50 ans de bioéthique
1953 - 2003

Assistance Médicale à la Procréation

1954-59
Premières fécondations in vitro chez le lapin aux USA et en France (par Charles Thibault, INRA)

 

1960
Première congélation des spermatozoïdes de l'homme au début des années 1960, cette méthode était utilisée chez l’animal depuis 1950.

 

1963
Création des premières banques de sperme humain aux Etats-Unis et au Japon. La technique s'est développée en France à partir de 1973, année de l'ouverture, par le professeur Georges David, du premier Centre d'étude et de conservation du sperme (Cecos) à l'hôpital Bicêtre, et d'une banque à l'hôpital Necker à Paris (professeur Albert Netter). Il existe aujourd'hui une vingtaine de Cecos.

 

1970
Robert Edwards effectue à Cambridge les premiers essais de fécondation in vitro chez l’homme.

 

1972
Premières congélations d’embryons de souris.

 

1978
25 juillet : naissance de Louise Brown en Grande Bretagne, premier bébé conçu in vitro (équipe Edwards et Steptoe, hôpital d’Oldam). Deux ans plus tard, un australien établit le premier protocole de stimulation ovarienne.

 

1982
24 février : naissance d’Amandine, 1er premier bébé français conçu par fécondation in vitro (FIV) (équipe de Jacques Testard, hôpital Antoine Béclère, Clamart).

 

1983

Une équipe australienne obtient une première grossesse chez la femme, après un don d’ovocytes. Cette technique a été autorisée en France par les lois de bioéthique de 94.

 

1984
Naissance du premier bébé issu d'un embryon congelé Zoé, née en Australie par le docteur Alan Trounson.

 

1985

Dans le cadre des techniques de procréation médicalement assistée, Jacques Testard propose la méthode de micro-injection des spermatozoïdes sous la zone pellucide de l'œuf. Cette méthode, baptisée Suzi (sigle de subzonal insemination), permettait à plusieurs spermatozoïdes de pénétrer l'ovule. La méthode a été reprise par l’Université Libre de Bruxelles (équipe Palermo, Devroey, Van Steirteghem) qui a mis au point l’injection intracytoplasmique (ICSI) qui consiste à introduire directement un seul spermatozoïde à l’aide d’une micro-pipette dans chaque ovocyte. En 1992, naissait en Belgique le premier enfant issu de cette technique.

Naissance, en Australie, des premiers jumeaux issus de la même fécondation, mais nés à seize mois d’intervalle. En France,  une femme donne un bébé à sa sœur jumelle stérile : les associations de mères porteuses apparaissent.

 

1986
Naissance aux Etats-Unis d'un bébé dont le sexe masculin a été déterminé par tri des chromosomes.

 

1988

3 février : Verdict de la Cour Suprême du New Jersey dans l’affaire « Baby M », opposant William Stern à Mary Beth Whitehead. C’est le premier procès suite à convention pour maternité de substitution. William Stern dont la femme est stérile demande à Mary Beth Withehead d’être à la fois la génitrice et la mère porteuse de son enfant. Concrètement, William S. fait par FIV un enfant à Mary Beth W. avec l’accord de son mari. Il est convenu qu’elle porte l’enfant ainsi conçu et qu’elle rende l’enfant dès la naissance au couple Stern, qui la dédommage de 10 000 $ pour le « service rendu ». Or à la naissance, Mary Beth W. veut garder l’enfant. Le tribunal américain décide d’accorder le droit parental au couple Whitehead apportant ainsi une protection aux mères « gestatrices » et établissant l'absence de valeur juridique des accords de maternité de substitution. Le tribunal a jugé le contrat invalide parce qu'il s'agissait essentiellement d'une tentative de contourner la loi sur l'adoption.
D’autres procès de mère porteuse sont en cours notamment le cas d'une mère porteuse britannique ayant "loué son ventre" à un couple américain. Quand cette mère porteuse découvre qu'elle attend des jumeaux, le couple ne voulant qu'un enfant, lui demande d'en sacrifier un par IVG. Elle refuse entraînant un conflit à l'issue duquel elle décide de garder les deux petites filles dont elle a accouché en novembre 2001 en Grande-Bretagne. La Grande Bretagne autorise le recours aux mères porteuses mais ne reconnaît pas immédiatement comme mère celle qui demande l’enfant.
En France, le recours aux mères porteuses, « gestatrices », est interdit depuis 1991 par un arrêt de la Cour de Cassation. Cette interdiction est renforcée par les lois de bioéthique de 1994.

 

1989
2 septembre : La cour de justice de Maryville (Tennessee – USA) rend son jugement dans une affaire semblable au « jugement de Salomon ». Une femme, Mary Davis, demandait que lui soient confiés les 7 embryons congelés qu’elle avait eu avec son propre époux, Junior Lewis Davis. Celui-ci, qui demandait le divorce, s’opposait à cette requête. Pour l’audience, le Pr. Jérôme Lejeune, alors professeur de génétique fondamentale à l’université René Descartes (Paris), membre de l’Institut et de l’Académie Pontifical des Sciences, avait été convoqué pour témoigner de l’humanité de l’embryon. La décision du juge Dale Young fut la suivante : la garde temporaire des 7 embryons humains conservés au froid intense est confiée à Mary Davis, dans le but d’une implantation. En rendant justice à la mère, le jugement de Maryville établit l’humanité des plus jeunes êtres humains, reconnaît qu’un embryon n’est la propriété de personne puisqu’il est seul au monde à posséder la propriété de développer sa propre personne.

 

1994
22 avril : Naissance d’Audrey, 1er premier bébé français conçu par ICSI (équipe Testart, Tésarik, Thébault, hôpital américain, Neuilly)

 

1995
Dans le cadre de l’ICSI, les équipes de Jacques Testart (Inserm) et de Jan Tesarik (hôpital américain de Neuilly) injectent non pas un spermatozoïde dans l’ovule mais un spermatide (stade cellulaire immature, qui précède celui du spermatozoïde au cours de la spermatogenèse). Un premier enfant est né selon cette méthode à l'hôpital américain de Neuilly, en juin 1995, et un second en septembre 1995.

 

1999
20 juillet : la technique du Diagnostic pré-implantatoire (DPI) est autorisée en France par l’arrêté du 20 juillet 1999 en application d’une disposition de la loi de bioéthique de 1994. Le DPI est une méthode d'analyse génétique des embryons créés par fécondation in vitro dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation afin de ne conserver que ceux qui sont indemnes de la maladie diagnostiquée chez l’un des parents.

 

2000

5 octobre : naissance d’Adam Nash, premier bébé médicament, par l’équipe du généticien Yuri Verlinsky de l'hôpital universitaire Fairview de Minneapolis (Etats-Unis). Pour guérir sa sœur Molly, il faut pouvoir la greffer avec des cellules compatibles. Le petit Adam Nash a été choisi parmi quatorze autres embryons selon la technique du diagnostic préimplantatoire pour ses cellules compatibles à sa sœur. Ces cellules ont été prélevées après sa naissance et injectées à Molly afin de la guérir de la maladie de Fanconi.

13 Novembre : naissance de Valentin, premier bébé né en France après diagnostic pré-implantatoire (hôpitaux Antoine Béclère à Clamart et Necker à Paris, dirigées par les professeurs René Frydman, Arnold Munnich et Michel Vekemans). Elle sera suivie en 2001 de la naissance de jumeaux le 5 janvier au CHU de Strasbourg, et d’une petite fille, Lilou, le 2 février à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart.

 

2002
14 février : naissance de Zain, 1er bébé médicament né en Grande-Bretagne, enfant né après avoir été conçu et sélectionné pour être donneur compatible avec son frère malade.

4 juillet : avis n°72 du CCNE « Réflexions sur l'extension du Diagnostic Préimplantatoire ». Le DPI sert à détecter la maladie chez les embryons fécondés pour ne conserver que l'embryon sain. En autorisant la création de "bébés médicament", le diagnostic servirait à sélectionner les embryons indemnes de la maladie mais également présentant une "compatibilité" génétique avec l'aîné malade. Les membres du CCNE ont dit « ni oui, ni non ». "A fortiori, la sélection d'un embryon et la mise en route d'un enfant conçu seulement comme un donneur potentiel, et non d'abord pour lui-même, n'est pas pensable au regard des valeurs qu'a toujours défendues le CCNE". "En revanche, permettre qu'un enfant désiré représente, de plus, un espoir de guérison pour son aîné, est un objectif acceptable, s'il est second ".