Fin de vie: l'ordre des médecins favorable à la "sédation terminale"



 Dans un avis rendu publique ce jeudi 14 février et adopté à l'unanimité moins une voix à l'issue de 18 mois de débat, le Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom) s'est prononcé pour une évolution de la législation sur la fin de vie, en estimant que la "sédation terminale" doit pouvoir être possible dans certaines situations exceptionnelles. Dans son avis, le Cnom précise: "Une sédation adaptée, profonde et terminale, délivrée dans le respect de la dignité pourrait être envisagée par devoir d'humanité par un collège", dans les cas "d'agonie prolongées" ou de "douleurs psychologiques incontrôlables". 
Réagissant à la publication de cet avis, le Pr Denys Pelerin président honoraire de l'Académie de médecine, s'avoue "surpris".  Il dénonce le fait que le Conseil mette sur le même plan "agonies prolongées" et "douleurs psychologiques incontrôlables". En effet, "sur cette question les mots sont essentiels. L'enjeu n'est pas purement sémantique, il est à la fois déontologique et juridique". Pour le Pr Pelerin, cet avis du Cnom "risque de relancer l'incompréhension sur ce qu'il convient - ou pas - de faire face à des circonstances qui sont toujours délicates et douloureuses". Les "agonies prolongées", précise-t-il, correspondent "à une situation de fin de vie où la mort est déjà proche et dans laquelle il n'existe pas de traitement susceptible de guérir le patient. Et c'est justement le rôle d'un médecin d'accompagner son malade jusqu'au bout". En revanche, poursuit-il, "les douleurs psychologiques évoquées renvoient à la notion 'd'arrêt de vie', ce qui n'est pas du tout la même chose". Pour le Pr Pelerin, "c'est une porte ouverte au suicide médicalement assisté. [...]. Il n'entre pas dans la mission du médecin de provoquer délibérément la mort".  
Par ailleurs, l'avis précise que "la sédation pourrait être mise en oeuvre pour des patients conscients, lorsque 'les soins curatifs sont devenus inopérants', mais aussi concerner les patients inconscients , lorsqu'ils sont promis à une vie végétative, certains très grands prématurés notamment".
Le Cnom indique que "cet endormissement définitif doit intervenir après 'des requêtes persistantes, lucides et réitérées' du malade" et lorsque la personne est inconsciente, la décision doit être prise collégialement. Cependant, le Cnom ne précise pas le fonctionnement et la composition de ce "collège", et laisse aux pouvoirs publics le soin de fixer ces modalités.
Enfin, l'Ordre des médecins rappelle que la loi Léonetti est encore mal appliquée et "estime que le personnel soignant doit être mieux formé en la matière, via la formation initiale et continue et réclame un 'plan national de développement des soins palliatifs". Il insiste sur "une campagne d'information [qui doit être] lancée concernant la personne de confiance et les directives anticipées, qui devraient être 'répertoriées dans un registre national ou un support accessible"ainsi que "sur l'importance de la clause de conscience, à la fois concernant la sédation terminale, mais aussi dans l'hypothèse où le législateur irait plus loin en légalisant l'euthanasie ou le suicide assisté". 

Si le Pr Denys Pelerin se dit d'accord avec le "devoir d'humanité" invoqué par le Cnom, il estime "pour autant [que] la loi Léonetti votée par le Parlement en 2005 se suffit à elle même, car elle prévoit clairement que, dans une situation de fin de vie, le médecin ne doit pas faire preuve d'un acharnement déraisonnable" et fait part de son incompréhension à l'égard du Cnom qui se prononce en faveur du suicide assisté tout en mentionnant que la loi Léonetti "répond au plus grand nombre de situations de fin de vie". 


Sources: 

 Le Figaro (Delphine Chayet) 15/02/13 - La Croix (Marine Lamoureux) 15/02/13 - Libération (Eric Favereau) 15/02/13 - lci.tf1.fr (Amélie Gautier) 14/02/13 - lexpress.fr (Vincent Olivier) 14/02/13 - ouest-france.fr (Marc Ollivier) 15/02/13 - Le Quotidien du Médecin.fr (David Bilhaut) 14/02/13 - Le generaliste.fr 15/02/13