît clairement qu’une telle attitude expose à la dérive eugénique. Ne s’agit-il pas de chercher par tous les moyens à déceler un handicap donné pour l’éliminer lorsqu’il n’y a pas de thérapeutique à proposer ?