Avis du Haut Conseil de la population et de la famille
Avoir un enfant de plus en plus tard :
un choix qui n'est pas sans risquesAvril 2005
L’évolution de la natalité en France constitue un sujet d’observation et d’analyse prioritaire pour le Haut Conseil de la population et de la famille. A cet égard, la situation actuelle du pays est plus favorable que celle de la plupart de ses voisins, lesquels enregistrent une dénatalité durable. En France, le remplacement des générations est assuré pour les générations de femmes parvenues au terme de leur vie féconde. Pour l’avenir, il n’est pas certain que cette situation se maintienne. C’est pourquoi une politique familiale adaptée doit à tout le moins contribuer à la préserver en permettant aux couples d’avoir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent. Il est tout aussi important qu’ils aient ces enfants dans les meilleures conditions possibles.
Ce point peut être apprécié à partir d’une analyse des composantes et des différents aspects de la natalité, dépassant le simple dénombrement des naissances. Les études révèlent entre autres un phénomène que le Haut Conseil considère comme préoccupant et qui s’accentue au fil des ans, sans que les Pouvoirs publics ni l’opinion ne l’identifient réellement et n'en mesurent toutes les conséquences : les grossesses sont de plus en plus tardives, notamment les premières grossesses. Les chercheurs soulignent le décalage croissant du calendrier de constitution de la descendance. Les femmes nées en 1970 auront en définitive presque autant d’enfants que leurs devancières nées en 1950, mais avec retard, l’âge moyen à la maternité s’étant fortement accru puisqu’il est aujourd’hui de 29,6 ans alors qu’il était de 26,7 ans il y a trente ans, cette tendance ne semblant guère s’infléchir. En particulier, l’âge moyen des femmes à la première maternité atteint des niveaux historiquement élevés, puisqu’il approche 28 ans alors qu’il n’excédait pas 24 ans au début des années soixante-dix. De la même manière, cette évolution se poursuit ; elle tend même à s’accélérer : la progression de l’âge de la première maternité a été de deux ans au cours de la seule dernière décennie et constitue désormais un véritable problème de santé publique.
Des risques non négligeables pour les couples et les enfants concernés
En termes de santé, les risques inhérents à cette situation sont nombreux et encore insuffisamment appréhendés :
Le plus connu et le mieux pris en compte a trait à la santé de l’enfant, qui peut en premier lieu être atteint de trisomie 21. Le risque concerne l’ensemble des grossesses mais augmente fortement lorsque l’âge de la mère est supérieur à 35 ans. Il est de l’ordre de 1 % à 40 ans et de plus de 2 % à 45 ans. Avec l’élévation de l’âge des parents – l’âge du père intervient également –, le nombre de conceptions d’enfants trisomiques augmente, et c’est donc uniquement grâce au dépistage que le nombre de naissances de ces enfants diminue.
Par ailleurs, l’âge de plus en plus élevé des mères explique en partie la fréquence accrue des grossesses multiples avec toutes les complications qu’elles entraînent. Il est de surcroît en grande partie responsable du développement de la prématurité et a une incidence sur le taux de mort fœtale in utero (3 pour mille avant 30 ans et 9 pour mille après 40 ans) et sur la mortalité périnatale.
D’autres problèmes concernent la santé des femmes. Le risque de décès maternel est certes réduit, puisque la mort en couches entre 40 et 45 ans n’atteint pas 30 mères pour 100 000 naissances. Ce résultat est néanmoins quatre fois supérieur au risque encouru par les mères de moins de 30 ans. Par ailleurs, les proportions de césariennes et d’accouchements difficiles augmentent de façon significative pour les mères de plus de 40 ans. Enfin, les « mères tardives », ainsi que les femmes sans enfant, ne bénéficieraient pas de la protection significative et durable contre le cancer du sein observée chez les femmes ayant eu jeunes leur première maternité. Le problème est loin d’être négligeable, le cancer du sein représentant la première cause de mortalité par cancer chez la femme.
Au demeurant, le tout premier risque encouru par les couples est sans aucun doute le plus sous-évalué par ceux-ci : il est, pour avoir trop attendu, de ne jamais avoir d’enfant. Si la proportion de femmes stériles n’est que de 5 % à 25 ans et de 10 % à 30 ans, elle approche en effet 30 % à 40 ans et 50 % à 45 ans. Les couples ont certes la possibilité de se tourner vers les techniques de fécondation in vitro mais, en dépit de progrès constants, celles-ci ne sont pas sans inconvénients, eux-mêmes mal connus. Outre que le succès n’est pas garanti après une démarche longue et coûteuse, elles aboutissent fréquemment à des naissances multiples. Or la moitié des enfants issus de naissances gémellaires sont des prématurés, avec des risques élevés de mortalité infantile, de malformations et de handicaps graves.
Un impérieux devoir d’information
Certains déterminants de la mutation démographique observée tiennent à des tendances lourdes affectant les comportements en matière de constitution ou de recomposition de familles, à des choix de vie relevant de la sphère privée. La perspective d’une existence plus longue, le souhait de prolonger les études, de s’engager dans une carrière professionnelle ou de vérifier la solidité du couple peuvent amener à différer la venue de l’enfant même si les conditions matérielles et financières sont satisfaisantes. Ce choix mérite d’être fait en connaissance de cause, à la lumière de données médicales solidement établies.
Les actions préconisées par le Haut Conseil sont les suivantes :
- Approfondissement de la connaissance scientifique des conséquences du phénomène, au niveau de la santé mais aussi au plan psychosociologique ;
- Organisation, à l’initiative de la Direction générale de la santé, d’une conférence nationale de consensus ayant pour objectif de faire largement connaître un diagnostic partagé par la communauté scientifique et médicale et de proposer des mesures de santé publique telles que le renforcement de la surveillance des grossesses tardives ou l’encadrement plus strict des méthodes de procréation assistée ;
- Inscription de la question des grossesses tardives dans le plan périnatalité et dans les textes d’application de la loi de santé publique ;
- Formation à cette thématique des médecins généralistes et gynécologues ;
- Sensibilisation du grand public par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES).
Une nécessaire adaptation des politiques sociales
Toutes les contraintes pesant sur le choix des couples quant au moment propice pour la venue de l’enfant ne relèvent pas de la seule sphère privée. Elles tiennent encore souvent à une série de conditions sociales : difficulté de concilier études longues et vie professionnelle avec la vie familiale, problèmes matériels – notamment de logement – difficultés financières ou psychosociales. Les acteurs économiques et sociaux ne devraient-ils pas se trouver interpellés sur cette question ?
Le Haut Conseil de la population et de la famille envisage d’approfondir sa réflexion sur ce sujet au cours de son mandat et de proposer des mesures concrètes aux acteurs économiques et sociaux concernés. Certaines de ces mesures sont déjà expérimentées dans d’autres Etats européens confrontés à une situation identique.
Cette réflexion complémentaire et ces préconisations feront l’objet ultérieurement d’un nouvel avis du Haut Conseil de la population et de la famille.
Source : Direction de la
population et des migrations
Bureau des questions démographiques - DMI1
Mise en ligne : 26 avril 2005