50 ans de bioéthique
1953 - 2003

GENETIQUE et BIOLOGIE MOLECULAIRE

Consulter également le dossier "Décryptage du génome"

1953
25 avril : publication de la structure en double hélice de l’ADN dans la revue scientifique Nature (articles de Watson et Crick, de Wilkins et coll., et de Franklin et Goslin). En 1962, James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins reçoivent le prix Nobel de médecine pour « leur découverte concernant la structure moléculaire des acides nucléiques et son importance concernant le transfert d’informations dans les systèmes vivants ». La toute première photographie d’un ADN sera présentée en février 1969 par Jack Griffith, alors étudiant au California Institute of Technology, lors du Congrès de la Société de biophysique à Los Angeles.

 

1956
P. Zamecnik et son équipe (Ecole de médecine de Harvard, Boston) découvrent que les protéines sont assemblées sur des particules microscopiques (plus tard appelées ribosomes) et que cet assemblage nécessite la liaison de l’acide aminé à un acide nucléique un peu différent de l’ADN : l’acide ribonucléique de transfert ou l’ARNt.

Deux cytologistes Albert Levan et Joe Hin Tjio de l'université de Lund (Suède) découvrent que les cellules somatiques humaines sont composées de 46 chromosomes, arrangés en 23 paires, et non 48 comme on le croyait auparavant. Cette découverte est à la base de l'étude systématique du caryotype humain.

 

1958
F. Crick formule « le dogme central de la biologie moléculaire » : l’ADN est le support moléculaire de l’information génétique qui s’exprime à travers les protéines, notamment les enzymes.

Découverte de la première anomalie chromosomique chez l'homme : la trisomie 21, par Jérôme Lejeune (Hôpital Necker Enfants Malades, Paris). Naissance de la cytogénétique (étude des chromosomes).

 

1960

Jacques Monod et François Jacob de l’Institut Pasteur (Paris) découvrent que la molécule d’ARN est capable de transmettre l’information génétique du noyau, siège de l’ADN, vers le cytoplasme, où sont fabriquées les protéines. Il faudra attendre 6 ans pour savoir comment cette information est codée. Les 2 chercheurs obtiendront, pour cette découverte, le prix Nobel en 1965.

 

1965
Le biologiste suisse Werner Arber du Biozentrum de l’Université de Bale démontre l’existence d’enzymes, dites de restriction, capables de couper l’ADN du virus puis de le neutraliser dans la bactérie. 5 ans plus tard, les biologistes Daniel Nathans et Hamilton Smith (Ecole de Médecine John Hopkins de Baltimore) confirment ces résultats et découvrent que des enzymes diverses coupent l’ADN à des endroits différents. A l’aide de ces « ciseaux », ils déterminent l’ordre des gènes sur les chromosomes, analysent la structure chimique de ces gènes et créent de nouvelles combinaisons. Ils recevront pour cela le prix Nobel de médecine en 1978.

 

1966
Le biochimiste américain Marshall Niremberg découvre le langage génétique. Grâce à ses travaux, les 20 acides aminés existant dans tous les organismes vivants ont trouvé leur pendant dans le langage génétique selon l’enchaînement de 4 composés chimiques A, T, C et G (pour adénine, thymine, cytosine et guanine, les bases de l’ADN). Il recevra le prix Nobel de médecine et de physiologie en 1968 aux côtés de Har Gobind Khorana et de Robert Holley, chacun ayant aussi contribué au déchiffrage de ce « code de la vie ».

 

1969
Jim Shapiro, Jonathan Beckwith et leur équipe (Ecole de médecine d’Harvard, Boston) isolent pour la première fois un gène. Il s’agit de lac z, un gène de la bactérie Escherichia coli. Cela leur a valu le prix Nobel de médecine et de physiologie en 1965.

 

1970

Dans les années 70, W. Gilbert met au point une méthode de séquençage de l’ADN qui lui vaudra de partager le prix Nobel de Chimie en 1982 avec P. Berg et F. Sanger.

H. M Temin et D. Baltimore identifient la transcriptase inverse, une enzyme capable de faire une copie ADN à partir d’une matrice ARN.

 

1971
H. Boyer, P. Berg et S. Cohen fabriquent les premiers vecteurs comportant un gène étranger.  C’est le début de l’ingénierie génétique.

 

1975
février : lors de la conférence d'Asilomar, en Californie, 150 des plus grands généticiens mondiaux discutent des dangers potentiels de leurs travaux et émettent des recommandations pour diminuer les périls que des organismes génétiquement modifiés pourraient faire courir au public. Un moratoire d'un an concernant le génie génétique est adopté.

 

1977

H. Boyer et S. Cohen obtiennent la première protéine humaine, la somatostatine, produite par génie génétique avec un gène humain de synthèse introduit dans une bactérie. Ils travaillaient alors chez Genentech, première firme privée à se lancer dans l’ingénierie génétique.

 

1982
5 équipes indépendantes annoncent avoir réussi à insérer une portion d’ADN étranger dans les cellules d’embryons de souris. Les scientifiques savent désormais intégrer un gène de n’importe quel organisme, d’un virus, d’une plante, d’un invertébré ou d’un vertébré ce qui permet de fabriquer des souris de tout genre comme modèles d’études.

 

1983

Le généticien américain James Gusella met au point une technique visant à repérer rapidement un des gènes responsable de la maladie de Huntington. C'est le début des marqueurs génétiques permettant le dépistage d'anomalies.

Kary Mullis invente la PCR (polymerase chain reaction), une technique d’amplification exponentielle de l’ADN permettant d’obtenir in vitro de très grandes quantités d’ADN à partir, théoriquement, d’une seule molécule d’ADN.

 

1988
Phil Leder et Timothy Stewart, généticiens de l’université de Harvard, obtiennent un brevet sur une souris créée. La souris porte des oncogènes, c'est-à-dire des gènes qui la rendent plus susceptibles aux cancers. Baptisée Onco, cette souris sert de modèle dans la recherche médicale contre le cancer, notamment pour expérimenter de nouveaux cancers. Dès 1985, les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon ont accordé ce brevet à l’université d’Harvard mais le Commissariat au brevet canadien l’avait rejeté. En décembre 2002, la Cour suprême du Canada refuse à Harvard le droit de breveter au Canada la souris Onco car cela va à l’encontre de la loi canadienne sur les brevets. Les chercheurs de ce pays peuvent poursuivre leur recherche sans avoir à payer de redevance à l’université d’Harvard, contrairement à ceux d’Europe et des Etats-Unis.

 

1990
Le projet Génome Humain est mis en place aux Etats-Unis sous l’impulsion de James Watson, co-découvreur de l’ADN. Le but est de déchiffrer le patrimoine génétique humain.

 

1998
Les américains Andrew Fire de la Carnegie Institution of Washington et Craig Mello de l’université du Massachusetts publient dans la revue scientifique Nature leur découverte de l’ARN interférent, molécule capable d’intercepter le message génétique de l’ADN. Le 10 août 2002, le quotidien anglais The Independant révélait que des équipes de chercheurs anglais et américains auraient élucidé ce mécanisme moléculaire dénommé « interférence de l’ARN ». Il s’agit de la possibilité de « neutraliser », « d’éteindre » ou de « mettre en sommeil » des gènes, notamment pathogènes, ce qui ouvre des perspectives thérapeutiques d'un nouveau type contre les maladies infectieuses virales (sida, hépatites...) voire contre des processus cancérigènes.

 

Fin vingtième siècle
Découverte par Gilbert de la structure "morcelée" des gènes des eucaryotes, c'est-à-dire du fait qu'ils comportent une alternance de séquences exprimées (exons) et de séquences non exprimées (introns).

 

2000
18 mai : une équipe internationale de chercheurs américains, japonais, suisses, français et britanniques publie dans la revue « Nature » l’annonce du séquençage du chromosome 21.

 

2001
11 février : le consortium public International Humane Genome Project et la société privée Celera Genomics livrent chacun leur version complétée du génome, publiées respectivement dans Nature et Science.

 

2002
5 décembre : séquençage du génome de la souris publié dans la revue « Nature ».  La souris est le mammifère le mieux connu sur le plan de la biologie et sert de modèle pour de très nombreuses maladies. Le décryptage de son génome permettra de mieux comprendre la relation entre les caractéristiques (physiologiques, pathologiques, physiques) et les gènes. Mais c’est surtout la comparaison du matériel génétique humain et murin qui sera riche d’enseignement car la souris est utilisée de manière intensive dans la recherche biomédicale qui en produit plusieurs millions chaque année.