Filiations cellulaires inattendues entre sang et autres tissus de l'organisme : des cellules souches totipotentes persistent-elles chez l'adulte ?

Bruno Péault  

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    Les barrières existant, en termes de filiations cellulaires, entre les différents tissus de l'organisme adulte sont peut-être moins étanches qu'on ne le croyait jusqu'à présent. La moelle osseuse hématopoïétique contient les cellules souches de différents tissus mésodermiques comme l'os, le cartilage et même le muscle strié. Inversement des cellules musculaires peuvent restaurer l'hématopoïèse de souris irradiées. Il est encore plus étonnant qu'aient été décrites une régénération hépatocytaire médiée par des cellules de la moelle osseuse, et des cellules souches neurales à multiples potentialités  ecto-, endo- et mésodermiques. Il demeure à confirmer que de tels "sauts ontogénétiques" entre les dérivés des feuillets embryonnaires fondamentaux sont possibles et à en préciser les mécanismes avant de déterminer si l'organisme développé contient encore des cellules souches totipotentes, ou des cellules différenciées douées de capacités de reprogrammation insoupçonnées.

Mots-clés :

Hématopoïèse ; ontogenèse; cellule souche ; muscle ; foie ; système nerveux ; vaisseau sanguin ; hémangioblaste.

    Unexpected cell lineage relationships between blood and other tissues : are totipotential stem cells still present in the adult organism ? 

    The idea that fixed boundaries separate tissue lineages in the adult organism has been recently challenged. The bone marrow contains stem cells for a variety of mesodermal derivatives like bone, cartilage, adipocytes and even striated muscle. Conversely, muscle cells can restore hematopoiesis when injected into irradiated mice. The wall of some blood vessels appears to contain mesodermal stem cells endowed with such a broad developmental potential.

    More surprisingly, bone marrow has been reported to contribute hepatocytes in conditioned animals, while neural stem cells became endowed with multiple ecto-, meso- and endodermal potentialities when introduced into early embryos. Such developmental "jumps" must be confirmed and further documented in order to determine whether the developed organism contains much plastic cells capable of transdifferentiation or ancestral, uncommitted ES-like cells.

    L'existence de cellules souches à l'origine de toutes les cellules sanguines a été très tôt suggérée par l'observation du développement embryonnaire, puis démontrée chez l'animal adulte dont la moelle osseuse peut pallier chez un receveur de la même espèce l'hématotoxicité des radiations ionisantes [1]. Les vingt dernières années ont vu progresser considérablement la caractérisation fonctionnelle des cellules souches sanguines, qui a permis en retour leur identification directe sur des critères physiques et, surtout, moléculaires. Progressivement a aussi été reconnue l'existence de cellules souches spécialisées dans de nombreux autres tissus, y compris dans le système nerveux central, même si les cellules souches de l'hématopoïèse demeurent encore, et de loin, les mieux caractérisées. Au moins les différents lignages tissulaires, tôt ségrégés au cours du développement, demeuraient-ils clairement distincts en termes de filiations cellulaires. Pourtant on a récemment, et à plusieurs reprises, observé dans l'organisme développé des relations ontogénétiques inattendues entre le système sanguin et des tissus aussi distincts que le foie, le cerveau et le muscle.

    Nous nous proposons de rappeler ici ces données mais nous évoquerons tout d'abord le compartiment cellulaire dont la parenté avec la lignée hématopoïétique est la mieux reconnue, celui des cellules endothéliales vasculaires.

1. Cellules souches angio-hématogènes

    En 1932, Paul Murray [2] désigne sous le terme d'hémangioblastes les amas de cellules mésodermiques qui, dans l'aire extraembryonnaire, donnent naissance aux premiers vaisseaux contenant les premières cellules hématopoïétiques, adhérant en foyers à l'endothélium. On appellerait plutôt aujourd'hui ces amas îlots sanguins mais le terme d'hémangioblaste a demeuré - et a même connu récemment un regain de popularité - pour désigner une cellule unique à l'origine des cellules hématopoïétiques et endothéliales. L'existence de telles cellules souches angio-hématopoïétiques au cours du développement embryonnaire précoce est donc une notion ancienne [3]. Cellules endothéliales et cellules hématopoïétiques expriment effectivement, depuis les stades très précoces du développement, des marqueurs communs tels que MB1/QH1 chez l'oiseau [4, 5], CD31 chez l'homme [6] ou CD34 chez la souris [7] et chez l'homme [8]. Les deux lignages sont absents chez les embryons dans lesquels le gène codant Flk-1, le récepteur 2 du VEGF, a été inactivé [9], et fortement réduits dans le sac vitellin après recombinaison homologue du gène du TGFb1 [10]. On sait par ailleurs que la surexpression de scl/tal1 chez l'embryon de poisson mène à une production accrue de cellules hématopoïétiques et vasculaires [11]. Toutes ces observations suggèrent, mais ne prouvent pas, l'origine embryonnaire commune des compartiments hématopoïétique et endothélial. Une démonstration plus directe de l'existence de cellules souches angio-hématogènes a été faite dans le modèle des cellules souches embryonnaires de souris (cellules ES), qui sont des cellules multipotentielles du blastocyste immortalisées en culture. Ainsi les corps embryonnaires, qui représentent la descendance immédiate des cellules ES, incluent-ils des cellules donnant naissance à la fois, à l'échelon unicellulaire, aux cellules de l'hématopoïèse primitive et définitive [12] et à des cellules de type endothélial [13]. De tels hémangioblastes produits à partir de cellules ES répondent au VEGF et expriment son récepteur Flk-1 [14]. Eichman et al. [15] ont effectivement trié au moment de la gastrulation de l'embryon d'oiseau une population de cellules mésodermiques Flk-1+ donnant naissance à une descendance de cellules hématopoïétiques ou endothéliales selon les conditions de culture utilisées.

    Les souches communes des lignées vasculaire et sanguine seraient donc, comme attendu, des cellules mésodermiques très primitives. Pour certains auteurs cependant ces hémangioblastes embryonnaires seraient, au moins pour certains d'entre eux, déjà engagés dans le lignage endothélial dont ils exprimeraient le marqueur VE-cadherine [16]. Hamaguchi et ses collaborateurs [17] ont eux montré que les cellules exprimant le récepteur Tie-2 triées de la région de l'aorte embryonnaire peuvent se différencier, en culture clonale, en cellules endothéliales et hématopoïétiques. On est ainsi revenu à la notion d'endothélium hématogène, énoncée dès le début du 20ème siècle [3] (Sabin, en 1920, désignait d'ailleurs par le terme d'angioblastes, et non d'hémangioblastes, ces cellules souches angio-hématopoïétiques), selon laquelle certaines cellules endothéliales embryonnaires peuvent se diviser et redonner naissance à des cellules hématopoïétiques. Dans un modèle de différenciation endothéliale des cellules ES de souris, l'expression de l'intégrine a4 marquerait la transition d'une population de cellules endothéliales Flk-1+ vers une descendance de cellules sanguines [18]. Lorsque l'on injecte la molécule AcLDL (acetylated low-density lipoprotein) dans la circulation de l'embryon d'oiseau afin d'en marquer toute la surface interne des vaisseaux sanguins on voit ensuite se développer une population de cellules hématopoïétiques AcLDL+, ce qui suggère le pouvoir hématogène de l'endothélium vasculaire embryonnaire [19]. Des conclusions en partie distinctes ont été tirées de l'étude récente de la région AGM (Aorte-Gonades-Mesonephros) humaine [8] dans laquelle les cellules souches de l'hématopoïèse définitive émergeraient d'abord à partir d'une population de cellules CD34- Flk-1+ distincte du compartiment endothélial [20 et résultats non publiés]. L'existence d'un progéniteur endothélial intermédiaire demeure néanmoins, dans ce cas également, possible.

    Alors que la recherche d'hémangioblastes a été jusqu'à présent restreinte aux stades les plus précoces de l'ontogenèse on doit relever la description récente d'une sous-population de cellules hématopoïétiques humaines CD34+ exprimant également le récepteur Flk-1. Ces cellules Flk-1+, qui représentent moins de 0,5 % des cellules CD34+, sont rencontrées dans le sang de cordon ombilical mais aussi dans la moelle osseuse et le sang de l'adulte [21]. Considérablement enrichies en cellules hématopoïétiques très primitives (LTC-IC, SRC), ces cellules pourraient représenter une population d'hémangioblastes persistant chez l'adulte.

    Il a donc fallu attendre plus de 70 ans pour que la notion intuitive de cellule souche angio-hématopoïétique déduite des observations des embryologistes du début du 20ème siècle commence à être étayée expérimentalement. Les démonstrations récentes sont néanmoins fondées sur l'utilisation du modèle quelque peu artificiel des cellules ES et il demeure à établir de façon non équivoque que de telles cellules souches émergent au cours du développement normal, et éventuellement persistent jusqu'à la vie adulte.

2. Filiations cellulaires réciproques inédites entre moelle osseuse et autres tissus d'origine mésodermique

    Les travaux pionniers de Friedenstein, à partir des années 1970, ont été largement repris et confirmés au cours de la dernière décennie et il est maintenant admis que des cellules indifférenciées appartenant au stroma de la moelle osseuse hématopoïétique sont capables in vitro de former différents compartiments cellulaires mésodermiques : ostéoblastes, chondrocytes, adipocytes, y compris ceux que l'on ne rencontre pas normalement dans la moelle tels que myoblastes et myotubes [22]. Ainsi est née la notion de "cellule souche mésenchymateuse" persistant chez l'adulte et greffable par voie intraveineuse dans différents tissus [23]. L'injection dans la circulation de moelle osseuse totale mène même à la régénération des fibres musculaires striées lésées expérimentalement par un traitement chimique [24]. Curieusement, cette régénération est observée aussi bien après injection des cellules médullaires adhérentes que de la fraction non adhérente des cellules hématopoïétiques, dans laquelle la présence de cellules "mésenchymateuses" n'est pas attendue [24]. Effectivement, l'injection intraveineuse de cellules souches hématopoïétiques médullaires Sca-1+, c-kit+, CD43+, CD45+, Lin-, CD34- chez la souris mdx mène à une régénération musculaire partielle, par des myotubes exprimant la dystrophine, même si cet effet n'est observé qu'après au moins 8 semaines et injection d'une quantité élevée de cellules souches [25].

    Inversement, des cellules mononucléées totales de muscle strié injectées chez la souris irradiée létalement y reconstituent l'hématopoïèse de 10 à 14 fois plus efficacement que ne le fait la moelle osseuse, en termes de quantité de cellules sanguines produites [26]. Les cellules musculaires responsables de cette reconstitution de l'hématopoïèse ne sont pas connues mais pourraient appartenir à une population de cellules Sca-1+, c-kit+, affichant une rétention limitée du colorant vital Hoechst 33342 mais n'exprimant pas CD45 [26].

    On peut donc interpréter tous ces résultats dans le sens de l'existence et de la persistance chez l'animal adulte d'une population de cellules souches très primitives de différents compartiments d'origine mésodermique, incluant le lignage hématopoïétique. Le rôle physiologique normal qu'auraient de tels progéniteurs par rapport aux cellules souches spécifiques des différents tissus demeure à établir. On peut se rappeler qu'en 1992, Huang et Terstappen [27] avaient décrit le développement simultané, à partir d'un progéniteur isolé de la moelle osseuse fœtale humaine de 15 semaines (stade auquel celle-ci est déjà largement différenciée), de cellules hématopoïétiques et de cellules stromales adhérentes. Ces résultats n'avaient pu alors être reproduits mais en 1995 Ralf Huss et ses collaborateurs [28] ont observé la production de progéniteurs hématopoïétiques in vitro par une lignée de cellules stromales médullaires de chien, bien que ces résultats eux-même n'aient pas été confirmés.

    La distribution anatomique naturelle dans les tissus du fœtus et de l'adulte de telles cellules souches mésodermiques ancestrales demeure à établir. Des résultats expérimentaux récents suggèrent néanmoins que la paroi de certains vaisseaux pourrait héberger de tels progéniteurs. H. Fleming (Portland, OR) a rapporté au congrès 1999 de l'ISEH que la transplantation, sous la capsule rénale d'une souris hôte irradiée létalement, de gros vaisseaux cardiaques disséqués d'un animal donneur mène à une reconstitution hématopoïétique [29]. Les vaisseaux greffés avaient été soigneusement débarrassés de toute cellule sanguine circulante ; en revanche l'analyse histologique des greffons développés a suggéré la prolifération de cellules hématopoïétiques à partir de la paroi vasculaire, rappelant les agrégats de cellules souches observés dans l'aorte embryonnaire [8]. Dans l'adventice des sinusoïdes de la moelle osseuse, les péricytes, qui expriment l'actine du muscle lisse, représentent des progéniteurs des cellules stromales de l'hématopoïèse [30]. Les propriétés ostéochondrogéniques des péricytes des vaisseaux de la rétine de bœuf sont, par ailleurs, connues [31]. Dès 1961, J. Trueta avait émis l'hypothèse d'une filiation, au cours de l'ostéogenèse, entre cellules endothéliales vasculaires et, respectivement, ostéoblastes et ostéoclastes pour le développement et la résorption osseux [32]. On a aussi récemment suggéré que la paroi de l'aorte dorsale embryonnaire, qui montre in vitro un potentiel myogénique [33], pouvait participer à la formation des cellules satellites du muscle. La paroi vasculaire pourrait donc constituer un réservoir de cellules souches mésodermiques multipotentielles qui seraient distribuées dans les tissus au cours de leur développement, de leur renouvellement et de leur réparation [34 et G. Cossu, communication personnelle].

3. De l'épithélium hépatique dérivé du mésoderme, et des cellules hématopoïétiques d'origine ectodermique ?

    Les régénérations cellulaires croisées observées entre muscle et moelle, et la présence dans cette dernière de cellules souches osseuses, cartilagineuses ou vasculaires sont certes intrigantes mais demeurent "acceptables" pour l'embryologiste puisqu'elles restent confinées à la descendance du feuillet embryonnaire mésodermique. Plus hérétique peut apparaître la conclusion d'une étude dans laquelle une injection de moelle osseuse a contribué à la régénération des hépatocytes et des canaux biliaires préalablement lésés par le tétrachlorure de carbone [35). Ces compartiments cellulaires sont en effet purement épithéliaux et leur origine embryonnaire dans un diverticule de l'endoderme duodénal est bien connue ; or l'on ne connaît aucune contribution de l'endoderme à l'histogenèse de la moelle osseuse. Les données les plus récentes suggèrent pourtant que ces observations reflètent effectivement une transition méso-endodermique. E. Lagasse (StemCells Inc.) vient en effet de rapporter au congrès annuel de la Society for Experimental Biology, tenu au mois d'avril à San Diego, la régénération d'hépatocytes fonctionnels à partir non plus de moelle osseuse totale mais de seulement une cinquantaine de cellules souches hématopoïétiques très primitives triées à partir de la moelle. Ces cellules souches que l'on croyait vouées de façon irrémédiable à la production de cellules sanguines peuvent-elles donc adopter un programme de différenciation radicalement différent, ou incluent-elles des éléments beaucoup plus primitifs, situés bien en deçà de l'origine de l'hématopoïèse ? Egalement étonnante est la description d'une contribution à l'hématopoïèse de cellules souches neurales injectées dans la circulation de souris irradiées. Ces cellules souches neurales cultivées à partir du cerveau embryonnaire antérieur ou de son dérivé chez l'adulte, et qui donnent naissance in vitro à une triple descendance de neurones, d'astrocytes et d'oligodendrocytes auraient produit chez le receveur des progéniteurs clonogéniques macrophagiques et granulo-macrophagiques et des cellules lymphoïdes différenciées [36]. On sait qu'une transition entre ectoderme et tissus "mésodermiques" a lieu aux stades précoces de l'embryogenèse, puisque la crête neurale céphalique donne naissance notamment à l'ossature de la face [37]. La réorientation vers l'hématopoïèse de cellules neurectodermiques chez l'adulte est, en revanche, une observation très troublante.

    Pourtant d'autres exemples existent, dans l'autre direction, de relations ontogénétiques entre cellules des systèmes sanguin et nerveux. La moelle osseuse de souris adultes traitées par le 5-FU, injectée dans des souris hôtes conditionnées par irradiation à 4,5 Gy, y a comme attendu donné naissance à une population de cellules microgliales, qui appartiennent à la lignée monocytaire, mais aussi, de façon surprenante, à une descendance de cellules exprimant le marqueur astroglial GFAP (glial fibrillary acidic protein), représentant de 0,5 à  2 % des cellules dérivées du donneur [38]. Une génération d'astrocytes GFAP+ a aussi été observée après injection intracérébrale stéréotaxique chez la souris de cellules stromales de moelle osseuse sélectionnées par adhérence au plastique [39].

Conclusions

    C'est autour du système hématopoïétique, dont la manipulation expérimentale in vivo est particulièrement bien maîtrisée, que l'on révèle actuellement des capacités de régénération intertissulaires qui n'avaient pas été suspectées précédemment. Une communauté d'origine comme celle qui rassemble vraisemblablement cellules sanguines et endothéliales en un seul lignage embryonnaire avait été suggérée depuis longtemps et est en passe d'être démontrée expérimentalement. En revanche l'existence de progéniteurs mésodermiques divers au sein du stroma de la moelle osseuse et, même, parmi les cellules souches hématopoïétiques qui y résident demeure une donnée très originale et intéressante, qui peut susciter des espoirs dans le domaine des thérapies génique et cellulaire [40]. Simultanément se déroulent d'actives recherches sur les cellules souches plus "classiquement" spécialisées dans le développement et la réparation des différents tissus de l'organisme, par exemple les épithélia [41] et le système nerveux [42]. On envisage par ailleurs de contrôler l'émergence de différents lignages cellulaires à partir de cellules ES humaines et d'ouvrir ainsi des perspectives de "clonage thérapeutique" [43]. Nombreux sont donc les scénarios actuellement envisagés de thérapie utilisant des cellules progénitrices. Néanmoins, l'hypothèse de l'existence chez l'adulte de filiations cellulaires entre des tissus d'origines embryonnaires distinctes, ecto-, endo- ou mésodermique, a rencontré un scepticisme attendu, notamment de la part des biologistes du développement. La production de cellules hématopoïétiques à partir de cellules souches neurales n'a pu être encore obtenue par les différents laboratoires qui tentent de reproduire ces expériences. Il n'est pas clairement démontré que les cellules utilisées originellement par Bjornson et al. provenaient d'un progéniteur neural unique, et non de deux cellules distinctes mais physiquement étroitement associées. Pourtant, on vient juste de suggérer un potentiel encore beaucoup plus vaste de cellules souches neurales isolées du cerveau de souris adulte. Injectées dans la cavité amniotique d'embryons de poulet ou agrégées dans des morulas de souris ces cellules ont en effet contribué au développement de multiples tissus d'origine ectodermique mais aussi mésodermique (rein, cœur, muscle) et endodermique (épithélium respiratoire et digestif, foie) [44].

    La plupart des auteurs qui défendent l'existence, même chez l'adulte, de cellules souches à très vaste potentiel de différenciation au sein du compartiment mésodermique, ou même hors de ses limites, évoquent généralement une grande plasticité de certaines cellules matures et de leurs progéniteurs immédiats, qui pourraient dans certaines conditions se dédifférencier et se transdifférencier. Une autre possibilité est que de rares cellules souches embryonnaires totipotentielles persistent dans les tissus jusqu'aux stades adultes. L'existence de tels éléments, vierges de tout engagement dans l'un ou dans l'autre lignage cellulaire, pourrait expliquer l'ensemble des observations que nous venons de résumer. On peut néanmoins s'étonner qu'un tel potentiel n'ait pas été perçu précédemment. Il est en effet important de rappeler ici que, pour spectaculaires et passionnantes que soient ces observations récentes, le rôle que pourraient avoir de telles cellules souches originelles dans la maintenance de l'organisme développé normal demeure totalement obscur. En effet, ces potentialités précédemment inimaginables ont été révélées dans des conditions expérimentales extrêmes où l'organisme était soumis à des conditionnements particulièrement draconiens, ou encore dans des montages expérimentaux entièrement artificiels (chimères d'agrégation).

    Les cellules à l'origine de ces restaurations tissulaires insoupçonnées ne devraient pas résister longtemps aux techniques d'analyse et de tri mises actuellement en jeu pour les identifier. On devrait alors déterminer si de telles capacités de régénération ont pour origine le maintien chez l'adulte de cellules souches ancestrales, ou la surprenante plasticité de cellules plus différenciées.  

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