Tissu musculaire squelettique (cellules satellites)

 

I - Gillian Butler-Browne - Directeur de Recherche à l'INSERM - UMR 7000 du CNRS - Cytosquelette et Développement - Hôpital de la Pitié Salpétrière

Vincent Mouly - Chargé de Recherche au CNRS - UMR 7000 du CNRS - Cytosquelette et Développement - Hôpital de la Pitié Salpétrière

 

II - Didier Montarras - Chef de Laboratoire - Développement cellulaire - Institut Pasteur

Christian Pinset - Directeur de Recherche CNRS - Développement cellulaire - Institut Pasteur

 

 

V. Mouly et G. Butler Browne

 

1- Définitions générales :

    La cellule souche, qu'il s'agisse de cellules présentes aux stades précoces (ES et/ou EG), plus tardifs ou après la naissance, représente une réserve susceptible de reformer des tissus lésés ou dégénérés. Il convient de dissocier les différentes cellules utilisables à des fins thérapeutiques selon leurs caractéristiques, en s'appuyant sur les définitions existantes, issues du système hématopoïétique :  

- cellules souches vraies : ces cellules présentent deux propriétés. En effet, elles sont diploïdes (exclusion des gamètes) et sont capables d'auto-renouvellement. Ce dernier point est plus complexe qu'il n'y paraît, car ces cellules étant indifférenciées, elles doivent conserver la propriété de donner d'autres cellules (pluripotentes, multipotentes ou unipotentes, voir ci-dessous). D'autre part, elles doivent aussi conserver la même capacité à proliférer afin de ne pas épuiser le système. Nous reviendrons sur ce point, mais on notera qu'une caractéristique qui est apparue récemment concerne la capacité de réguler leur horloge mitotique (l'horloge mitotique détermine le nombre de divisions que fera toute cellule humaine avant d'atteindre la senescence proliférative).

- cellules multipotentes ou pluripotentes : ces cellules sont généralement issues de cellules souches et peuvent donner plusieurs descendances capables d'exprimer des programmes de différenciations distincts selon leur environnement. Cette dernière classe de cellules est plus aisément manipulable que les cellules souches vraies, qui sont très difficiles à isoler et à maintenir dans un système de culture in vitro. Par contre, leur horloge mitotique n'est pas nécessairement contrôlée, et donc le nombre de divisions qu'elles peuvent réaliser peut être limité, bien que généralement beaucoup moins que les cellules unipotentes. Enfin, il faut noter que certaines cellules issues de cellules souches ne donneront qu'un nombre très limité, voire un seul type de différenciation (cas de la peau).

- cellules unipotentes : ces cellules sont déjà engagées dans une voie déterminée de différenciation, et présentent toujours une capacité proliférative limitée. Elles sont par contre directement mobilisables pour la réparation du tissu auquel elles appartiennent, contrairement à la majorité des autres types ci-dessus, qui ont besoin de signaux de détermination. Dans le muscle squelettique, il s'agit des cellules satellites, qui sont les seules capables de réparer efficacement les fibres musculaires lésées.

2 - Particularités du système musculaire squelettique :

    Les cellules de remplacement du tissu musculaire squelettique sont les cellules satellites, qui ne sont pas à proprement parler des cellules-souches. Elles sont immédiatement activées en cas de lésion traumatique ou pathologique, et représentent un moyen de réponse à ces traumatismes très rapide et très efficace, dans la mesure où elles sont déjà déterminées vers la voie de différenciation musculaire. Par contre, leur capacité proliférative, qui diminue avec l'âge et surtout en pathologie dégénérative, reste toujours limitée. Le nombre de divisions disponible reste suffisant pour assurer leur fonction chez un individu "normal" tout au long de sa vie, et ce malgré l'allongement de l'espérance de vie. Par contre, il n'est pas suffisant pour répondre soit à des situations pathologiques ou des cycles de régénération successifs sont nécessaires (maladies génétiques dégénératives), soit à de nouveaux besoins thérapeutiques (thérapie génique à médiation cellulaire (voir paragraphe suivant). Leur manipulation en culture ne pose a priori pas de problèmes, dans la mesure où il s'agit d'un système étudié depuis de nombreuses années et les conditions de culture in vitro pour ces cellules ont été bien déterminées, tant chez plusieurs modèles animaux que chez l'homme (en partie par notre équipe dans ce dernier cas).

3 - Aspects thérapeutiques :

    L'utilisation de cellules exogènes pour reformer un tissu défaillant (réparation) ou pour corriger un défaut génétique est une voie thérapeutique qui fait l'objet de recherche depuis de nombreuses années (voir les travaux pionniers d'A. Caplan dans le domaine osseux et cartilagineux, ou ceux de J. Bernard pour les cellules sanguines). Concernant le muscle squelettique, trois approches sont à considérer :

- régénération d'un tissu défaillant : c'est ce qui a été proposé récemment par le groupe de Turnbull dans le cas de myopathies mitochondriales dues à une accumulation de mutations dans le génome des mitochondries des fibres musculaires. Une simple étape de régénération permet d'apporter un stock de mitochondries saines issues des cellules satellites et donc de corriger le problème.

- correction d'un défaut génétique musculaire : de nombreux essais d'injections de myoblastes modifiés ou non chez la souris ont prouvé la validité de cette approche. La capacité proliférative limitée des cellules satellites humaines représente toutefois un obstacle majeur à résoudre, dans la mesure où les cellules doivent être isolées, éventuellement modifiées puis injectées, sachant que cette dernière étape provoque une mort cellulaire massive.

- production d'un facteur circulant : la démarche, de type usine cellulaire, est envisagée, et par exemple l'équipe d'H. Blau a déjà réussi à faire produire par le muscle, chez la souris, de l'hormone de croissance que l'on peut doser dans la circulation.             

    Dans tous ces cas de figures, une prolifération limitée par l'horloge mitotique représente chez l'homme un problème qu'il faudra surmonter. L'utilisation récente chez la souris de cellules souches (ou pluripotentes) soit dans des expériences de greffes de moelle (groupes de G. Cossu et F. Mavilio), soit après purification à partir du muscle lui-même (groupes de L. Kunkel et R. Mulligan) a apporté de nouveaux espoirs.

4 - Quelques problèmes à résoudre :

    Pour résumer brièvement les problèmes posés par la thérapie génique en environnement musculaire, soit on utilise des virus comme vecteurs, ce qui limite pour l'instant la quantité de séquence transférable, pose le problème de ciblage et provoque souvent des rejets immunologiques, soit on utilise les cellules musculaires (satellites ou "souches"). Dans ce dernier cas, l'utilisation des cellules du patient nécessite de les modifier génétiquement et de les réinjecter, ce qui représente une prolifération importante, soit on utilise des cellules de donneurs sains, avec la conséquence d'un rejet probable.  

    La possibilité de disposer de cellules souches, soit en les isolant à partir des patients, soit en modifiant des cellules satellites pour leur conférer des caractéristiques de cellules souches (manipulation de l'horloge mitotique) représenterait donc une solution possible. Un certain nombre de problèmes reste à régler :

- le contrôle de la capacité proliférative, qui jusqu'à présent n'a pas été réalisé avant les essais thérapeutiques, ce qui a probablement contribué à leur échec prévisible.

- l'efficacité des cellules souches à participer à la régénération du muscle : dans les deux cas d'exemples cités ci-dessus (transfert de moelle ou purification), les expériences chez la souris ont montré que cette efficacité (inférieure à 1%) restait beaucoup trop faible pour avoir un quelconque effet thérapeutique.

- de telles cellules souches n'ont pas encore été clairement mises en évidence chez l'homme, et l'existence de maladies dégénératives semble indiquer que leur mobilisation n'est pas un phénomène courant, voire prévu dans le fonctionnement normal du muscle squelettique.

- elles sont réfractaires pour le moment à des manipulations in vitro, particulièrement des amplifications de population cellulaire.

5 - Quelques voies de recherche pour résoudre ces problèmes :

    Au vu des observations récentes et des problèmes à résoudre, dont la liste présentée au paragraphe précédent n'est probablement pas exhaustive, on peut mieux définir des voies d'approche vers une utilisation thérapeutique du système. Ainsi, si de nombreux marqueurs de surface ont été définis dans le système hématopoïétique, il existe beaucoup moins de données dans d'autres systèmes, particulièrement dans le système musculaire. Tant que nous ne sommes pas capables d'identifier et de purifier les cellules souches, les expériences se cantonnent à des essais empiriques dont l'efficacité est nécessairement très limitée par rapport aux capacités théoriques du système. Les voies d'approche à développer nécessitent des connaissances de base qu'il faut soit améliorer, soit tout simplement acquérir dans les domaines suivants :

- marqueurs de surface : il existe très peu de marqueurs de surface des cellules satellites (N-CAM qui n'est pas spécifique, M-Cadherine). Il n'en existe aucun pour les cellules souches du tissu musculaire. Celles-ci sont définies pour l'instant a posteriori selon des critères fonctionnels, ce qui rend leur identification a priori et leur manipulation excessivement aléatoire. Ces marqueurs seront absolument essentiels pour permettre une mise en évidence des cellules souches chez l'homme dans les tissus ou ces données manquent, ainsi que pour envisager une purification de ces cellules.

- facteurs de détermination : on connaît déjà quelques facteurs intervenant de façon précoce dans la détermination des cellules musculaires (Myf5, MyoD), mais ces connaissances doivent encore être améliorées afin de comprendre les événements qui déterminent l'orientation des cellules souches vers un programme ou un autre. Ces connaissances viendront du domaine de recherche sur le développement embryonnaire, et pourront être testées sur les cellules souches précoces (ES ou EG), en attendant que des cellules souches puissent être identifiées et manipulées chez l'adulte.

- équilibre prolifération/différenciation : La capacité régénérative du tissu musculaire, ou d'autres tissus non prolifératifs, dépendra en partie de la décision des cellules de remplacement de proliférer ou d'entrer dans le compartiment post-mitotique vers la différenciation. Cette décision aura une influence sur la quantité de tissu formé, ainsi que sur le nombre de cellules susceptibles de rester en réserve dans le compartiment à capacité mitotique. Peu de données existent à ce sujet, et l'étude des cellules souches (qui sera ici encore largement dépendante de données venant du développement embryonnaire) apportera beaucoup d'informations dans ce domaine (par exemple les recherches sur des facteurs antagonistes des facteurs de détermination. On peut citer comme exemple simplificateur des gènes de la famille GATA).

- contrôle du niveau de prolifération : Notre connaissance de l'horloge mitotique a été améliorée par les résultats des recherches sur les séquences télomériques. L'application de ces données aux démarches thérapeutiques n'est pas encore réalisée, mais on peut espérer que ce sera chose faite dans un avenir limité. Par contre, on ne sait pas encore manipuler cette horloge dans des tissus à devenir post-mitotique comme le tissu musculaire ou les cellules nerveuses. Les expériences utilisant des gènes comme celui de la télomérase doivent être continuées et profiter des données concernant la sortie du cycle cellulaire acquises ou à venir.

- manipulation des cellules souches : Ces cellules étant trop souvent réfractaires à la manipulation en culture (dans la mesure ou il s'agit de cellules de réserve, on comprend qu'elles ne soient pas aisément mobilisables), il faut améliorer nos connaissances dans les facteurs nécessaires à leur manipulation in vitro. Des conditions de cultures adaptées particulièrement à ces cellules devront être recherchées de novo, puisque les conditions actuelles ne sont pas satisfaisantes.

- tests fonctionnels : Toutes les connaissances acquises selon les voies décrites ci-dessus permettront de mieux connaître les cellules souches. Toutefois, pour pouvoir les utiliser à des fins thérapeutiques, il est essentiel de pouvoir disposer de tests fonctionnels de leur capacité régénérative. Le modèle de souris, déjà largement utilisé, pourra ici encore être très utile. Ainsi, nous utilisons au laboratoire des souris "humanisées" pouvant recevoir des injections de cellules humaines sans rejet immunologique. Ce type d'outil permet de tester les capacités des cellules dans un environnement in vivo bien plus proche des réalités thérapeutiques qu'une boite de culture.

6- Conclusion

    Il est clair que plusieurs domaines doivent être mis à contribution pour améliorer nos connaissances et évoluer plus rapidement vers une utilisation thérapeutique. Certains pays, dont il faut bien dire que la part du PIB consacrée à la recherche est bien souvent supérieure à celle de la France, sont déjà en avance sur ce sujet, et la compétition internationale nécessite des efforts accrus. Les cellules souches embryonnaires représentent déjà des modèles d'étude qui permettront de gagner beaucoup de temps, même s'il faut toujours relativiser ce qui est observé sur ce type de modèle. Dans la mesure où peu de modèles de cellules souches ont été décrits et sont manipulables chez l'adulte, il est essentiel de profiter de toutes les possibilités. De même, les connaissances venant du développement embryonnaire et des facteurs précoces se sont déjà révélées très précieuses, et ce domaine doit être largement soutenu. Les cellules souches adultes sont très prometteuses en terme d'outils thérapeutiques, mais malheureusement encore trop peu accessibles pour permettre une avancée rapide dans ce domaine. De plus, le caractère pluripotent des recherches transdisciplinaires qui profiteront de la multiplicité des modèles, y compris les cellules embryonnaires précoces.

Didier Montarras et Christian Pinset

    Notre objectif est de définir des environnements ex vivo, basés sur des combinaisons de facteurs de croissance, pour la sélection, l'amplification, et la différenciation de cellules souches. Cette démarche est indispensable pour le développement de la thérapie cellulaire par transplantation.

1 - Types de modèles cellulaires utilisés

Cellules précurseurs des muscles du squelette

2 - Potentiel de différenciation  

    Ces cellules sont mono-potentes. Elles manifestent, en culture et in vivo, la capacité de reformer des fibres musculaires.

3 - Capacité de mise en culture 

    Ces cellules sont aisément mises en culture. Elles sont dérivées des cellules myosatellites. Les cellules musculaires souches persistent dans les muscles à l'état adulte.

(4-5) -  Besoin nutritionnel en cultures et propriétés

    Ces cellules peuvent proliférer et se différencier en culture dans des milieux supplémentés avec du sérum. Nous considérons que, à terme (d'ici quelques années), l'usage du sérum devra être éliminé, certainement pour des raisons sanitaires mais aussi pour des raisons de compréhension. Dans ce sens, nous travaillons à la définition de milieux de culture supplémentés avec des combinaisons de facteurs de croissance recombinants. Nous avons déjà élaboré des stratégies " recettes " qui permettent la prolifération prolongée et la différenciation de cellules précurseurs des  muscles du squelette d'origine murine et humaine.

6 - Destin des cellules réimplantées

    De nombreuses réimplantations de cellules précurseurs des muscles ont été effectuées chez l'animal. Ces cellules sont couramment réimplantées directement dans les muscles par injection à la seringue.

    Le destin de ces cellules est double : La majorité d'entre elles meurent dans les 24 h qui suivent.  Une minorité de cellules persiste et manifeste la capacité de coloniser des fibres musculaires dans les semaines qui suivent. Les raisons de cette mort massive et rapide sont incomprises. Le nombre de cellules transférées souvent élevé (plusieurs millions) et l'état cellulaire influencé par les conditions de culture pourraient être en cause. Ce sont des questions que nous étudions.

7 - Plasticité

    La transdifférenciation de ces cellules est possible. Elles peuvent adopter un destin adipocytaire ou ostéogénique. Ce dernier se manifeste lorsque les cellules sont cultivées sur matrice osseuse ou traitées par du BMP (bone morphogenetic factor).

8 - Voie d'accès au tissu cible

    Injection directement dans le muscle.

9 - Utilité des cellules précurseurs des muscles du squelette dans une démarche thérapeutique. 

    C'est le type cellulaire le plus adapté pour la réparation des muscles du squelette pour sa capacité réplicative et son caractère monopotent.

    Ce type cellulaire pourrait être adapté à la réparation d'autres tissus tels que le muscle cardiaque et certains sphincters. Des essais dans ce sens sont entrepris par plusieurs équipes en France et à l'étranger. Une équipe française a réalisé cette année (été 2000) la première greffe autologue de cellules musculaires dans le cœur d'un patient atteint d'un infarctus.

10-11 - Commentaire général.

    L'exposé succinct qui précède traite des cellules précurseurs des muscles du squelette en tant que type cellulaire prédominant dérivé des cellules myosatellites responsables de la régénération  musculaire.

    Actuellement toutes les démarches de thérapie cellulaire s'appuient sur des cellules souches ou précurseurs, au potentiel restreint. Ces cellules proviennent du tissu que l'on cherche à réparer et leur destin est en quelque sorte déjà fixé.

    Récemment, la présence de cellules souches, au potentiel plus large, a été décrite dans plusieurs tissus adultes, muscle du squelette, moelle osseuse, système nerveux central. Le destin de ces cellules dépendrait de leur site de réimplantation.

    Aujourd'hui, maîtriser l'isolement, l'amplification et le contrôle du devenir de ces cellules souches, mais aussi des cellules souches embryonnaires (animales et humaines) est sans aucun doute un objectif majeur. Pour atteindre cet objectif il est indispensable de faire de la culture cellulaire, une technologie. Il va s'agir d'éliminer des milieux de culture, les sérums animaux qui constituent encore aujourd'hui la principale source de facteurs de croissance. Ces sérums devront être remplacés par des cocktails de facteurs de croissance recombinants. Définir les combinaisons de facteurs de croissance, requises pour gouverner l'engagement d'une cellule souche dans différents lignages, est une tâche essentielle.  

    Les mots clés : amplification ex vivo, facteurs de croissance, contrôle de la plasticité, thérapie cellulaire.

    La biologie du développement bénéficiera de ces travaux. De nouvelles démarches de thérapie cellulaire pourront aussi naître.

 

 

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