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Les enjeux éthiques |
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Si le diagnostic et le dépistage prénataux peuvent être un outil particulièrement indispensable pour prévoir un traitement, pour améliorer l’accueil d’un nouveau né en difficulté et surtout pour traiter et guérir des patients in utero, il n’en reste pas moins qu'aujourd'hui il est plus souvent utilisé en vue d'une interruption médicale de grossesse (IMG). Le diagnostic prénatal permet d’améliorer la prévention du handicap grave. Mais, on ne peut s’empêcher de reconnaître que cette prévention se fait le plus souvent par la suppression des handicapés. Lorsqu’il s’agit d’une « affection d’une particulière gravité », une interruption de grossesse peut être pratiquée à tout moment de la grossesse, c'est à dire jusqu'au neuvième mois compris. Les
enjeux éthiques sont liés aux responsabilités du couple et du médecin,
accrues par le développement du DPN, du fait que cette technique tend à
augmenter le nombre des informations disponibles sur l’état de santé
du fœtus. Le Groupe européen d'éthique dans son avis
sur
les aspects éthiques du diagnostic prénatal
(20/02/96), expliquait que « le risque de recours abusif au DPN – eugénisme, sélection
du sexe ou d’autres caractéristiques pour des raisons non médicales -
de même que le risque de révélations ou d’usages abusifs des
informations génétiques soulèvent également des questions éthiques ». Les questions qui se posent ici sont les suivantes : l’Etat est-il en droit de généraliser les tests prénataux à certaines catégories d’individus présentés comme génétiquement prédisposés ? Le dépistage de masse systématique est-il conforme à la morale médicale ? L’Etat peut-il avoir pour politique de santé l’éradication d’une maladie ? On touche là le cœur du problème.
Se cantonner à proposer une interruption médicale de grossesse aux maladies "d'une particulière gravité"
ne résout pas la difficulté car, où mettre le curseur ? Quels sont ceux
dont la vie ne vaut pas la peine d'être vécue ? A ce titre, Luc Gouraud, obstétricien et échographiste au service de médecine fœtale de l’Institut de puériculture à Paris, observait le 18 décembre 2001 « les échographistes, qui sont tous devenus des délinquants en puissance, doivent désormais considérer chaque fœtus comme un suspect. » Le Conseil consultatif national d'éthique (CCNE) exprime dans son avis
« handicaps congénitaux et préjudice »
du 29 mai 2001, les 2 principales dérives du dépistage pré natal, à savoir : Le Professeur Milliez a montré que dans son service de dépistage prénatal, il pratiquait "l'euthanasie foetale" qu'il qualifiait d'"eugénisme médical". "Un bon eugénisme" précise-t-il, puisqu'il répond à la liberté des parents, qu'il ne faut pas confondre avec l'eugénisme criminel qui lui est organisé, planifié, politique. Pour Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, "cette simplification est irrecevable" : il n'y a pas un "gentil" et un "méchant" eugénisme car dans tous les cas il y a des victimes. Refusant l'idée que le DPN n'est pas eugénique sous prétexte qu'il s'inscrit dans une démarche individuelle, Jean-Marie Le Méné montre au contraire que tout est organisé pour parvenir à un dépistage de masse, prenant pour exemple le dépistage de la trisomie 21. "Effectivement, le dépistage de la trisomie 21 est un dépistage de masse (cf. rapport du Pr. Mattei de décembre 1996), généralisé et remboursé par la Sécurité sociale sans condition d’âge. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : jusqu’en 1996-1997, le nombre annuel de naissances vivantes d’enfants trisomiques 21 était d’environ 900, en 1999 ce nombre est d’environ 300. En trois ans, le nombre a été divisé par trois. Et cela coûte plus de plus de 600 MF pour 670 000 femmes (demain plus de 700 MF pour 750 000 femmes enceintes, soit 100 millions d’euros)". On parle même pour les trisomiques 21 qui n'ont pas été dépistés de "taux d'échappement". Aujourd'hui, aucun fonds public n'est alloué à la recherche sur la trisomie 21... |
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La médecine est-elle là pour éliminer plutôt que pour traiter ? Comment discerner entre l’acceptable et l’inacceptable ? Prenons le cas de la chorée de Huntington qui est une affection neurologique héréditaire de l’adulte caractérisée par l’association de mouvements anormaux, de troubles mentaux et de détérioration intellectuelle. C’est une maladie génétique très rare, à transmission autosomique dominante. Les 1er symptômes apparaissent entre 35 et 50 ans. Du fait de la survenue tardive des symptômes, une personne atteinte peut avoir des enfants avant de savoir qu’elle souffre de cette maladie. Ainsi, celui qui interroge en raison de ses antécédents familiaux ne sait habituellement pas encore s’il est indemne ou s’il est porteur du gène muté et développera la maladie. La question se pose particulièrement pour une affection qui ne se déclarera qu’après 40 années de vie normale. Ces 40 années ne valent-elles pas la peine d’être vécues ? Prenons
enfin le cas où un 1er enfant est né porteur d’une maladie
génétique difficile à prendre en charge mais que la médecine, au prix
de traitements parfois contraignants, équilibre à défaut de la guérir.
Enfin, de plus en plus souvent, du fait de la gravité incertaine de
l’expression clinique, la décision d’interrompre la grossesse repose
davantage sur la notion de risque que sur la certitude d’apparition de
la maladie. |
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Ces chiffres sont navrants et doivent nous interpeller. Plus le diagnostic prénatal se développe, plus le handicap semble être rejeté. |
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De
ce constat, toutes les dérives sont envisageables : comment faire
alors pour éviter l’avortement de l’enfant handicapé ? La réponse
proposée par la société est la suivante : plutôt que d’avorter
les enfants indésirables, pourquoi ne pas faire que des enfants désirés ?
Ce n’est plus la technique du DPN mais celle du diagnostic préimplantatoire
(DPI) qui consiste à ne réimplanter que les bons embryons. Aujourd'hui,
la logique du DPI conduit aussi à la conception de « bébés médicaments ».
Le Comité consultatif national d’éthique ne semble pas l'interdire
dans son dernier
avis
sur l'extension du diagnostic pré-implantatoire
d'avril 2002. |
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Notre société devient de plus en plus intolérante face au handicap et
le mythe de l'enfant parfait avance... Il semble que le droit à la différence
soit de moins en moins toléré. Il est nécessaire que le progrès du dépistage
et du diagnostic prénatal s’accompagne d’un progrès analogue dans la
prise en charge, sur le plan socio-éducatif, à long terme des personnes
handicapées tout au long de leur existence. |
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"On entent dire : "les maladies génétiques coûtent chères. Si l'on excluait très tôt ces sujets, on ferait des économies énormes !". Il faut reconnaître que les maladies coûtent cher, en souffrance individuelle, comme en charge pour la société. Et je ne parle pas des souffrances des parents ! Mais ce prix, nous pouvons l'évaluer : c'est exactement celui qu'une société doit payer pour rester pleinement humaine". Pr Jérôme Lejeune |
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