Marina Cavazzana-Calvo
Praticien hospitalier
1 - Type de modèle cellulaire utilisé et espèce.
Depuis de nombreuses années au sein de l'unité
INSERM 429, notre équipe centre son travail de recherche sur le tissu hématopoïétique
d'origine humaine et murine. Le but est d'essayer de développer de nouvelles
stratégies thérapeutiques pour les patients atteints d'une pathologie acquise
ou héréditaire du système lymphohématopoïétique. Deux grands types
d'approche thérapeutique sont ciblés : la greffe de moelle osseuse
partiellement compatible d'un côté et la thérapie génique de l'autre. Les
sources des cellules souches hématopoïétiques utilisées sont la moelle
osseuse et le sang de cordon ombilical pour l'homme, la moelle osseuse et la
cellule ES pour la souris.
Plus récemment, l'isolement d'une cellule souche médullaire
chez l'homme et chez la souris, capable de participer à la régénération des
tissus et d'organes autres que les cellules sanguines nous pousse à étendre
nos investigations aux possibilités thérapeutiques de cette cellule et à la
possibilité de l'immortaliser pour en augmenter les capacités prolifératives.
2 - Compte tenu de la thématique de recherche de cette
équipe, nos efforts visent à caractériser les étapes du développement
lymphoïde et à préciser les cytokines nécessaires à ce développement pour
améliorer la prise en charge thérapeutique des patients atteints de déficits
immunitaires. Dans les étapes pré-cliniques de mise au point du protocole de
transfert génique dans les CSH, une hiérarchie du potentiel de prolifération
et de différenciation entre la cellule souche hématopoïétique provenant d'un
sujet adulte et celle isolée du sang de cordon ombilical a pu être décrite
d'une façon analogue aux résultats rapportés par d'autres groupes. Par
ailleurs, nous avons transitoirement essayé d'obtenir des cellules
lymphocytaires à partir des cellules ES de souris sans succès. Des cellules de
la lignée érythrocytaire et myéloïde ont été facilement obtenues,
l'obtention des cellules lymphoïdes a été empêchée
par des problèmes techniques encore sans réponse.
3 - 4 Les CSH peuvent être cultivées et proliférer in
vitro, malheureusement, malgré une grande amplification des progéniteurs myéloïdes
et lymphoïdes, les cellules souches ne sont amplifiées que dans une moindre
mesure. Nous ne connaissons pas le milieu ni les facteurs de croissance qui nous
permettent de dissocier in vitro l'expansion de la différenciation et nous ne
savons pas non plus comment nous pouvons remettre " au repos " une
cellule qu'on fait proliférer. En effet, les cellules souches responsables de
la prise hématologique sont des cellules en phase G0/G1 du cycle cellulaire. La
maîtrise de ces problèmes nous permettrait d'aborder le transfert de gènes thérapeutiques
dans ces cellules d'une façon plus rationnelle.
5 - Les cellules souches de la moelle osseuse injectées
par voie intraveineuse repeuplent en grande mesure le tissu hématopoïétique.
On dispose aujourd'hui d'informations qui prouvent la capacité de cette cellule
à migrer et à se différencier dans d'autres tissus cellulaires tels que le
muscle et le foie. La valeur thérapeutique de ces observations potentiellement
innovantes reste mal précisée et doit faire l'objet d'études plus
approfondies. Pour l'instant chez les petits rongeurs, l'effet thérapeutique de
la différenciation musculaire de la cellule souche injectée est loin d'être
prouvé. On peut s'interroger sur les faibles capacités de prolifération de
cette cellule et sur le besoin d'élargir aux cellules embryonnaires ce type d'étude,
en vue de leur plus importante capacité de prolifération.
6 - Les voies d'accès au tissu - cible ne représentent
pas aujourd'hui d'obstacle compte tenu des progrès de la chirurgie vasculaire
et viscérale.
7 - Nous souhaitons développer
une étude systématique
de la cellule souche de moelle osseuse et de la possibilité de la faire proliférer
davantage en utilisant des outils d'oncorétrovirologie. Ces outils permettent
d'introduire des gènes responsables de la prolifération d'une manière réversible.
On espère ainsi obtenir un nombre suffisant de cellules souches capables de se
différencier vers une cellule somatique bien précise obtenant ainsi la régénération
d'un tissu endommagé.
8 - Le clonage thérapeutique représente une voie de
recherche intéressante qui peut révolutionner l'approche thérapeutique à bon
nombre de pathologies humaines. Un nombre de questions reste à résoudre tant
sur le plan scientifique que biologique.
9 - La révision de la loi de bioéthique de
1994 reste
un point clé de cette réflexion qui est attendue avec impatience dans le monde
de la recherche française.