Filiations cellulaires inattendues entre sang et autres tissus de l'organisme : des cellules souches totipotentes persistent-elles chez l'adulte ?
Bruno Péault
Inserm Unité 506
Les barrières existant, en termes de filiations cellulaires,
entre les différents tissus de l'organisme adulte sont peut-être moins étanches
qu'on ne le croyait jusqu'à présent. La moelle osseuse hématopoïétique
contient les cellules souches de différents tissus mésodermiques comme l'os,
le cartilage et même le muscle strié. Inversement des cellules musculaires
peuvent restaurer l'hématopoïèse de souris irradiées. Il est encore plus étonnant
qu'aient été décrites une régénération hépatocytaire médiée par des
cellules de la moelle osseuse, et des cellules souches neurales à multiples
potentialités ecto-, endo- et mésodermiques.
Il demeure à confirmer que de tels "sauts ontogénétiques" entre les
dérivés des feuillets embryonnaires fondamentaux sont possibles et à en préciser
les mécanismes avant de déterminer si l'organisme développé contient encore
des cellules souches totipotentes, ou des cellules différenciées douées de
capacités de reprogrammation insoupçonnées.
Mots-clés :
Hématopoïèse ; ontogenèse; cellule souche ; muscle ; foie
; système nerveux ; vaisseau sanguin ; hémangioblaste.
Unexpected cell lineage
relationships between blood and other tissues : are totipotential stem cells
still present in the adult organism ?
The
idea that fixed boundaries separate tissue lineages in the adult organism has
been recently challenged. The bone marrow contains stem cells for a variety of
mesodermal derivatives like bone, cartilage, adipocytes and even striated
muscle. Conversely, muscle cells can restore hematopoiesis when injected into
irradiated mice. The wall of some blood vessels appears to contain mesodermal
stem cells endowed with such a broad developmental potential.
More
surprisingly, bone marrow
has been reported to contribute hepatocytes in conditioned animals, while neural
stem cells became endowed with multiple ecto-, meso- and endodermal
potentialities when introduced into early embryos. Such developmental "jumps"
must be confirmed and further documented in order to determine whether the
developed organism contains much plastic cells capable of transdifferentiation
or ancestral, uncommitted ES-like cells.
L'existence de cellules souches à l'origine de toutes les
cellules sanguines a été très tôt suggérée par l'observation du développement
embryonnaire, puis démontrée chez l'animal adulte dont la moelle osseuse peut
pallier chez un receveur de la même espèce l'hématotoxicité des radiations
ionisantes [1]. Les vingt dernières années ont vu progresser considérablement
la caractérisation fonctionnelle des cellules souches sanguines, qui a permis
en retour leur identification directe sur des critères physiques et, surtout,
moléculaires. Progressivement a aussi été reconnue l'existence de cellules
souches spécialisées dans de nombreux autres tissus, y compris dans le système
nerveux central, même si les cellules souches de l'hématopoïèse demeurent
encore, et de loin, les mieux caractérisées. Au moins les différents lignages
tissulaires, tôt ségrégés au cours du développement, demeuraient-ils
clairement distincts en termes de filiations cellulaires. Pourtant on a récemment,
et à plusieurs reprises, observé dans l'organisme développé des relations
ontogénétiques inattendues entre le système sanguin et des tissus aussi
distincts que le foie, le cerveau et le muscle.
Nous nous proposons de rappeler ici ces données mais nous évoquerons
tout d'abord le compartiment cellulaire dont la parenté avec la lignée hématopoïétique
est la mieux reconnue, celui des cellules endothéliales vasculaires.
1. Cellules souches angio-hématogènes
En 1932, Paul Murray [2] désigne sous le terme d'hémangioblastes
les amas de cellules mésodermiques qui, dans l'aire extraembryonnaire, donnent
naissance aux premiers vaisseaux contenant les premières cellules hématopoïétiques,
adhérant en foyers à l'endothélium. On appellerait plutôt aujourd'hui ces
amas îlots sanguins mais le terme d'hémangioblaste a demeuré - et a même
connu récemment un regain de popularité - pour désigner une cellule unique à
l'origine des cellules hématopoïétiques et endothéliales. L'existence de
telles cellules souches angio-hématopoïétiques au cours du développement
embryonnaire précoce est donc une notion ancienne [3]. Cellules endothéliales
et cellules hématopoïétiques expriment effectivement, depuis les stades très
précoces du développement, des marqueurs communs tels que MB1/QH1 chez
l'oiseau [4, 5], CD31 chez l'homme [6] ou CD34 chez la souris [7] et chez
l'homme [8]. Les deux lignages sont absents chez les embryons dans lesquels le gène
codant Flk-1, le récepteur 2 du VEGF, a été inactivé [9], et fortement réduits
dans le sac vitellin après recombinaison homologue du gène du TGFb1 [10]. On
sait par ailleurs que la surexpression de scl/tal1 chez l'embryon de poisson mène
à une production accrue de cellules hématopoïétiques et vasculaires [11].
Toutes ces observations suggèrent, mais ne prouvent pas, l'origine embryonnaire
commune des compartiments hématopoïétique et endothélial. Une démonstration
plus directe de l'existence de cellules souches angio-hématogènes a été
faite dans le modèle des cellules souches embryonnaires de souris (cellules
ES), qui sont des cellules multipotentielles du blastocyste immortalisées en
culture. Ainsi les corps embryonnaires, qui représentent la descendance immédiate
des cellules ES, incluent-ils des cellules donnant naissance à la fois, à l'échelon
unicellulaire, aux cellules de l'hématopoïèse primitive et définitive [12]
et à des cellules de type endothélial [13]. De tels hémangioblastes produits
à partir de cellules ES répondent au VEGF et expriment son récepteur Flk-1
[14]. Eichman et al. [15] ont effectivement trié au moment de la gastrulation
de l'embryon d'oiseau une population de cellules mésodermiques Flk-1+ donnant
naissance à une descendance de cellules hématopoïétiques ou endothéliales
selon les conditions de culture utilisées.
Les souches communes des lignées vasculaire et sanguine
seraient donc, comme attendu, des cellules mésodermiques très primitives. Pour
certains auteurs cependant ces hémangioblastes embryonnaires seraient, au moins
pour certains d'entre eux, déjà engagés dans le lignage endothélial dont ils
exprimeraient le marqueur VE-cadherine [16]. Hamaguchi et ses collaborateurs
[17] ont eux montré que les cellules exprimant le récepteur Tie-2 triées de
la région de l'aorte embryonnaire peuvent se différencier, en culture clonale,
en cellules endothéliales et hématopoïétiques. On est ainsi revenu à la
notion d'endothélium hématogène, énoncée dès le début du 20ème siècle
[3] (Sabin, en 1920, désignait d'ailleurs par le terme d'angioblastes, et non
d'hémangioblastes, ces cellules souches angio-hématopoïétiques), selon
laquelle certaines cellules endothéliales embryonnaires peuvent se diviser et
redonner naissance à des cellules hématopoïétiques. Dans un modèle de différenciation
endothéliale des cellules ES de souris, l'expression de l'intégrine a4
marquerait la transition d'une population de cellules endothéliales Flk-1+ vers
une descendance de cellules sanguines [18]. Lorsque l'on injecte la molécule
AcLDL (acetylated low-density lipoprotein) dans la circulation de l'embryon
d'oiseau afin d'en marquer toute la surface interne des vaisseaux sanguins on
voit ensuite se développer une population de cellules hématopoïétiques AcLDL+,
ce qui suggère le pouvoir hématogène de l'endothélium vasculaire
embryonnaire [19]. Des conclusions en partie distinctes ont été tirées de l'étude
récente de la région AGM (Aorte-Gonades-Mesonephros) humaine [8] dans laquelle
les cellules souches de l'hématopoïèse définitive émergeraient d'abord à
partir d'une population de cellules CD34- Flk-1+ distincte du compartiment
endothélial [20 et résultats non publiés]. L'existence d'un progéniteur
endothélial intermédiaire demeure néanmoins, dans ce cas également,
possible.
Alors que la recherche d'hémangioblastes a été jusqu'à présent
restreinte aux stades les plus précoces de l'ontogenèse on doit relever la
description récente d'une sous-population de cellules hématopoïétiques
humaines CD34+ exprimant également le récepteur Flk-1. Ces cellules Flk-1+,
qui représentent moins de 0,5 % des cellules CD34+, sont rencontrées dans le
sang de cordon ombilical mais aussi dans la moelle osseuse et le sang de
l'adulte [21]. Considérablement enrichies en cellules hématopoïétiques très
primitives (LTC-IC, SRC), ces cellules pourraient représenter une population d'hémangioblastes
persistant chez l'adulte.
Il a donc fallu attendre plus de 70 ans pour que la notion
intuitive de cellule souche angio-hématopoïétique déduite des observations
des embryologistes du début du 20ème siècle commence à être étayée expérimentalement.
Les démonstrations récentes sont néanmoins fondées sur l'utilisation du modèle
quelque peu artificiel des cellules ES et il demeure à établir de façon non
équivoque que de telles cellules souches émergent au cours du développement
normal, et éventuellement persistent jusqu'à la vie adulte.
2. Filiations cellulaires réciproques inédites entre moelle osseuse et autres tissus d'origine mésodermique
Les travaux pionniers de Friedenstein, à partir des années
1970, ont été largement repris et confirmés au cours de la dernière décennie
et il est maintenant admis que des cellules indifférenciées appartenant au
stroma de la moelle osseuse hématopoïétique sont capables in vitro de former
différents compartiments cellulaires mésodermiques : ostéoblastes,
chondrocytes, adipocytes, y compris ceux que l'on ne rencontre pas normalement
dans la moelle tels que myoblastes et myotubes [22]. Ainsi est née la notion de
"cellule souche mésenchymateuse" persistant chez l'adulte et
greffable par voie intraveineuse dans différents tissus [23]. L'injection dans
la circulation de moelle osseuse totale mène même à la régénération des
fibres musculaires striées lésées expérimentalement par un traitement
chimique [24]. Curieusement, cette régénération est observée aussi bien après
injection des cellules médullaires adhérentes que de la fraction non adhérente
des cellules hématopoïétiques, dans laquelle la présence de cellules "mésenchymateuses"
n'est pas attendue [24]. Effectivement, l'injection intraveineuse de cellules
souches hématopoïétiques médullaires Sca-1+, c-kit+, CD43+, CD45+, Lin-,
CD34- chez la souris mdx mène à une régénération musculaire partielle, par
des myotubes exprimant la dystrophine, même si cet effet n'est observé qu'après
au moins 8 semaines et injection d'une quantité élevée de cellules souches
[25].
Inversement, des cellules mononucléées totales de muscle
strié injectées chez la souris irradiée létalement y reconstituent l'hématopoïèse
de 10 à 14 fois plus efficacement que ne le fait la moelle osseuse, en termes
de quantité de cellules sanguines produites [26]. Les cellules musculaires
responsables de cette reconstitution de l'hématopoïèse ne sont pas connues
mais pourraient appartenir à une population de cellules Sca-1+, c-kit+,
affichant une rétention limitée du colorant vital Hoechst 33342 mais
n'exprimant pas CD45 [26].
On peut donc interpréter tous ces résultats dans le sens de
l'existence et de la persistance chez l'animal adulte d'une population de
cellules souches très primitives de différents compartiments d'origine mésodermique,
incluant le lignage hématopoïétique. Le rôle physiologique normal
qu'auraient de tels progéniteurs par rapport aux cellules souches spécifiques
des différents tissus demeure à établir. On peut se rappeler qu'en 1992,
Huang et Terstappen [27] avaient décrit le développement simultané, à partir
d'un progéniteur isolé de la moelle osseuse fœtale humaine de 15 semaines
(stade auquel celle-ci est déjà largement différenciée), de cellules hématopoïétiques
et de cellules stromales adhérentes. Ces résultats n'avaient pu alors être
reproduits mais en 1995 Ralf Huss et ses collaborateurs [28] ont observé la
production de progéniteurs hématopoïétiques in vitro par une lignée de
cellules stromales médullaires de chien, bien que ces résultats eux-même
n'aient pas été confirmés.
La distribution anatomique naturelle dans les tissus du fœtus
et de l'adulte de telles cellules souches mésodermiques ancestrales demeure à
établir. Des résultats expérimentaux récents suggèrent néanmoins que la
paroi de certains vaisseaux pourrait héberger de tels progéniteurs. H. Fleming
(Portland, OR) a rapporté au congrès 1999 de l'ISEH que la transplantation,
sous la capsule rénale d'une souris hôte irradiée létalement, de gros
vaisseaux cardiaques disséqués d'un animal donneur mène à une reconstitution
hématopoïétique [29]. Les vaisseaux greffés avaient été soigneusement débarrassés
de toute cellule sanguine circulante ; en revanche l'analyse histologique des
greffons développés a suggéré la prolifération de cellules hématopoïétiques
à partir de la paroi vasculaire, rappelant les agrégats de cellules souches
observés dans l'aorte embryonnaire [8]. Dans l'adventice des sinusoïdes de la
moelle osseuse, les péricytes, qui expriment l'actine du muscle lisse, représentent
des progéniteurs des cellules stromales de l'hématopoïèse [30]. Les propriétés
ostéochondrogéniques des péricytes des vaisseaux de la rétine de bœuf sont,
par ailleurs, connues [31]. Dès 1961, J. Trueta avait émis l'hypothèse d'une
filiation, au cours de l'ostéogenèse, entre cellules endothéliales
vasculaires et, respectivement, ostéoblastes et ostéoclastes pour le développement
et la résorption osseux [32]. On a aussi récemment suggéré que la paroi de
l'aorte dorsale embryonnaire, qui montre in vitro un potentiel myogénique [33],
pouvait participer à la formation des cellules satellites du muscle. La paroi
vasculaire pourrait donc constituer un réservoir de cellules souches mésodermiques
multipotentielles qui seraient distribuées dans les tissus au cours de leur développement,
de leur renouvellement et de leur réparation [34 et G. Cossu, communication
personnelle].
3. De l'épithélium hépatique dérivé du mésoderme, et des cellules hématopoïétiques d'origine ectodermique ?
Les régénérations cellulaires croisées observées entre
muscle et moelle, et la présence dans cette dernière de cellules souches
osseuses, cartilagineuses ou vasculaires sont certes intrigantes mais demeurent
"acceptables" pour l'embryologiste puisqu'elles restent confinées à
la descendance du feuillet embryonnaire mésodermique. Plus hérétique peut
apparaître la conclusion d'une étude dans laquelle une injection de moelle
osseuse a contribué à la régénération des hépatocytes et des canaux
biliaires préalablement lésés par le tétrachlorure de carbone [35). Ces
compartiments cellulaires sont en effet purement épithéliaux et leur origine
embryonnaire dans un diverticule de l'endoderme duodénal est bien connue ; or
l'on ne connaît aucune contribution de l'endoderme à l'histogenèse de la
moelle osseuse. Les données les plus récentes suggèrent pourtant que ces
observations reflètent effectivement une transition méso-endodermique. E.
Lagasse (StemCells Inc.) vient en effet de rapporter au congrès annuel de la
Society for Experimental Biology, tenu au mois d'avril à San Diego, la régénération
d'hépatocytes fonctionnels à partir non plus de moelle osseuse totale mais de
seulement une cinquantaine de cellules souches hématopoïétiques très
primitives triées à partir de la moelle. Ces cellules souches que l'on croyait
vouées de façon irrémédiable à la production de cellules sanguines
peuvent-elles donc adopter un programme de différenciation radicalement différent,
ou incluent-elles des éléments beaucoup plus primitifs, situés bien en deçà
de l'origine de l'hématopoïèse ? Egalement étonnante est la description
d'une contribution à l'hématopoïèse de cellules souches neurales injectées
dans la circulation de souris irradiées. Ces cellules souches neurales cultivées
à partir du cerveau embryonnaire antérieur ou de son dérivé chez l'adulte,
et qui donnent naissance in vitro à une triple descendance de neurones, d'astrocytes
et d'oligodendrocytes auraient produit chez le receveur des progéniteurs clonogéniques
macrophagiques et granulo-macrophagiques et des cellules lymphoïdes différenciées
[36]. On sait qu'une transition entre ectoderme et tissus "mésodermiques"
a lieu aux stades précoces de l'embryogenèse, puisque la crête neurale céphalique
donne naissance notamment à l'ossature de la face [37]. La réorientation vers
l'hématopoïèse de cellules neurectodermiques chez l'adulte est, en revanche,
une observation très troublante.
Pourtant d'autres exemples existent, dans l'autre direction,
de relations ontogénétiques entre cellules des systèmes sanguin et nerveux.
La moelle osseuse de souris adultes traitées par le 5-FU, injectée dans des
souris hôtes conditionnées par irradiation à 4,5 Gy, y a comme attendu donné
naissance à une population de cellules microgliales, qui appartiennent à la
lignée monocytaire, mais aussi, de façon surprenante, à une descendance de
cellules exprimant le marqueur astroglial GFAP (glial fibrillary acidic protein),
représentant de 0,5 à 2 % des
cellules dérivées du donneur [38]. Une génération d'astrocytes GFAP+ a aussi
été observée après injection intracérébrale stéréotaxique chez la souris
de cellules stromales de moelle osseuse sélectionnées par adhérence au
plastique [39].
C'est autour du système hématopoïétique, dont la
manipulation expérimentale in vivo est particulièrement bien maîtrisée, que
l'on révèle actuellement des capacités de régénération intertissulaires
qui n'avaient pas été suspectées précédemment. Une communauté d'origine
comme celle qui rassemble vraisemblablement cellules sanguines et endothéliales
en un seul lignage embryonnaire avait été suggérée depuis longtemps et est
en passe d'être démontrée expérimentalement. En revanche l'existence de progéniteurs
mésodermiques divers au sein du stroma de la moelle osseuse et, même, parmi
les cellules souches hématopoïétiques qui y résident demeure une donnée très
originale et intéressante, qui peut susciter des espoirs dans le domaine des thérapies
génique et cellulaire [40]. Simultanément se déroulent d'actives recherches
sur les cellules souches plus "classiquement" spécialisées dans le développement
et la réparation des différents tissus de l'organisme, par exemple les épithélia
[41] et le système nerveux [42]. On envisage par ailleurs de contrôler l'émergence
de différents lignages cellulaires à partir de cellules ES humaines et
d'ouvrir ainsi des perspectives de "clonage thérapeutique" [43].
Nombreux sont donc les scénarios actuellement envisagés de thérapie utilisant
des cellules progénitrices. Néanmoins, l'hypothèse de l'existence chez
l'adulte de filiations cellulaires entre des tissus d'origines embryonnaires
distinctes, ecto-, endo- ou mésodermique, a rencontré un scepticisme attendu,
notamment de la part des biologistes du développement. La production de
cellules hématopoïétiques à partir de cellules souches neurales n'a pu être
encore obtenue par les différents laboratoires qui tentent de reproduire ces
expériences. Il n'est pas clairement démontré que les cellules utilisées
originellement par Bjornson et al. provenaient d'un progéniteur neural unique,
et non de deux cellules distinctes mais physiquement étroitement associées.
Pourtant, on vient juste de suggérer un potentiel encore beaucoup plus vaste de
cellules souches neurales isolées du cerveau de souris adulte. Injectées dans
la cavité amniotique d'embryons de poulet ou agrégées dans des morulas de
souris ces cellules ont en effet contribué au développement de multiples
tissus d'origine ectodermique mais aussi mésodermique (rein, cœur, muscle) et
endodermique (épithélium respiratoire et digestif, foie) [44].
La plupart des auteurs qui défendent l'existence, même chez
l'adulte, de cellules souches à très vaste potentiel de différenciation au
sein du compartiment mésodermique, ou même hors de ses limites, évoquent généralement
une grande plasticité de certaines cellules matures et de leurs progéniteurs
immédiats, qui pourraient dans certaines conditions se dédifférencier et se
transdifférencier. Une autre possibilité est que de rares cellules souches
embryonnaires totipotentielles persistent dans les tissus jusqu'aux stades
adultes. L'existence de tels éléments, vierges de tout engagement dans l'un ou
dans l'autre lignage cellulaire, pourrait expliquer l'ensemble des observations
que nous venons de résumer. On peut néanmoins s'étonner qu'un tel potentiel
n'ait pas été perçu précédemment. Il est en effet important de rappeler ici
que, pour spectaculaires et passionnantes que soient ces observations récentes,
le rôle que pourraient avoir de telles cellules souches originelles dans la
maintenance de l'organisme développé normal demeure totalement obscur. En
effet, ces potentialités précédemment inimaginables ont été révélées
dans des conditions expérimentales extrêmes où l'organisme était soumis à
des conditionnements particulièrement draconiens, ou encore dans des montages
expérimentaux entièrement artificiels (chimères d'agrégation).
Les cellules à l'origine de ces restaurations tissulaires
insoupçonnées ne devraient pas résister longtemps aux techniques d'analyse et
de tri mises actuellement en jeu pour les identifier. On devrait alors déterminer
si de telles capacités de régénération ont pour origine le maintien chez
l'adulte de cellules souches ancestrales, ou la surprenante plasticité de
cellules plus différenciées.
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