Dans une récente interview à l’Humanité, Axel Kahn et Lucien Sève, philosophe et ancien membre du CCNE répondent aux questions de Lucien Degoy sur l’actualité bioéthique.
Axel
Kahn explique l’attitude prudente du gouvernement par une perspective électorale
alors que Lucien Sève dénonce une prise de conscience tardive de la part du
gouvernement sur un débat pourtant incontournable. Concernant l’autorisation
de la recherche sur les embryons, Axel Kahn considère qu’utiliser des
embryons surnuméraires dans un protocole de recherche à visée thérapeutique
« est une occasion de les intégrer à une entreprise humaine et humaniste
qu’ils n’auraient pas eue sans cela ». Il poursuit en affirmant
qu’il n’est pas légitime d’assimiler l’embryon à une personne même
« s’il en est les prémices » tout en considérant que le développement
embryonnaire est un processus continu et que « l’embryon présente
une singularité justifiant le respect ».
Pour Lucien Sève, « un
embryon congelé, pour être surnuméraire, n’a pas perdu sa
potentialité biologique de devenir un être humain ». Il ajoute
que le respect de l’embryon fait éminemment partie de l’ordre civilisé de
la société. Issu d’une procréation ou d’un transfert de noyau le zygote
peut donner un être humain. Considérer l’embryon comme un organisme
cellulaire serait donc un « redoutable recul de l’humanité
civilisée ». Axel Kahn et Lucien Sève sont tous les deux favorables
à l’élaboration d’une politique européenne sur la bioéthique afin d’éviter
des dérives dangereuses et
« un tourisme procréatique ». Enfin, ils s’opposent chacun à la
brevetabilité du génome humain, qui aux yeux de Lucien Sève est un attentat
direct au savoir fondamental qui doit rester public, ainsi qu’au vivant.
Par
ailleurs, dans une interview au Figaro Magazine, Axel Kahn souligne que les
progrès en génétique ne doivent
pas être mis au profit d’une tendance eugénique et aboutir à une
discrimination par les gènes. Les tests génétiques par exemple, qui
permettent de déterminer la présence de gènes de prédisposition à une
maladie, doivent être limités aux familles à risque, sans céder aux
pressions des sociétés qui les commercialisent.
Pour
conclure, Axel Kahn avoue que les peurs du public en matière de manipulation génétique
sont parfaitement justifiées et rappelle que c’est à la société de fixer
à la recherche ses limites et non aux chercheurs.
L’Humanité 21/06/01 - Le Figaro Magazine 30/06/01