Application du dépistage prénatal à la trisomie 21
  Trisomie 21 et dépistage
  Les chiffres du dépistage de la trisomie 21
  Dépistage et recherche thérapeutique
  Mémoire "Trisomie 21 : quand l'interruption médicale de grossesse n'est pas la seule solution..." mémoire de certificat Ethique, déontologie et responsabilité médicales de S. Coelho, I&S Masson, Faculté de médecine Jacques Lisfranc (St Etienne)

 

Trisomie 21 et dépistage

Les priorités en terme de santé publique ont changé : supplantant les maladies infectieuses, ce sont désormais les handicaps congénitaux et les maladies génétiques qui deviennent la préoccupation principale.

En 1958, l’équipe du Professeur Jérôme Lejeune mettait en évidence l’origine chromosomique du mongolisme. Grâce à l’étude du caryotype de ces enfants, il a démontré que cette maladie était une trisomie 21.

La trisomie 21 en cinq points :
- C’est en juillet 1958 lors de l’examen des chromosomes (caryotype) d’un enfant dit « mongolien » que Jérôme Lejeune découvre l’origine de cette maladie de l’intelligence. Elle est due à un chromosome en trop sur la paire de chromosomes n°21. Il la dénomme trisomie 21.
- C'est la 1ère maladie chromosomique découverte. C’est l’anomalie chromosomique la plus fréquente et la première cause de handicap mental dans le monde.
-  En France, il y a environ 50 000 personnes trisomiques 21. Cette maladie est loin d’être rare et pourtant elle reste orpheline sur le plan de la recherche et du financement.
- On évalue à 1 pour 650 nouveau-nés la fréquence de la trisomie 21 avec un sexe ratio de 1.36, soit 6 garçons pour 2 filles
-  L’espérance de vie des personnes atteintes de trisomie 21 était de 9 ans en 1929, de 55 ans en 1986 et tend à rejoindre celle de l’ensemble de la population en 2003.

Avec le diagnostic prénatal est apparue la notion de "connaître et évaluer le risque", de "savoir pour décider".

« La technique en elle-même n’est ni bonne ni mauvaise, elle n’est pas condamnable, c’est l’usage qu’on en fait qui est bon ou qui est mauvais. » explique Jean Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune (www.fondationlejeune.org). Ainsi, il faut éviter de tomber dans les extrêmes qui reviendraient à dire « faute de savoir guérir le handicap, supprimons le handicapé. Faute de savoir éradiquer la maladie, éradiquons les malades. ».

En effet, le dépistage prénatal pourrait être un outil particulièrement indispensable pour prévoir un traitement, pour améliorer l’accueil d’un nouveau-né en difficulté et surtout pour traiter et guérir des patients in utero. Il faut donc pour cela encourager la recherche.

Aujourd'hui, le dépistage de la trisomie est de plus en plus poussé. Jusqu'au milieu des années 80, il n'existait pas de système de dépistage. Puis l'amniocentèse a constitué une première étape en permettant un diagnostic sur les chromosomes fœtaux. Mais cette technique entraîne une fausse couche dans au moins 1% des cas. Sachant que la trisomie touche un nouveau-né sur 700, Françoise Muller estime que " si l'amniocentèse était généralisée, on causerait la mort de sept fœtus normaux pour un diagnostic de trisomie ". Les marqueurs sanguins (surtout utilisés depuis 1997 puisqu'ils sont remboursés par la sécurité sociale) et les échographies de plus en plus précises (notamment avec la mesure de la clarté nucale) permettent un dépistage de  90 % des enfants trisomiques. Néanmoins, ces outils de dépistage sont loin d'être fiables à 100% et  s' "ils peuvent faussement rassurer ", ils peuvent "aussi faussement inquiéter". Le Pr Yves Ville (hôpital de Poissy) regrette " les marqueurs sont utiles mais on a un peu mis la charrue avant les bœufs. Le devoir d'information oblige les médecins à en parler, alors que beaucoup ne sont pas formés à leur utilisation " et il ajoute " c'est une politique de santé publique qui ne veut pas donner son nom ". 
Plus de 3/4 des femmes ont recours au dépistage de la trisomie et en cas de trisomie, plus de 95% interrompent leur grossesse.
 
cf. revues de presse 09/11/05 Dépistage Trisomie 21 : le témoignage bouleversant d'un médecin
  27/12/05 A propos du diagnostic prénatal...
  20/06/06 Chasse aux trisomiques 21...



 

Les chiffres du dépistage de la trisomie 21

D'après le Dr Marie-Victoire Senat du CHI de Poissy Saint Germain le dépistage de la trisomie 21 au 1er trimestre de grossesse permet un taux de détection des foetus trisomiques 21 d'environ 90 % avec un taux de faux-positif de 5%. Pour elle, hormis la France, aucun pays européen n'aurait de programme national de dépistage de la trisomie 21. En Angleterre, en 1999 la mesure de la clarté nucale étaient faite chez 7% des femmes enceintes et le dépistage au 1er trimestre ne se réalisait que sous forme de recherche. Néanmoins, le gouvernement britannique a recommandé en juillet 2003 l'élargissement du dépistage anténatal de la trisomie 21.

Des chercheurs de l'INSERM ont mené une étude sur l'évolution du diagnostic prénatal de la trisomie 21 dans la population parisienne pendant la période 1981-2000, en relation avec les changements de politiques de dépistage. Cette étude a été menée à partir du Registre des Malformations Congénitales de Paris par C. Vigan, B. Khoshnood, V. Vodovar, I. Lemaire, J. Goujard et F. Goffinet.

Le Registre des Malformations Congénitales de Paris enregistre depuis 1981 tous les cas de trisomie 21 parmi les naissances et les interruptions médicales de grossesse (IMG) dans la population des mères résidant à Paris et dans la petite couronne et accouchant (ou ayant une IMG) à Paris. Entre 1981 et 2000 sur les 760 000 naissances couvertes, 1916 cas de trisomie 21 ont été recensés.

 

Les résultats de l'étude sont les suivants :

- la prévalence de la trisomie 21 à la naissance, c'est à dire le nombre de bébés atteints de trisomie 21 enregistré dans la population étudiée, a diminué progressivement entre 1981 et 2000. Proche 1/1 000 naissances au début des années 90, elle varie 10 ans plus tard entre 1 /1 000 et 1/2 000.

- chez les femmes de moins de 38 ans, 10% des cas ont été dépistés en 1983 et 85% en 2000. Chez les femmes de 38 ans et  plus 59% des cas ont été dépistés en 1983 et 95% en 2000.

- l'analyse par périodes montre que le changement de politique de dépistage de 1988 a entraîné une augmentation significative du dépistage. L'analyse des modalités du dépistage pendant la période 1998-2000 montre que chez les femmes de moins de 38 ans, 35% des cas ont été dépistés par l'échographie du 1er trimestre, 27% par les marqueurs sériques et 16% par l'échographie du 2è trimestre. 4% des cas ont été dépistés plus tardivement et 18% des cas n'ont pas été dépistés.

 

En conclusion : En France, les politiques de dépistage ont abouti à une augmentation importante du diagnostic prénatal de la trisomie 21, particulièrement chez les femmes de moins de 38 ans. Ce taux élevé de dépistage chez les femmes jeunes a entraîné une diminution de la prévalence à la naissance dans la population parisienne, malgré l'augmentation de la prévalence totale liée à l'élévation de l'âge de la maternité.

 

Une autre étude reposant sur quatre registres régionaux de malformations congénitales (Centre-est, Bouche du Rhône, Bas-Rhin et Paris) a été menée en 2001 par l'Inserm.

 

Selon cette étude, le nombre d'enfant trisomique à naître est de moins en moins élevé alors que le nombre de conception d'enfants trisomiques augmente (dû à la hausse des grossesses tardives). "En quatre ans, les naissances d'enfants trisomiques ont été divisées par trois" estime Françoise Muller (Hôpital Ambroise Paré, Boulogne). D'environ 785 en 1990, le nombre d'enfants trisomiques 21 est passé à 620 en 1997 et chuté à 355 en 1999.

 
 
Dépistage et recherche thérapeutique

Jean François Mattéi dans son rapport sur le dépistage de la trisomie 21 à l'aide des marqueurs sériques maternels édité en 1996 montre que le dépistage de la trisomie 21, généralisé et remboursé par la Sécurité Sociale, est un dépistage de masse. Jusqu'en 1996-1997, le nombre annuel de naissances vivantes d’enfants trisomiques 21 était d’environ 900, en 1999 ce nombre est d’environ 300. En trois ans, le nombre a été divisé par trois. Et cela coûte plus de 600 MF pour 670 000 femmes (demain plus de 700 MF pour 750 000 femmes enceintes, soit 100 millions d’euros).

Ces chiffres ont été confirmés en juin 2003 par la Cour des comptes qui a rendu un rapport intitulé "La vie avec un handicap". Elle y dresse un constat sévère sur les actions menées en faveur des personnes handicapées, l'utilisation des dépenses publiques et l'adaptation des multiples dispositifs à l'évolution des besoins. En ce qui concerne la recherche médicale, la Cour insiste sur l'absence de recherche thérapeutique sur la trisomie 21. En 1999, le coût de dépistage de cette déficience mentale auprès de 515 118 patientes (76,6 % des grossesses) a été de quasiment 100 millions d'euros. 1 405 enfants trisomiques ont été dépistés cette année là, 357 sont nés. Selon la direction générale de la santé il n'y a "aucune équipe [médicale] dédiée spécifiquement à la relation entre trisomie retard mental" et "les seules recherches cliniques sur la trisomie 21 sont menées et diffusées par une fondation privée et 3 équipes hospitalières".
 Aujourd'hui, on compte 800 000 patients atteints de déficit mental. 50 000 patients sont atteints de trisomie 21 en France. C'est la 1ere cause de déficience mentale d'origine génétique. Pour autant cette pathologie reste une maladie orpheline dans le milieu de la recherche avec notamment aucune politique publique de recherche sur les maladies génétiques de l'intelligence. La recherche privée est assurée par la Fondation Jérôme Lejeune qui a financé en 2005, 100 programmes de recherche pour près de 2 millions d'euros. A l'occasion des Journées Cliniques Jérôme Lejeune le Dr Henri Bléhaut, directeur de la recherche, explique : "pour ces maladies, il est possible d'imaginer un traitement comme pour toutes les autres maladies" et ajoute "rien ne nous dit aujourd'hui qu'il ne sera pas possible un jour de traiter le déficit mental lié à la trisomie 21".
>> Pour en savoir plus
  Journées Cliniques Jérôme Lejeune : "les Maladies Génétiques de l'Intelligence : prise en charge et perspectives thérapeutiques"
  Journées Internationales Jérôme Lejeune : les Maladies génétiques de l'intelligence : de la biologie moléculaire aux traitements
  Soigner les personnes porteuses d'une trisomie 21

Si on en revient à la découverte initiale du Pr. Jérôme Lejeune et à sa ferme certitude qu'un jour il trouverait le moyen de guérir les personnes atteintes de la trisomie 21, on constate que ses découvertes ont été détournées de leur but initial. Les résultats de ses recherches qui devaient permettre l'avancée de la médecine dans la voie de la guérison ont, au contraire, été utilisés pour dépister au plus tôt les enfants porteurs de cette maladie.

Le Pr Jérôme Lejeune, découvreur de la trisomie 21, a consacré, comme généticien et médecin, sa vie et sa carrière scientifique à la recherche d'une solution thérapeutique pour les personnes trisomiques 21. Très tôt, il a perçu le danger que représentait une politique de dépistage pour la personne trisomique en particulier et pour notre société en général.

 

"La compassion vis à vis des parents est un sentiment que tout médecin doit avoir. Si un médecin ne l'éprouve pas, il n'est plus qu'une sorte d'ordinateur, une machine à faire des ordonnances. L'homme qui pourrait annoncer à des parents que leur enfant est gravement atteint et qui ne sentirait pas son coeur chavirer à la pensée de la douleur qui va les submerger, cet homme ne serait pas digne de notre métier. Mais on ne protège pas d'un malheur en commettant un crime ; on ne soulage pas la peine d'un être humain en tuant un autre être humain".

"On peut envisager, certes, une société technocratique dans laquelle on tuerait les vieillards et les anormaux, et où on achèverait les blessés de la route.
Cette société serait peut être économiquement efficace. Mais cette société serait inhumaine. Elle serait complètement pervertie par un racisme aussi sot et aussi abominable que tous les autres, le racisme des bien portants contre les malades
".

"Après avoir fait un diagnostic de trisomie 21 au microscope, décider que ce sujet doit être éliminé parce qu'il est trisomique 21, c'est du racisme chromosomique".

Pr. Jérôme Lejeune, découvreur de la trisomie 21.