Les cellules souches adultes et leurs potentialités d'utilisation en recherche et en thérapeutique

comparaison avec les cellules souches embryonnaires

Rapport établi à la demande de Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la Recherche, par le groupe de travail présidé par François Gros, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences.

mars 2001

Site de référence  : http://www.recherche.gouv.fr/rapport/cellules/cellsouches.rtf 

 

PLAN

Composition du groupe de travail

Considérations générales et recommandations

I - Définitions 

a) Cellules souches adultes

b) Cellules souches foetales 

c) Cellules embryonnaires ES pluripotentes 

d) Cellules précurseurs 

II - Intérêt thérapeutique des cellules souches adultes

a) Etat actuel des possibilités de réparation d'organes ou de tissus pathologiques par transplantation ou greffes

    1) Tissus dont le remplacement peut être assuré par l'utilisation de cellules souches adultes en thérapeutique: 
    2) Organes actuellement réparés par transplantation d'un organe sain. 
    3) Organes/tissus ne bénéficiant pas d'une transplantation d'organe ou d'une greffe de cellules souches. 

b) Cellules souches adultes : état des travaux actuels - nouvelles données expérimentales et perspectives

    1) Organes ou tissus dans lesquels on a identifié des cellules souches
    2) Nouvelles données expérimentales sur les cellules souches adultes
    3) Conditions d'utilisation des cellules souches adultes en thérapeutique humaine 


III - Utilisation de cellules souches embryonnaires 

a) Qu'apporte l'utilisation de cellules embryonnaires ? 

b) Pourquoi le développement de travaux fondamentaux sur les cellules embryonnaires humaines s'avère-t-il urgent ? 


IV - Bibilographie

V - Conclusions

VI - Recommandations



Questionnaire

Contributions individuelles

 

                                                                            *

                                      *              *

 

Composition du groupe de travail

Monsieur Yann BARRANDON - Directeur de Recherche - Département de différenciation épithéliale - Ecole Normale Supérieure

Madame Fabienne BONFILS - Chargée de Mission - Académie des sciences

Madame Colette BREZIN - Chargée de Mission - Académie des sciences

Madame Gillian BUTLER-BROWNE - Directeur de Recherche à l'INSERM - UMR 7000 du CNRS - Cytosquelette et Développement - Hôpital de la Pitié Salpétrière

Madame Marina CAVAZZANA-CALVO - Praticien hospitalier - Directeur du laboratoire de thérapeutique cellulaire et génique - INSERM U. 429 -  Hôpital Necker - Enfants malades

Monsieur Pierre CHARBORD - Directeur de Recherche INSERM - Unité 506 " Ontogénèse de l'hématopoïèse " - Hôpital Paul Brousse

Madame Laure COULOMBEL - Directeur de Recherche - INSERM INSERM - U.474 Hôpital Port Royal

Monsieur René FRYDMAN Professeur Conseiller du Ministre de la Recherche

Monsieur François GROS - Secrétaire perpétuel - Académie des sciences

Monsieur Louis-Marie HOUDEBINE - Laboratoire de biologie cellulaire et moléculaire - INRA

Monsieur Didier MONTARRAS - Chef de Laboratoire - Développement cellulaire - Institut Pasteur

Monsieur Vincent MOULY - Chargé de Recherche au CNRS - UMR 7000 du CNRS -Cytosquelette et Développement - Hôpital de la Pitié Salpétrière

Monsieur Bruno PEAULT Directeur de l'Unité INSERM 506 - Unité "Ontogenèse des cellules sanguines" - Hôpital Paul Brousse

Monsieur Marc PESCHANSKI - Directeur de l'Unité INSERM U.421 - Faculté de Médecine Créteil

Monsieur Christian PINSET - Directeur de Recherche CNRS - Développement cellulaire - Institut Pasteur

Monsieur Alain POMPIDOU - Professeur - Service d'Histologie - Faculté de Médecine Cochin

Monsieur Jean-Paul RENARD - Directeur de Recherche INRA - Laboratoire de biologie cellulaire et moléculaire - INRA

Monsieur Jean ROSA - Professeur - Membre de l'Académie des sciences

Monsieur Marc TARDIEU - Professeur de Pédiatrie - Chargé de Mission - Direction de la Recherche - Département Biologie, Médecine, Santé - Ministère de la Recherche

Madame Anne WEBER - Directeur de Recherche - INSERM E.M.I. 00-20 - Hôpital Béclère - Secrétariat : Nathalie ZAJDMAN

                                               *

                                      *              *

 

Considérations générales et recommandations

    De nombreux débats ont eu lieu récemment aux Etats-Unis, et en Europe (en Angleterre et en Allemagne) concernant la justification d'une recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines, et sur leur utilité thérapeutique pour réparer certains tissus lésés. Le problème s'est amplifié à la suite de l'identification, dans certains tissus animaux adultes, de cellules souches capables d'assurer la régénération de plusieurs organes (phénomène dit de plasticité régénérative). Ces résultats spectaculaires ont conduit à s'interroger sur l'utilité d'une recherche sur les cellules souches embryonnaires, l'argument avancé étant que pourraient exister, chez l'adulte, des cellules capables d'effectuer le même travail. Ce débat a trouvé un écho en France, et le Ministre de la Recherche, Roger-Gérard Schwartzenberg, a sollicité l'avis de l'Académie des Sciences à ce sujet. Ce texte résume les conclusions de discussions réunissant des scientifiques de disciplines diverses (voir composition du groupe de travail et chapitre IV) concernés par ce problème.

I- Définitions

    Le terme de " cellule souche " est utilisé pour désigner une cellule qui, lorsqu'elle est placée dans un environnement tissulaire approprié, est capable de se multiplier (capacité de prolifération) et de produire des cellules spécialisées, qui acquièrent une morphologie et une fonction spécifiques du tissu. Ce processus dit de différenciation, est (classiquement) irrréversible. Une cellule souche n'exprime, quant à elle, aucune spécialisation, on la dit " indifférenciée ". Les cellules souches embryonnaires se distinguent des cellules souches adultes par une propriété essentielle : elles ont la possibilité de conduire à la formation de tous les tissus de l'organisme, y compris à celle de la lignée germinale. Les cellules souches adultes sont, pour leur part, déjà engagées dans un programme tissulaire spécifique, ce qui explique leur hétérogénéité et même si certaines d'entre elles peuvent conduire à la formation ou à la régénération de tissus distincts (multipotence), elles ne sont pas comme leurs homologues embryonnaires, totipotentes.

    Il existe 3 types de cellules souches  : les cellules souches des tissus adultes, les cellules souches foetales, (parmi lesquelles on peut distinguer des cellules souches somatiques et des cellules germinales dites EG pour Embryonic Germ cells), les cellules souches embryonnaires totipotentes, dites ES, pour Embryonic Stem cells . A côté de ces trois types de cellules souches, il convient de prendre également en considération les cellules dites " précurseurs ".

 a) Cellules souches adultes

    Il nous apparaît que la meilleure façon de définir une cellule souche est sa fonction : une cellule souche tissulaire (dite somatique pour la distinguer des cellules souches germinales) assure l'homéostasie, c'est-à-dire le maintien physiologique d'un organe ou d'un tissu , en remplaçant les cellules mortes, que ce soit naturellement ou après une lésion, assurant ainsi la pérennité de la fonction de l'organe pendant la vie de l'individu. Elle remplit cette fonction, d'une part en se multipliant à l'identique (ce qui évite le tarissement du réservoir de cellules souches), d'autre part en se différenciant, acquérant ainsi les caractéristiques du tissu à réparer. 

    Localisation : Des cellules souches répondant à cette définition et capables de " réparer " les tissus suivants ont été identifiées avec certitude chez l'homme : cellules souches nerveuses [1], hématopoïétiques [2], épidermiques [3], intestinales [4], osseuses [5], pancréatiques, hépato-biliaires, musculaires lisses, musculaires squelettiques [6]. Les cellules souches de trois tissus (sang, peau, intestin) fonctionnent en permanence, pendant la vie, pour renouveler régulièrement l'ensemble des cellules. Hormis celles de l'intestin, les deux autres sont déjà utilisées avec succès en thérapeutique. Quant à celles des autres tissus, elles ne sont activées que lorsque la nécessité d'une réparation se fait sentir.

    Caractéristiques [7] : Les très nombreux travaux expérimentaux réalisés in vitro, ou après transplantation chez l'animal, permettent d'attribuer aux cellules souches adultes les caractéristiques suivantes qui les distinguent des cellules ES :

1 - elles ne sont pas considérées comme " pluripotentes " et sont généralement " programmées " pour un tissu donné ;

2 - elles ne se multiplient pas à l'infini à l'état indifférencié ;

3 - elles sont très hétérogènes, compte tenu de la diversité des tissus de l'organisme auxquels elles appartiennent.

    Certaines sont " multipotentes " : elles peuvent produire des cellules de morphologie et de fonction très différentes, généralement groupées au sein d'un même organe ou tissu. C'est le cas des cellules souches hématopoïétiques, qui produisent toutes les cellules sanguines : globules rouges, blancs et lymphocytes et certaines structures vasculaires. C'est aussi le cas des cellules souches nerveuses, qui produisent les neurones, mais aussi les cellules accessoires du système nerveux (astrocytes, oligodendrocytes). D'autres sont au contraire " unipotentes ". Elles ne produisent qu'un seul type de cellules : il en est ainsi, les cellules de l'épiderme qui ne produisent que des kératinocytes. D'autres enfin ont un potentiel intermédiaire : c'est le cas des cellules souches mésenchymateuses, localisées dans la moelle osseuse et qui produisent des cellules osseuses, cartilagineuses, et peut-être musculaires ; ou encore des hépatocytes fœtaux, qui produisent des hépatocytes et des cellules biliaires [8].

    Capacités de mise en culture et de prolifération : certaines cellules souches adultes se multiplient très efficacement en culture, en conservant intact leur " potentiel " : les cellules souches nerveuses, épidermiques, ou mésenchymateuses, appartiennent à cette catégorie. D'autres n'ont pas ce pouvoir, soit parce qu'elles perdent leur potentiel en se divisant (cellules souches hématopoïétiques), soit qu'elles prolifèrent très peu in vitro (cellules souches musculaires). Ce comportement in vitro n'est pas prédictif de leur potentiel prolifératif in vivo mais est essentiel pour leur manipulation dans un but thérapeutique.

b) Cellules souches fœtales

    Elles sont issues de tissus fœtaux à un stade beaucoup plus tardif (5-9 semaines) que le stade de blastocyste embryonnaire et sont isolées à partir de fœtus résultant d'avortements. On distinguera ici deux classes :

Cellules somatiques fœtales :

Comme les tissus adultes, les tissus fœtaux contiennent des cellules souches : deux de ces tissus sont particulièrement importants dans une perspective thérapeutique : (i) les cellules souches des zones germinatives du système nerveux central [9], dans le traitement de certaines pathologies neurodégénératives (maladie de Parkinson ou de Huntington) [10]. En effet, l'allogreffe de neurones fœtaux a prouvé son efficacité, tandis que, dans ce cas, l'utilisation de cellules souches nerveuses adultes, (pour autant qu'elles existent), est totalement exclue. (ii) les hépatocytes fœtaux qui font l'objet d'une recherche active en vue de transplantation [11].

Cellules germinales (EG) :

Elles sont issues de l'ébauche du tissu germinal de fœtus. Elles sont "pluripotentes " comme les cellules ES et ont la même capacité de prolifération que ces dernières. Leur génome est toutefois moins stable que celui des ES, ce qui les rend, pour l'instant,  inutilisables dans une perspective thérapeutique, alors qu'elles ouvrent d'importantes perspectives en recherche fondamentale [12].

c) Cellules embryonnaires ES pluripotentes

    Elles sont issues de la masse interne du " blastocyste ", une structure de 16-40 cellules  issues des divisions de l'ovocyte fécondé. Le feuillet externe du blastocyste donnera le placenta. S'il est implanté dans l'utérus, le blastocyste entier peut se développer en un fœtus viable. Au stade de blastocyste (5ème jour de développement), chacune des cellules de la masse interne du blastocyste (ES) est pluripotente, voire totipotente puisqu'elle peut produire tous les feuillets embryonnaires (mésoderme, endoderme, ectoderme) et les tissus qui en dérivent, ainsi que les cellules germinales. Une fois le blastocyste dissocié, les cellules ES qui en sont extraites ont perdu toute possibilité de se développer ultérieurement en un embryon ; cependant, elles peuvent être cultivées au laboratoire à l'infini tout en conservant leur caractère de " pluripotence " et en gardant un génome intact. Il est donc possible d'obtenir des millions de cellules ES pluripotentes à partir d'un petit nombre de cellules embryonnaires de blastocyste. Placées dans des conditions de culture précises, ces cellules ont également la capacité de se différencier en des cellules spécialisées correspondant à tous les tissus de l'organisme (coeur, sang, neurones,.....), les cellules ES pouvant reformer un embryon mais à la stricte condition qu'elles soient réintroduites dans un blastocyste appelé hôte. En aucun cas, elles ne sont capables de générer, à elles seules, un embryon viable.

d) Cellules précurseurs

    Quoiqu'on ne puisse pas réellement les placer sur le même plan que les trois types précédents, une mention doit être faite de ce que l'on appelle les cellules " précurseurs ". Elles sont issues des divisions des cellules souches mais ont déjà acquis, lors de leur développement, un certain degré de spécialisation et sont physiologiquement fonctionnelles.  Bien qu'ayant perdu les caractéristiques des cellules souches proprement dites (elles ne sont plus multipotentes, se divisent moins longtemps et moins efficacement)  elles peuvent néanmoins être obtenues en grand nombre à partir des cellules souches. Dans certains cas, elles pourraient être utilisées en thérapeutique pour pallier un déficit transitoire d'un organe ou d'un tissu.  A cette catégorie appartiennent : les cellules musculaires (dites satellites), les hépatocytes fœtaux, les précurseurs hématopoïétiques, les cellules des îlots pancréatiques (diabète), certains neurones...

II- Intérêt thérapeutique des cellules souches souches

    Notre comité a été chargé de s'exprimer sur les bénéfices thérapeutiques comparatifs que l'on peut attendre de l'utilisation des cellules souches adultes et des cellules souches embryonnaires.

a) Etat actuel des possibilités de réparation d'organes ou de tissus pathologiques, par transplantation ou greffes

    Actuellement, deux possibilités existent pour réparer un organe ou un tissu lésé : soit on le remplace en totalité (transplantation d'organe), soit on y implante des cellules capables de pallier, partiellement ou totalement, le dysfonctionnement. Le choix dépend du type d'organe, de sa complexité, de sa capacité de réparation spontanée (à partir de ses propres cellules souches), de l'étendue et de la nature des lésions. Schématiquement, on distingue plusieurs possibilités : 

    1) Tissus dont le remplacement peut être assuré par l'utilisation de cellules souches adultes en thérapeutique :

    Cellules sanguines : Le receveur malade reçoit, à partir d'un donneur sain, la moelle osseuse   contenant les cellules souches hématopoïétiques qui vont produire, chez le receveur, des cellules sanguines normales pendant la vie de l'individu transplanté [13].

    Peau : le patient malade est greffé avec une " peau artificielle " obtenue par la multiplication en culture de cellules souches épidermiques prélevées sur une portion de peau saine du malade. Il y a dans ces conditions réparation de l'épiderme et du derme superficiel [14].

    Os : Dans les grands dégâts osseux, la réparation osseuse est accélérée par l'implantation de matériaux artificiels et de cellules souches mésenchymateuses, isolées à partir de la moelle osseuse du patient, cellules capables de produire des cellules osseuses (ostéoblastes) [15].

    Cerveau : Dans certaines maladies dégénératives (Maladies de Parkinson ou de Huntington) il est actuellement possible d'implanter dans le cerveau malade des neurones fœtaux et d'améliorer la symptomatologie des malades [16-18].

    Pancréas : Pour ce dernier organe aussi, il existe de rares exemples de greffes de pancréas ou de cellules sécrétrices d'insuline dans des diabètes instables [19], mais la généralisation de ce type de greffe n'est pas envisageable actuellement [20].

    2) Organes actuellement réparés par transplantation d'un organe sain : 

    Foie , rein, ou cœur : ces organes au fonctionnement très complexe sont actuellement réparés par la transplantation au receveur malade de tout ou partie d'un organe déjà fonctionnel prélevé chez un donneur sain, vivant (cas du rein) ou décédé. Une telle transplantation obéit à des contraintes strictes et comporte des risques qui en limitent l'application à un nombre très restreint de malades. Le petit nombre de donneurs est un obstacle important au développement de ces greffes et l'obligation de traitements immunosuppresseurs est à considérer.

    3) Organes/tissus ne bénéficiant pas d'une transplantation d'organe ou d'une greffe de cellules souches : 

    Plusieurs organes sont dans ce cas : muscle, cerveau, intestin (sauf à de très rares exceptions), pancréas.

    Les limitations des greffes d'organes évoquées ci-dessus justifient la recherche d'autres sources de cellules " réparatrices ". Les données scientifiques suggèrent que cet objectif n'est pas irréaliste, mais une longue étape de recherche fondamentale doit en établir, chez l'homme, la faisabilité. Ces travaux doivent être entrepris de façon urgente, compte tenu de l'impact majeur qu'une utilisation de cellules souches thérapeutiques ou de cellules " précurseurs " pourrait avoir dans le domaine médical. Le succès de stratégies thérapeutiques utilisant des cellules souches hématopoïétiques (greffe de moelle osseuse), des cellules nerveuses fœtales (pathologies neurodégénératives), des cellules mésenchymateuses (pathologies osseuses : essais cliniques en cours), ou des cellules souches épidermiques (grands brûlés), sont autant d'arguments plaidant en faveur d'une telle hypothèse. Certaines prédictions suggèrent que 30 à 50% de la population pourrait, dans le futur, bénéficier du développement de ces thérapeutiques. 

b) Cellules souches adultes  : état des travaux actuels - nouvelles données expérimentales et perspectives

    1) Organes ou tissus dans lesquels on a identifié des cellules souches : 

    Par analogie avec la classification utilisée ci-dessus, il faut distinguer deux catégories de tissus : ceux qui sont renouvelés en permanence par des cellules souches, et ceux qui contiennent des cellules souches " de réserve ", qui ne sont pas actives spontanément [21].

- Comme nous l'avons déjà souligné, les cellules de trois organes se renouvellent en permanence pendant la vie : le tissu sanguin, l'épiderme, l'intestin (et dans une moindre mesure : l'os et l'épithélium respiratoire). Ce renouvellement est la preuve physiologique de l'existence de cellules souches actives. Ces cellules souches sont, à l'exception de celles de l'intestin, déjà utilisées en thérapeutique.

- Nombre d'organes ou de tissus adultes contiennent probablement des cellules souches, mais celles-ci sont peu ou pas actives et incapables de réparer efficacement (du moins dans l'état actuel des recherches) une lésion ou un dysfonctionnement de l'organe. C'est ainsi que l'on a décrit des cellules souches adultes dans le foie, le cerveau, le pancréas, la rétine, l'épithélium respiratoire [22], certains vaisseaux [23]. Le foie est un cas particulier car il contient deux types de cellules réparatrices [8] capables de combler une perte tissulaire partielle voir 3.

    Or, jusqu'à maintenant, plusieurs obstacles s'opposaient en effet à l'utilisation expérimentale et thérapeutique des cellules souches adultes :

. Les cellules souches de ces organes sont enfouies dans le tissu, et donc très difficiles d'accès (foie, cerveau, muscle, intestin, pancréas...),

· Elles existent en nombre infime et l'absence de marqueurs spécifiques connus ne permet pas de les purifier,

· On ne connaît pas les conditions permettant de les faire se multiplier in vitro (exception faite des cellules souches nerveuses),

· On ne dispose pas de modèles mimant la situation observée chez l'homme pour évaluer leur fonction,

· Dans les maladies avec anomalies génétiques, celles-ci se perpétueraient au cours des divisions si les greffes sont de type autologue,

· Des anomalies de structures de l'ADN (à la suite d'expositions à la lumière, aux toxiques entraînant des erreurs de réplication) seraient maintenues.

    2) Nouvelles données expérimentales sur les cellules souches adultes

    Plusieurs observations remarquables issues de la recherche fondamentale ont modifié notre approche expérimentale du problème des cellules souches adultes au cours de ces deux dernières années. Elles auront certainement un grand retentissement en thérapeutique, car elles apportent une réponse possible aux difficultés énoncées ci-dessus. Il convient cependant d'être prudent car toutes ces données proviennent de travaux réalisés chez l'animal, et peu d'entre eux ont été reproduits chez l'homme.

    Les observations récentes dont il est fait état ci-après indiquent que des tissus d'accès facile pourraient être en fait des réservoirs de cellules souches réparatrices de plusieurs tissus d'utilisation physiologique aisée. Le résultat le plus spectaculaire concerne la moelle osseuse : elle contient non seulement des cellules souches du tissu sanguin (hématopoïétiques), et du tissu osseux et cartilagineux [24-25] mais aussi des cellules souches qui, implantées dans un muscle squelettique, produiront des cellules musculaires [26-27], des cellules souches du foie [28], et peut-être des cellules souches capables de produire certaines catégories de cellules nerveuses [29]. La moelle osseuse étant facilement accessible chez tout individu, et à tout âge, cette observation peut suggérer que ce tissu serait une source de cellules réparatrices pour nombre de tissus. La réalité de ce phénomène a été établie chez l'animal (souris) et uniquement dans le cas du muscle et du foie, mais son efficacité demeure encore faible. Deux autres tissus adultes, le muscle et le cerveau, contiennent également plusieurs types de cellules souches : le muscle contient des cellules souches hématopoïétiques [30], et certaines régions du cerveau des cellules souches nerveuses aussi capables de différenciation en cellules musculaires [31] ou en cellules sanguines [32]. Ces derniers résultats ne reposent cependant que sur très peu de données et méritent d'être confirmés.  

    Dans les expériences rapportées ci-dessus, on ignore encore si, dans la moelle osseuse, plusieurs cellules souches distinctes co-existent, ou si une seule cellule souche pourrait se " différencier " pour produire diverses cellules spécialisées. Si tel était le cas, cela signifierait que certaines cellules souches tissulaires ont des propriétés proches de celles de cellules embryonnaires, c'est-à-dire qu'elles sont capables de produire des cellules de plusieurs tissus (phénomène dit de " plasticité ").

    En résumé, les exemples les plus démonstratifs illustrant ces résultats récents sont les suivants :

·La moelle osseuse de souris et de rat adultes contient des cellules capables de réparer le foie [28], le muscle [33], le système nerveux [29,34] et, - ce qui était connu auparavant- le tissu sanguin et l'os [35-36] et peut-être certains vaisseaux,

·Les cellules souches nerveuses adultes de souris peuvent produire non seulement des neurones (homme et souris), mais aussi, lorsqu'elles sont dans les conditions adéquates, des cellules musculaires (homme et souris) [31] et sans doute également  des cellules sanguines (souris) [32],

·Les cellules " mésenchymateuses " présentes dans la moelle osseuse adulte produisent des cellules osseuses et cartilagineuses et peut-être, des cellules nerveuses [5, 29, 34]. Ces données sont validées chez l'homme [25, 37],

·Les cellules issues de muscle adulte de souris produisent des cellules musculaires et aussi des cellules sanguines [30, 38].

    Il n'est donc pas exclu que l'on puisse, à partir d'un prélèvement de moelle osseuse adulte, démontrer qu'il est possible d'améliorer certaines pathologies touchant des organes tels que le foie, le muscle ou certaines maladies neurodégénératives, pour lesquelles les thérapeutes sont actuellement assez démunis. 

    Une telle perspective  présenterait de nombreux avantages :

· La facilité de prélèvement  du tissu (moelle osseuse),

· La possibilité de pouvoir utiliser la moelle osseuse propre au patient comme source de cellules souches réparant le tissu lésé, une situation de greffe autologue particulièrement favorable puisqu'elle éviterait le recours aux donneurs et éliminerait le risque de rejet, ainsi que le recours aux immunosuppresseurs,

· La possibilité de créer des " banques " de cellules souches compatibles, s'il s'avère que les cellules peuvent être amplifiées in vitro au laboratoire,

· Peut-être, à terme, l'espoir de stimuler, directement chez le malade, la migration de ces cellules souches vers le tissu lésé, et d'orienter leur différenciation dans une voie tissulaire spécifique.

    3) Conditions d'utilisation des cellules souches adultes en thérapeutique humaine :

    A l'exception des cellules souches de la peau et du tissu hématopoïétique déjà utilisés avec succès en thérapeutique réparatrice, l'utilisation d'autres cellules souches tissulaires adultes, pour séduisante qu'elle soit compte tenu des données évoquées ci-dessus, est encore purement spéculative et ne repose que sur les résultats décrits dans une dizaine d'articles de recherche fondamentale publiés au cours des années 1999-2000 et chez des modèles animaux [28, 30-32, 39]. La rareté des données actuellement publiées chez l'homme, si elle écarte l'hypothèse d'une utilisation à court-terme (< 5 ans) de cellules souches adultes en thérapeutique, rend indispensable en revanche leur étude sur un plan fondamental qui seule documentera leur potentiel intérêt thérapeutique. 

    De ce qui précède, il nous apparaît que les principaux objectifs à atteindre dans une optique thérapeutique sont de deux ordres :

- Sur un plan fondamental :  il est essentiel

· D'obtenir la preuve que chez l'homme comme chez l'animal, la moelle osseuse, et éventuellement d'autres tissus adultes (dont le muscle) contiennent plusieurs types de cellules souches tissulaires,

· De déterminer le degré de " pluripotence" de cellules souches adultes, musculaires, nerveuses, ou hématopoïétiques: sont-elles capables de s'orienter vers la fabrication de plusieurs tissus, au choix de l'expérimentateur ?

- Dans l'hypothèse d'une application pratique future, il est essentiel de  déterminer les conditions d'obtention d'un nombre de cellules souches adultes (ou de cellules spécialisées obtenues en culture à partir de la différenciation de cellules souches) suffisant et compatible avec la réparation tissulaire in vivo chez le patient. Cela implique les opérations suivantes :

· définir les facteurs nutritifs dont ces cellules ont besoin pour se multiplier, tout en gardant intacte leur capacité de produire des cellules spécialisées réparant le tissu in vivo et caractériser la nature des gènes permettant cette multiplication importante,

· identifier les signaux spécifiques d'un environnement tissulaire donné qui dictent la différenciation des cellules souches pour former ce tissu, et caractériser la nature des gènes  activés lors de cette induction [39],

·évaluer la fonction des cellules ainsi traitées hors de l'organisme, il faut définir des modèles animaux aussi proches que possibles de la physiologie humaine, et y vérifier la réalité de l'utilisation de cellules souches adultes.  

    Plusieurs obstacles compliquent l'étude des cellules souches tissulaires adultes en l'état actuel de nos connaissances : leur rareté, l'absence de marqueurs connus permettant de les purifier, notre ignorance des conditions de leur multiplication et de leur capacité à intégrer et à exprimer des gènes dans une perspective de thérapie génique. C'est dans ce contexte de recherche fondamentale que l'utilisation de cellules embryonnaires revêt toute son importance.

 

III- Utilisation de cellules souches embryonnaires humaines 

a) Qu'apporte l'utilisation de cellules embryonnaires ?

    La " pluripotence " intrinsèque des cellules souches embryonnaires leur confère un avantage unique pour analyser les signaux qui " dictent " à une cellule souche sa spécification, et pour caractériser les gènes qui sont activés en réponse à ces signaux. Cette propriété a été exploitée depuis les années 1980 chez la souris. Chez cette espèce en effet, les cellules souches embryonnaires (ES) sont particulièrement faciles à cultiver. Leur utilisation a permis des progrès considérables dans notre connaissance des gènes clés contrôlant le développement et le fonctionnement des différents tissus et organes [40].

    Parmi les autres avantages des cellules ES murines, citons :

- Leur capacité de prolifération quasi-illimitée au laboratoire (sans qu'elles soient capables pour autant de reformer un embryon viable). Ceci permet l'accumulation d'un nombre très élevé de cellules, et l'isolement de lignées permanentes ayant les mêmes caractéristiques que les cellules primaires. Les travaux de recherche peuvent  être réalisés à partir de ces lignées.

- Les cellules ES conservent un génotype et un caryotype normaux. Malgré leur taux de prolifération, elles n'accumulent pas de mutations.

- Elles sont pures, et donc leur potentiel est identique.

- Elles se prêtent à une grande facilité d'analyse et de modification de leur génome : on peut y insérer ou " déléter " des gènes dont on postule l'importance pour la réalisation d'un programme tissulaire donné, ce qui permet d'analyser (vérifier) les conséquences fonctionnelles de ces perturbations.

- Le déclenchement de leur différenciation peut s'opérer, à la demande, dans tel ou tel tissu, grâce à l'ajout de molécules régulatrices  [41-44].

- Les cellules embryonnaires constituent certainement une source privilégiée de signaux inducteurs puisque c'est au stade embryonnaire que se décide l'organogenèse, c'est-à-dire la mise en place des différents organes /tissus qui constitueront l'organisme adulte. Ces signaux pourraient être (chimiquement) identifiés et " purifiés " à partir de ces cellules ES ou de leur descendance, puis utilisés pour la spécification de cellules souches tissulaires adultes [39].

    Néanmoins, même si le fonctionnement de certains tissus est globalement très similaire chez l'homme et chez la souris, il est cependant difficile d'extrapoler à l'homme les conclusions tirées de l'étude des cellules souches embryonnaires de la souris. En effet, à un échelon de régulation  plus fin, les molécules régulatrices divergent, et d'autres critères,  comme la taille de l'animal, sa durée de vie, rendent souvent le modèle souris inexploitable dans une perspective thérapeutique. 

b) Pourquoi le développement de travaux fondamentaux sur les cellules embryonnaires humaines s'avère-t-il urgent ?

    D'un point de vue expérimental, l'exploration in vitro des cellules ES murines est très aisée [45] mais, comme nous venons de le dire, il est probable que l'avantage ainsi obtenu soit propre à cette espèce. En effet, les rares équipes ayant tenté de cultiver des cellules embryonnaires humaines (ou celles de primates), se sont heurtées à des difficultés [46]. Il ressort de leurs études que les conditions de culture et de différenciation des cellules ES murines ne sont pas transposables directement à l'analyse des cellules ES humaines ou de primates (singe). Un long travail de recherche sera donc nécessaire pour mettre au point les conditions de culture des cellules ES humaines avant qu'on ne puisse réellement en exploiter les propriétés. Quant à leur utilisation en thérapeutique, elle n'est pas d'actualité avant que cette étape de recherche fondamentale n'ait été rigoureusement remplie et que ne soit résolu le problème de la compatibilité immunologique entre les cellules ES et le receveur.

    Nous avons vu précédemment les problèmes que pose l'étude des cellules souches adultes. L'urgence, si l'on ne veut pas prendre un retard considérable dans l'exploitation d'un domaine de recherche qui peut révolutionner l'abord thérapeutique de certaines pathologies, est de disposer d'un modèle expérimental techniquement exploitable permettant un travail de recherche efficace. Or un tel modèle (animal) n'est actuellement pas disponible. Dans cette optique, il est essentiel de pouvoir utiliser les cellules embryonnaires humaines. L'utilisation, en parallèle, de cellules embryonnaires de gros animaux (singe), sans sous-estimer que les travaux sur les primates se heurtent partout dans le monde à des oppositions bien organisées (voir le rapport de l'Académie des sciences sur l'expérimentation animale), peut s'avérer être une approche complémentaire d'une très grande utilité [47-48], d'autant qu'existent chez les primates des modèles de pathologies proches des maladies humaines.

IV - Bibliographie

1. Gage FH. Mammalian neural stem cells. Science 2000; 287:1433-8.

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Bibliographie générale scientifique, éthique et politique

Avis 64 du CCNE

Conseil d'Etat: Les lois de bioethique :cinq ans après

OPECST: Le clonage...

Colloque de Bordeaux 22 23 juin 2000

Académie Nationale de Médecine:cel souches embryonnaires...

Ethical aspects of human stem cells research and uses: Meeting of the European group on Ethics in Science and New Technologies (EGE). 26 juin 2000, Bruxelles.

Déclaration du President de la Commission européenne sur le clonage thérapeutique 04/08/2000

Ethical issues in human stem cell research :National  Bioethics Advisory Commission (E.U)

Stem cell researh and applications.Monitoring the frontiers of biomedical research. AAAS

National Institute of Health Guidelines for research using pluripotent stem cells, August 23 2000.

TherapeuticCloning: A submission by the the Royal society to the Chief Medical Officer's expert group._the Royal Society, Fev 2000

Aspects éthiques de la recherche sur les cellules souches humaines et leur utilisation,.14 nov 2000. 

Avis du groupe européen d'éthique des sciences et des nouvelles technologies auprès de la commission européenne.

CB/20.11.00

V - Conclusions

    La découverte chez l'animal adulte de cellules souches pouvant contribuer, de façon transitoire ou permanente, à la réparation de tissus comme ceux du foie, du muscle, du pancréas et du cerveau est une avancée majeure. Si ces données étaient transposables à l'homme, elles pourraient inaugurer un changement considérable dans notre attitude thérapeutique pour nombre de pathologies face auxquelles nous sommes actuellement démunis compte tenu des limites ou des impossibilités d'une transplantation d'organe. Il n'est donc guère surprenant que des moyens importants aient été mis en oeuvre dans plusieurs pays, afin de déterminer rapidement, dans des programmes de recherche fondamentale, la portée médicale de ces observations, faites en grande partie chez l'animal et dont toutes n'ont pas été confirmées chez l'homme. Cette approche fondamentale, urgente et essentielle, doit être, pensons-nous, financée en priorité.

    D'un point de vue thérapeutique, et exception faite des cellules souches hématopoïétiques de la moelle osseuse et de la peau déjà utilisées avec succès, deux types de pathologies devraient rapidement bénéficier des données fondamentales récentes : les maladies neurodégénératives et les pathologies ostéoarticulaires. La première catégorie bénéficie déjà de la greffe de neurones fœtaux, et les conditions d'obtention de cellules nerveuses spécialisées, à partir de cellules nerveuses fœtales, et à partir de cellules ES murines, sont déjà en partie définies. La seconde catégorie s'impose parce que les cellules mésenchymateuses isolées de la moelle osseuse sont déjà un adjuvant important de certains actes de chirurgie réparatrice osseuse. D'autres sont encore au stade de la recherche, mais pourraient avoir dans l'avenir une importance considérable, par exemple les cellules des îlots pancréatiques dans l'amélioration de certains cas de diabète insulino-dépendant, les cardiomyocytes dans certaines pathologies cardiaques, les cellules musculaires squelettiques pour les dysfonctionnements musculaires ou encore les cellules souches hépatiques.

    Deux axes de recherche devraient selon nous être privilégiés :

1. L'analyse des cellules souches tissulaires humaines. Dans cette approche, les chercheurs vont être confrontés à plusieurs obstacles :  leur rareté, leur accès difficile, les difficultés qui s'attachent à leur purification et à leur culture. Pour accélérer les progrès, deux autres modèles doivent être exploités en parallèle ;

2. 'utilisation des cellules souches adultes et embryonnaires des gros animaux, qui constituent un modèle plus proche de la physiologie humaine que les souris, mais qui présentent l'inconvénient majeur de n'être disponibles que pour un petit nombre d'équipes, en raison de leur coût ;

    En outre, si le contexte législatif le permet, il serait hautement souhaitable d'avoir recours au modèle des cellules souches embryonnaires humaines multipotentes, dont l'on sait à travers les données de la littérature, notamment américaine, que la manipulation est beaucoup plus aisée que celle des cellules souches adultes. L'utilisation de ces cellules est aussi très pertinente sur un plan scientifique : en effet, selon toute vraisemblance, les mécanismes fondamentaux qui contrôlent la programmation et la spécification d'une cellule souche multipotente embryonnaire sont proches de ceux qui contrôlent les cellules souches adultes. Les données acquises à partir de ce modèle de cellules embryonnaires humaines pourraient d'ailleurs s'avérer très utiles par la suite pour l'analyse des cellules souches adultes.  

    L'évolution des travaux fondamentaux de ces dernières années dans le domaine des cellules souches ouvre donc des perspectives extrêmement importantes et on se trouve peut-être au seuil d'une révolution dans la façon de concevoir notre approche thérapeutique de  pathologies fréquentes, lesquelles posent de réels problèmes de santé publique. Ces perspectives doivent être validées par des travaux de recherche fondamentale qui sont en cours et dont l'accélération est prévisible dans les 5 années qui viennent. Les décisions qui seront prises aujourd'hui de faciliter ou non ces études fondamentales détermineront en grande partie non seulement le niveau de compétitivité internationale de notre recherche, mais aussi l'évolution de notre médecine. 

VI - Recommandations

1- Travaux de recherche fondamentale sur les cellules souches adultes humaines

Objectif : établir la faisabilité d'une utilisation thérapeutique de cellules souches tissulaires adultes.

- Caractérisation des différents types de cellules souches somatiques adultes humaines,

- Etude de leur degré de plasticité tissulaire,

- Identification des signaux environnementaux inducteurs,

- Amélioration de leur purification (définition de marqueurs spécifiques), établissement des conditions de leur multiplication in vitro.

- Analyse de leur localisation, et de la possibilité de leur " mobilisation " in vivo dans des contextes définis de stimulation

2- Travaux de recherche thérapeutique utilisant des cellules souches adultes

Encourager les stratégies thérapeutiques existantes ou naissantes utilisant des cellules souches adultes : cellules mésenchymateuses de la moelle osseuse, cellules de peau (grands brûlés), cellules musculaires (pathologie cardiaque), cellules b du pancréas (diabète).

3 - Travaux de recherche fondamentale sur les cellules humaines fœtales

- Amélioration des conditions actuelles d'utilisation thérapeutique de cellules souches provenant de tissus fœtaux humains issus d'IVG.

 - Analyse du potentiel des cellules souches de type EG. 

  4 - Travaux de recherche fondamentale sur les cellules souches embryonnaires humaines (dans un cadre éthique à définir)

    Il ressort des considérations développées dans ce document qu'il serait hautement nécessaire d'autoriser, dans le cadre du respect de la réglementation et de l'éthique, les travaux de recherche fondamentale portant sur l'analyse cellulaire et moléculaire du développement somatique de cellules embryonnaires issues de blastocystes humains. A cet égard, il faut probablement distinguer la  réglementation concernant :

· La manipulation de cellules de blastocystes primaires pour l'obtention des conditions de culture requises pour l'établissement de lignées de cellules ES humaines. La restriction à quelques laboratoires de la possibilité de manipuler ces prélèvements peut être envisagée si une pression sociale justifiait l'application de contraintes,

·La manipulation des lignées de cellules dérivées de blastocystes humains une fois ces lignées établies,

· L'utilisation respective dans les laboratoires publics et les entreprises privées de lignées de cellules ES et de blastocystes primaires.

Trois grands axes de recherche seraient à encourager ici :

- Définition des conditions d'amplification, de différenciation et des conditions de modifications génétiques des cellules souches embryonnaires humaines,

- Analyse des signaux et des gènes spécifiant la différenciation des cellules pluripotentes dans une lignée tissulaire,

- Développement de méthodes de clonage thérapeutique (transfert nucléaire) qui doit faire partie des objectifs expérimentaux des prochaines années. En effet, si se pose un jour le problème d'une utilisation thérapeutique des cellules ES, celui de la compatibilité immunologique entre le receveur malade et les cellules ES se posera et devra être résolu.

5 - Travaux de recherche fondamentale utilisant des modèles de gros animaux

    Travaux de recherche sur les cellules souches embryonnaires (cellules ES, EG) et adultes dans des modèles de gros animaux  (singe, porc, mouton).

                                                             *

                                                                          *              *

Questionnaire

    Ce questionnaire a été établi par le groupe de travail et a servi de base de réflexion à chacune des équipes ayant participé à ce rapport

1. Type de modèle cellulaire utilisé et espèce (humaine et/ou animale)

2. Quels potentiels de différenciation peut-on obtenir : comparaison cellules souches adultes vs. cellules souches embryonnaires dans votre modèle d'étude ?

3. Capacité de mise en culture des cellules souches adultes vs. cellules souches embryonnaires

4. Besoins nutritionnels en cultures in vitro (type de milieu, facteurs de croissance, etc.)

5. Quelles propriétés (morphologiques, cytologiques et/ou moléculaires) s'attachent à l'état de division et de différenciation des cellules de votre modèle d'étude ?

6. Destin de ces cellules lors d'un transfert in vivo chez l'embryon ou chez l'adulte

7. Degré de plasticité (trans-différenciation)

8. Voies d'accès au tissu-cible chez qui l'on vise à produire un effet régénérateur

9. Utilité des cellules souches mises en œuvre dans votre modèle en thérapie cellulaire et en thérapie génique ; comparaison cellules adultes vs. cellules embryonnaires - Type(s) de pathologie(s) humaine(s) susceptible(s) d'en bénéficier

10. Clonage thérapeutique (potentiel ou effectif)

11. Autres remarques ou spécifications

                                                                               *

                                                                      *              *

Contributions individuelles

A - Cellules souches du tissu médullaire et hématopoïétique

1. Bruno Péault : filiations cellulaires inattendues entre sang et autres tissus de l'organisme

2. Laure Coulombel : cellules souches hématopoïétiques et mésenchymateuses

3. Marina Cavazzana-Calvo : cellules souches hématopoïétiques et déficits immunitaires

4. Pierre Charbord : cellules souches mésenchymateuses

5. Bruno Péault : cellules souches angio-hémoblastiques (et épithélium respiratoire)

B - Cellules souches de la peau et de la cornée

Yann Barrandon, Jean-Paul Renard

C - Neurones fœtaux

Marc Peschanski

D - Tissu musculaire

Vincent Mouly et Gillian Butler-Browne, Didier Montarras et Christian Pinset

E - Cellules souches hépatiques

Anne Weber

 

 

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